Le mythe de la redistribution française

La France est la championne des prélèvements tout en étant un cancre de la redistribution.

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Le mythe de la redistribution française

Publié le 8 juin 2015
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Par Dominique d’Emploi 2017

imgscan contrepoints 2013510 modèle social

On aurait tendance à penser que les politiques publiques françaises sont efficaces pour réduire les inégalités de revenus. En réalité, il n’en est rien. La France est championne des dépenses publiques mais elle est un cancre de la réduction des inégalités.

La France championne européenne des dépenses publiques, c’est ce que révèlent les derniers chiffres disponibles de l’OCDE. À deux points de PIB près, seul le Danemark fait « pire » que nous, à la différence notable que là-bas tout est « gratuit » pour les habitants : la santé, les écoles et universités, les crèches, etc., tandis qu’en France, il faut souvent compléter de sa poche.

Comparée à ses principaux compétiteurs, la France est plus de 10 points plus haut : 56% de dépenses publiques dans le PIB, contre 45% en Allemagne, et 48% au Royaume-Uni. Par rapport à nos deux voisins, ce sont donc chaque année environ 200 milliards d’euros supplémentaires – 7 fois le budget de la Défense – qui ont été prélevés sur l’économie française, au prétexte de notre « modèle » français qui serait plus « social ».

Dépenses des administrations publiques (Total, % du PIB 2011)

Dépenses des administrations publiques (Total, % du PIB 2011)Les dépenses des administrations publiques correspondent généralement à celles de l’administration centrale, des administrations infranationales et des administrations de sécurité sociale.

Source : Panorama des comptes nationaux, OCDE (2015), Dépenses des administrations publiques (indicateur). Dont : 10.1787/a4ad7f92-fr (Consulté le 05 juin 2015)

Qu’en est-il réellement de ce modèle social ?

Les économistes en général, tout comme l’OCDE, s’accordent à dire que c’est la distribution d’avantages en espèces (en argent), qui sont les plus efficaces pour réduire les inégalités. Les prestations en espèces sont en effet le plus souvent ciblées sur les plus pauvres, et ils ont le choix dans la manière de consommer l’argent reçu, ce qui maximise leur bien-être. À l’inverse, les prestations en nature (santé, éducation) s’adressent à tous – riches comme pauvres – tout en contraignant son utilisateur qui n’a pas d’arbitrage possible avec un autre type de consommation. Il subit par ailleurs souvent un monopole d’État, monolithique et gaspilleur.

Régulièrement, les hommes politiques comme les économistes défendent notre modèle social au nom de la lutte contre les inégalités. Mais lorsqu’on regarde le détail de notre dépense publique, on constate que pour l’essentiel, elle consiste, non pas à financer des prestations en espèces comme le recommandent les économistes, mais des prestations en nature. Si l’on exclut le chômage et les retraites (contreparties de cotisations et donc considérées comme de l’assurance) et que l’on regarde l’ensemble des minimas sociaux et allocations nets d’impôts directs, la France redistribue moins vers ses pauvres que le Royaume-Uni, pays pourtant considéré comme beaucoup plus libéral que le nôtre.

Si pour chaque quintile de revenu, on regarde la différence entre l’impôt sur le revenu et les aides en argent reçues, on remarque en effet que dans l’Hexagone (en bleu) les plus pauvres sont nettement moins bénéficiaires qu’outre-manche (en rouge). Les deux premiers quintiles1 en France ont recueilli un avantage net de 1,1% du PIB, pour un prélèvement net de 6,1% du PIB pour les trois quintiles les plus riches, alors qu’au Royaume-Uni les deux quintiles les plus pauvres ont recueilli un avantage net de 2,3% du PIB, pour un prélèvement net de 6,9% du PIB pour les trois quintiles les plus riches. Convertis en euros, ce sont environ 20 milliards d’euros que la France ne redistribue pas vers ses pauvres.

Prélèvements nets sur les trois quintiles les plus riches en % du PIB Avantages en espèces nets pour les deux quintiles les plus pauvres en % du PIB
France   6,1% 1,1%
Royaume-Uni   6,9% 2,3%

Bénéfice net en % du PIB = prestation sociales en espèces nettes d’impôts

Bénéfice net en % du PIB = prestation sociales en espèces nettes d’impôts

Ce que l’on constate par comparaison avec le Royaume-Uni est vrai également par comparaison avec les autres pays : une étude de l’OCDE confirme que les impôts et transferts en espèces en France sont inefficaces en matière de réduction des inégalités.

Les inégalités sont ici mesurées par un coefficient de concentration, qui mesure celle des richesses au sein d’une population. Le coefficient de concentration est le coefficient de GINI calculé sur le revenu disponible. Plus la richesse est concentrée, plus cet indice est proche de 1 (une personne détient tout le revenu), plus la richesse est répartie, plus l’indice est proche de 0 (revenu égalitaire).

Les mesures de l’OCDE, en calculant l’évolution de ce coefficient avant et après impôts et transferts2 , montrent leur faible effet en France pour réduire les inégalités. En France la réduction du coefficient de concentration est de seulement 0,08 point : avant redistribution le coefficient de concentration est d’environ 0,36 tandis qu’il est de 0,29 après.

La comparaison avec les autres pays montre même que nous sommes pratiquement le cancre de l’Europe. Seules la Suisse et la Pologne font pire que nous en termes de réduction du coefficient de concentration, tandis que le Royaume-Uni et l’Allemagne sont nettement plus performants :

Différence de coefficient de concentration en 2005 après transferts monétaires publics et impôts des ménages (réduction en points)

 Différence de coefficient de concentration en 2005 après transferts monétaires publics et impôts des ménages (réduction en points)

Source : Croissance et inégalités, Distribution des revenus et pauvreté dans les pays de l’OCDE, rapport OCDE 2008, p.120.

Ces chiffres montrent clairement qu’il n’y a pas de corrélation positive entre le taux de dépenses publiques et l’efficacité de la redistribution envers les plus pauvres. La France est la championne des prélèvements tout en étant un cancre de la redistribution.

Sur le web

  1. Un quintile = 20% de la population des ménages. Le premier quintile correspond donc aux 20% de ménages percevant les plus faibles revenus.
  2. Ici ont été prises en compte également les retraites et les allocations chômage, à la différence du premier calcul de comparaison avec le Royaume-Uni ci-dessus.
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  • Nous sommes dirigés par des gens sectaires qui ont perdu le sens du bon sens. Le pouvoir à tous prix est leur devise. Sacrifier des milions de jeunes, créer du chômage et de la misère ne leur pose pas de problème.

    • Bernard: « qui ont perdu le sens du bon sens. »

      L’argent non versé va bien dans certaines poches et arrose des privilèges, le bon sens de certains est patent, il faudrait plutôt parler d’escroquerie.

    • « créer du chômage et de la misère ne leur pose pas de problème »
      Ils l’entretiennent pour se faire réélire, la misère est leur base électorale.
      C’est comme le trou de la sécu, c’est juste un moyen de pouvoir justifier plus de prélèvements.

      Maintenant où va réellement l’argent ? (chez les fils de ministre, sans emplois mais qui achètent des apparts à plusieurs millions ? … )

  • ainsi, déplacer (pas créer, juste déplacer) la richesse d’une poche vers l’autre, en plus d’être profondément immoral, ça nous coûte 5 % du pib ?
    une preuve supplémentaire pour dire que si on le voulait, ce serait très facile de redresser les comptes publics.

    • @ jabo
      Vous êtes sûr de vos 5%?
      En fait quand l’état prélève puis redistribue: il ne faut pas oublier tous les intermédiaires: les usines à Gaz et toute la paperasserie et donc les gens qui y travaillent, sans compter de tous les frais connexes: les déplacements, les contestations etc …: Croyez vous que cette part soit calculable?

      • j’ai fait un calcul très sommaire : pour que 2 quintiles reçoivent 1,1 % du pib, les 3 autres quintiles perdent 6,1 %. la résultante en est une perte de 5 % pour la nation.

        • bon, effectivement, c’est un calcul par défaut, en lisant marc sous mon commentaire, on a effectivement un certains nombre de parasites (pdg radio france, csa, thévenoux, cahuzac et beaucoup d’autres) qui sont dans les 3 quintiles les plus hautes et qui eux ne perdent pas 6,1 % au jeu de la redistribution, mais ils en détournent à leur profit, ce qui veut dire que les autres de ces quintiles perdent plus que seulement 6,1 %.

          ça renforce ce que j’ai dit : un peu de volonté et de bon sens et demain, le budget dégage un excédent au lieu des 4 ou 5 % du pib de déficit actuels, et dans 5 ans la dette peut être réduite de moitié

  • Un coup de main? Mais volontiers, et avec le plus grand plaisir.

  • Mais elle fonctionne parfaitement bien cette « redistribution » ….

    Bénéficiaires:
    – PDG de radio France
    – Présidente du CSA
    – Thévenoux
    – Cahuzac
    – Tous nos parasites: députés, sénateurs, hauts fonctionnaires, préfets sans affectation mais grassement payés
    – Tous nos ministres et ministruscules Voyages en avion, bureaux, logements de fonction … etc …

    Qui participe à ce financement: nous citoyens lambda …
    Avez vous lu une seule ligne sur la contribution de tous nos parasites à l’effort de « redressement des comptes » sur leurs retraites, leurs indemnités ….

    Remarque valable pour ce microcosme de privilégiés de droite comme de gauche. Ils ont tous le même comportement …

  • il faut lire « La France injuste : 1975-2006 : pourquoi le modèle social français ne fonctionne plus » de Timothy Smith qui est socia démocrate, celui ci démontre comment le modèe social francais loin d’être redistributif envers les plus pauvres sert à certaines catégories de personnes (notamment les fonctionnaires). Cet ouvrage démontre, dans une perspective de centre gauche, que le modèle français est : premièrement, de manière générale, non redistributif envers les pauvres ; deuxièmement, il est lui-même la cause principale du chômage ; troisièmement, il est injuste pour les jeunes, les femmes, les immigrés et leurs descendants ; enfin, quatrièmement, il est intenable financièrement.»

  • La France dépense beaucoup plus pour l’ armée que les pays scandinaves……

    • peut-être, mais ça n’impacte pas la redistribution…

    • les dépenses militaires francaises n’ont pas cessés de diminuer ces dernières décennies alors que les dépenses de l’état (et plus particulièrement les dépenses sociales) n’ont pas cessés d’augmenter. Aujourd’hui, on sacrifie notre armée pour sauver l’état providence. La défense et la justice sont deux secteurs que l’état francais sous finance et où il est urgent d’augmenter les dépenses. Il est urgent de rétrécir la taille de l’état francais.
      Si vous regardez le pourcentage des dépenses régaliennes de l’état francais et des autres dépenses, vous verriez que l’état dépense bcp plus dans les dépenses inutiles et que les dépenses régaliennes pèsent bien peu.

    • 1.6% du PIB, comparable à celui du Danemark par exemple (1.7%)

  • Ils devaient baisser les dépenses de l’Etat, ils n’ont rien fait, ils ont fait glisser les dépenses sur les Mairies, les départements, les Régions.. mais ont conservé leur pouvoir leurs dépenses : pour arroser leur cour.

  • Ai cru comprendre que nous avions battu le Danemark ? Et devenions enfin les Meilleurs de la Relance ?
    Pour une fois que nous serions les ‘Champions » ce serait (Caramba !), encore raté ?

    • Je crois que la France est championne dans le sabotage. Climat continental, trois façade maritime, un sous-sol riche, des infrastructures bien développées, un peuple inventif mais une trajectoire absolument déplorable depuis une vingtaine d’année.

  • Un socialiste allemand a dit un jour: « Les socialistes français, c’est comme les pigeons de la cathédrale. Quand ils sont en haut, ils vous chient dessus. Quand ils sont en bas, ils vous bouffent dans la main. »

  • C’est le genre d’articles qui lut par les socialistes va entrainer encore plus de ponctions pour donner plus aux pauvres et pas moins de dépenses.

    • C’est la doctrine du socialisme en même temps. Ils partagent avec les Criquets qui s’abattent sur un champ ce besoin irrépressible de tout piller.

      • Finalement ce que nous apprend cet article est que ce ne sont pas les faignants de pauvres qui coulent le système. En fait tout le monde croque dans le système et en profite.

        • Très juste. 10 millions de pauvres coutant 10 000 € par an ne pèsent que 100 milliards, 5 % du PIB, peanuts.
          Le problème est clairement ailleurs. Dans la fonction publique et tout ce qu’elle prétend faire mais à grand frais pour un très mauvais service : service de santé, transport (SNCF), service de l’emploi , justice trop lente pour être efficace, éducation et « culture » transformés en organes de propagande, construction freinée à cout de subvention (!), URSSAF et fisc dignes de l’inquisition, etc.

        • Fred: « En fait tout le monde croque dans le système et en profite. »

          C’est bien toute la perversité du système qui donne des miettes à des myriades de gens qui se transforment de facto en promoteurs convaincu.

          A témoin les fonctionnaires des derniers échelons, ardent défenseurs et pauvres idiots utile qui ont les yeux embués de reconnaissance avec un SMIC et des perspectives minables en comparaison d’autres pays.

          Mais tout cela n’est surtout possible qu’avec des médias dont tout sens critique à complètement disparu.

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