La France fait le maximum pour l’égalisation des revenus

Paris manif gilets jaunes By: Jeanne Menjoulet - CC BY 2.0

Le problème est de savoir comment les animateurs du Grand Débat vont pouvoir parvenir à expliquer aux Gilets Jaunes que la répartition des revenus est en France, aujourd’hui, l’une des plus équitables qui soit dans le monde.

Par Claude Sicard.
Un article d’Entrepreneurs pour la France

La révolution des Gilets Jaunes qui agite très profondément notre pays, depuis plus de deux mois maintenant, et qui n’est pas près de s’achever, pose à nos dirigeants le problème de la juste répartition des revenus. Les Gilets Jaunes se plaignent des inégalités dont ils souffrent, et parlent constamment d’injustice. Ils disent ne pas pouvoir finir leurs fins de mois, et plaident pour un meilleur niveau de vie.

Unanimement, ils demandent à Emmanuel Macron de cesser de favoriser les riches, du moins est-ce ainsi qu’ils perçoivent la reforme de l’ISF qu’il a courageusement effectuée en début de mandat. Ils demandent à notre président que l’on taxe bien plus les riches afin que leur sort personnel se trouve amélioré.

Nous avons besoin des personnes qui s’enrichissent en créant des emplois

Les économistes savent qu’il s’agit, là, d’une absurdité. Ainsi Bernard Zimmern, par exemple, le fondateur de l’iFRAP, s’insurge-t-il dans un excellent article paru tout récemment sur le site du think- tank qu’’il anime (« Entrepreneurs Pour la France ») contre les économistes qui s’élèvent à tort contre les entrepreneurs qui, par leurs talents et leur capacité à prendre des risques, créent de l’emploi. Il explique qu’il serait absurde de « casser la machine qui a permis aux USA de créer un tiers des emplois actuels et d’accueillir en 30 ans 15 millions d’immigrants latino et africains, sans argent, et sans éducation ».

Il s’élève contre les thèses de l’économiste Thomas Piketty, et conseille à « ces faussaires » qui critiquent par trop les inégalités, de lire l’ouvrage de Caroline Freund, senior fellow au Peterson Institute for International Economics, à Washington : « Rich people, Poor countries ». Les personnes qui s’enrichissent en créant des emplois ont leur utilité, et nous en avons besoin. Une bonne partie de la population française ne parvient pas à le comprendre, le marxisme ayant beaucoup marqué les esprits dans notre pays, bien plus que dans les autres pays européens.

La France du mouvement En Marche est constituée des personnes qui sont convaincues qu’un pays a besoin d’entrepreneurs, quitte à ce qu’ils deviennent riches. Et, au demeurant, notre pays n’a rien a se reprocher en matière de lutte contre les inégalités : c’est, au contraire, le pays qui, dans le monde, a le plus fait depuis la fin des trente glorieuses pour réduire chez lui les inégalités de revenus entre les personnes. Mais les Gilets jaunes ignorent cette réalité : ils constatent, simplement, que leurs revenus sont insuffisants au regard de leurs besoins.

Nous allons donc montrer ce qu’il en est, et il faut, pour cela, s’en référer à ce que les économistes appellent « l’indice de Gini ». C’est l’indice le plus fiable existant actuellement pour mesurer dans les pays les inégalités : il va de zéro à un, et plus l’indice est proche de 1, plus sont grandes les inégalités.

Des pays fortement inégalitaires comme le Brésil, le Guatemala, le Honduras… ont des indices de l’ordre de 0,6 et des pays très égalitaires comme les pays scandinaves ont des indices de l’ordre de 0,25 : la Norvège est à 0,27 et la Suède à 0,28. Les États-Unis en sont, eux, à 0,39. La France se situe très près des pays scandinaves, et son évolution se fait dans le sens d’une réduction des inégalités : l’indice de Gini de la France est passé de 0,38 en 1984, à 0,34 en 2012, pour se situer à présent à 0,29.

La France est en tête dans la lutte contre les inégalités

La réduction des inégalités s’opère, dans les pays, par la fiscalité, ce que les économistes appellent les « Prélèvements Obligatoires » (PO). En France, les PO n’ont pas cessé d’augmenter, et à un rythme supérieur à celui du PIB, pour en arriver à être, aujourd’hui, les plus importants de tous les pays de l’OCDE : 47,6% du PIB. Le Danemark, qui était en tête, jusque là, vient maintenant en seconde position.

Comme le montre le graphique ci-dessous, il existe une bonne corrélation, sur le plan international, entre les prélèvements obligatoires dans les pays et l’indice de Gini qui les caractérise :

Notre pays, sur ce graphique, se trouve en tête en matière de lutte contre les inégalités, à en juger par l’importance relative de ses prélèvements obligatoires sur la collectivité. La corrélation n’est certes pas parfaite, car les politiques des Etats sont plus ou moins généreuses en matière de lutte contre les inégalités.

En fait, l’égalisation des revenus s’effectue par les dépenses publiques, et notre pays dépense plus que ne lui permettent ses prélèvements obligatoires, car l’Etat, depuis maintenant 40 ans, pour couvrir toutes ses dépenses, recourt régulièrement, chaque année, à l’endettement, au point que la dette extérieure du pays atteint à présent 100% du PIB, ce qui est une limite qu’il serait dangereux de dépasser.

Le graphique ci-après montre ce que sont, en valeur réelle, les prélèvements obligatoires dans les pays :

Plus les pays sont riches et plus sont importants les montants prélevés. C’est, comme on le voit sur ce graphique, le cas des pays scandinaves qui ont des indices de Gini très faibles. La France, bien moins riche que les pays du nord de l’Europe, se trouve juste derrière. Les États-Unis, relativement peu égalitaires (0,39) ont des prélèvements obligatoires bien inférieurs à ce qu’indique la droite de corrélation.

La France n’est pas un pays vraiment riche, en tous les cas, pas assez

Le mécontentement des Gilets Jaunes vient, il faut le comprendre, de ce que la France n’est pas un pays vraiment riche : son PIB/tête vient seulement en onzième position en Europe. La Suède a un PIB/tête supérieur au nôtre de 39% et la Norvège de 96%. Si bien que le phénomène d’égalisation des revenus dans ces pays permet aux personnes qui se situent en bas de l’échelle sociale, d’accéder à un revenu satisfaisant. Ce qui n’est pas le cas de la France : d’où le révolte des Gilets Jaunes.

Le problème est, à présent, de savoir comment les animateurs du Grand Débat qui a été lancé par le président de la République vont pouvoir parvenir à expliquer aux Gilets Jaunes que la répartition des revenus est en France, aujourd’hui, l’une des plus équitables qui soit dans le monde.

Notre pays qui est contraint de s’endetter pour mener une politique aussi avancée ne peut pas aller plus loin. Il s’agit là d’un message essentiel à faire passer aux Gilets Jaunes. On doit craindre qu’une fois de plus ils ne voudront rien entendre : ils accuseront les experts qui tenteront de leur tenir ce langage de ne pas connaître les réalités du terrain : ils ne manqueront pas de les traiter de privilégiés, de mondialistes nourris par les idées libérales.

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