Pass Culture : les jeunes mis sous tutelle idéologique par l’État

Pass Culture : A-t-on déjà oublié que, malgré des milliards et des milliards dépensés au service des jeunes, ceux-ci ont majoritairement voté pour les extrêmes lors des dernières élections ?

Par Nicolas Lecaussin.
Un article de l’Iref-Europe

Le Pass culture n’est pas simplement du gaspillage d’argent public, il propose une forme subtile de tutelle idéologique de l’État. Dans L’État culturel. Essai sur une religion moderne (1991), Marc Fumaroli souligne les origines vichystes d’une politique qui se dit au service de la culture mais qui, en réalité, (re)distribue des « produits culturels » comme s’il s’agissait de tickets de rationnement.

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Cette volonté des politiques à vouloir instiller de la culture chez les Français – jeunes ou vieux – à travers des institutions, organisations et autres manifestations, s’est perpétuée depuis les années noires et les liens ne semblent pas faiblir. Il faut néanmoins se mettre au diapason de la technologie et la nouvelle trouvaille du ministère de la Culture n’y manque pas.

Le Pass Culture présenté le 6 mars dernier prendra la forme d’une application mobile. Le dispositif, qui prévoit d’offrir aux jeunes de 18 ans un budget de 500 € pour leurs divertissements, sera lancé en septembre 2018 et il a été dévoilé à l’occasion de la première réunion du comité d’orientation du Pass Culture.

Le service public de la culture

Selon le gouvernement, le Pass Culture sera un « service public universel et [un] nouveau réseau social. » L’application permettra de « recenser l’offre culturelle disponible sur son territoire ».

Il sera possible d’y réserver des sorties culturelles, d’acheter des « biens culturels » tels que des livres, des disques ou encore des films. Il sera également possible de s’inscrire à un cours de musique, de danse ou encore de dessin. Le ministère de la Culture prévoit aussi de développer l’application, en consultant « des jeunes » à travers des « ateliers de travail ».

Avec ce système, l’État distribue l’argent des contribuables pour l’achat de produits culturels qui plaisent aux jeunes. D’ailleurs, ce dispositif avait été lancé en Italie, en 2017, par Matteo Renzi, et le bilan un an après est mitigé et de nombreuses fraudes constatées. Si 600 000 jeunes en ont déjà profité, près de 40% des bénéficiaires potentiels ne l’ont pas réclamé ou l’ont « vendu » à d’autres. Le gouvernement a donc hésité à reconduire leur pass culture pour l’année 2018 et, de toute façon, cette mesure ne l’a pas aidé à gagner les élections…

La culture sans l’autonomie

Au-delà du gaspillage de l’argent public, cette politique grégaire atrophie chez l’individu sa capacité d’agir et de choisir. La culture est une question d’autonomie, d’envie, et non de prise en charge institutionnelle.

Dans d’autres pays, il n’y a même pas de ministère de la Culture et pourtant, la vie culturelle y est très riche grâce aux fondations privées et aux initiatives individuelles. À force de vouloir « éduquer » les jeunes, on les rend dépendants et l’on provoque l’effet inverse de celui que l’on recherche.

A-t-on déjà oublié que, malgré des milliards et des milliards dépensés au service des jeunes, ceux-ci ont majoritairement voté pour les extrêmes lors des dernières élections ?

Le Pass Culture pourrait avoir sa logique, à la condition que toutes les subventions aux associations culturelles ou soi-disant telles soient supprimées ; si elles vivaient de l’argent de leurs « clients », le Pass Culture aurait alors pour mérite d’aider à payer le vrai prix de la culture. Mais hélas le système proposé ne fait qu’ajouter aux financements existants d’une culture qui trop souvent en usurpe le nom.

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