Le mythe de la redistribution française

imgscan contrepoints 2013510 modèle social

La France est la championne des prélèvements tout en étant un cancre de la redistribution.

Par Dominique d’Emploi 2017

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On aurait tendance à penser que les politiques publiques françaises sont efficaces pour réduire les inégalités de revenus. En réalité, il n’en est rien. La France est championne des dépenses publiques mais elle est un cancre de la réduction des inégalités.

La France championne européenne des dépenses publiques, c’est ce que révèlent les derniers chiffres disponibles de l’OCDE. À deux points de PIB près, seul le Danemark fait « pire » que nous, à la différence notable que là-bas tout est « gratuit » pour les habitants : la santé, les écoles et universités, les crèches, etc., tandis qu’en France, il faut souvent compléter de sa poche.

Comparée à ses principaux compétiteurs, la France est plus de 10 points plus haut : 56% de dépenses publiques dans le PIB, contre 45% en Allemagne, et 48% au Royaume-Uni. Par rapport à nos deux voisins, ce sont donc chaque année environ 200 milliards d’euros supplémentaires – 7 fois le budget de la Défense – qui ont été prélevés sur l’économie française, au prétexte de notre « modèle » français qui serait plus « social ».

Dépenses des administrations publiques (Total, % du PIB 2011)

Dépenses des administrations publiques (Total, % du PIB 2011)Les dépenses des administrations publiques correspondent généralement à celles de l’administration centrale, des administrations infranationales et des administrations de sécurité sociale.

Source : Panorama des comptes nationaux, OCDE (2015), Dépenses des administrations publiques (indicateur). Dont : 10.1787/a4ad7f92-fr (Consulté le 05 juin 2015)

Qu’en est-il réellement de ce modèle social ?

Les économistes en général, tout comme l’OCDE, s’accordent à dire que c’est la distribution d’avantages en espèces (en argent), qui sont les plus efficaces pour réduire les inégalités. Les prestations en espèces sont en effet le plus souvent ciblées sur les plus pauvres, et ils ont le choix dans la manière de consommer l’argent reçu, ce qui maximise leur bien-être. À l’inverse, les prestations en nature (santé, éducation) s’adressent à tous – riches comme pauvres – tout en contraignant son utilisateur qui n’a pas d’arbitrage possible avec un autre type de consommation. Il subit par ailleurs souvent un monopole d’État, monolithique et gaspilleur.

Régulièrement, les hommes politiques comme les économistes défendent notre modèle social au nom de la lutte contre les inégalités. Mais lorsqu’on regarde le détail de notre dépense publique, on constate que pour l’essentiel, elle consiste, non pas à financer des prestations en espèces comme le recommandent les économistes, mais des prestations en nature. Si l’on exclut le chômage et les retraites (contreparties de cotisations et donc considérées comme de l’assurance) et que l’on regarde l’ensemble des minimas sociaux et allocations nets d’impôts directs, la France redistribue moins vers ses pauvres que le Royaume-Uni, pays pourtant considéré comme beaucoup plus libéral que le nôtre.

Si pour chaque quintile de revenu, on regarde la différence entre l’impôt sur le revenu et les aides en argent reçues, on remarque en effet que dans l’Hexagone (en bleu) les plus pauvres sont nettement moins bénéficiaires qu’outre-manche (en rouge). Les deux premiers quintiles1 en France ont recueilli un avantage net de 1,1% du PIB, pour un prélèvement net de 6,1% du PIB pour les trois quintiles les plus riches, alors qu’au Royaume-Uni les deux quintiles les plus pauvres ont recueilli un avantage net de 2,3% du PIB, pour un prélèvement net de 6,9% du PIB pour les trois quintiles les plus riches. Convertis en euros, ce sont environ 20 milliards d’euros que la France ne redistribue pas vers ses pauvres.

Prélèvements nets sur les trois quintiles les plus riches en % du PIB Avantages en espèces nets pour les deux quintiles les plus pauvres en % du PIB
France   6,1% 1,1%
Royaume-Uni   6,9% 2,3%

Bénéfice net en % du PIB = prestation sociales en espèces nettes d’impôts

Bénéfice net en % du PIB = prestation sociales en espèces nettes d’impôts

Ce que l’on constate par comparaison avec le Royaume-Uni est vrai également par comparaison avec les autres pays : une étude de l’OCDE confirme que les impôts et transferts en espèces en France sont inefficaces en matière de réduction des inégalités.

Les inégalités sont ici mesurées par un coefficient de concentration, qui mesure celle des richesses au sein d’une population. Le coefficient de concentration est le coefficient de GINI calculé sur le revenu disponible. Plus la richesse est concentrée, plus cet indice est proche de 1 (une personne détient tout le revenu), plus la richesse est répartie, plus l’indice est proche de 0 (revenu égalitaire).

Les mesures de l’OCDE, en calculant l’évolution de ce coefficient avant et après impôts et transferts2 , montrent leur faible effet en France pour réduire les inégalités. En France la réduction du coefficient de concentration est de seulement 0,08 point : avant redistribution le coefficient de concentration est d’environ 0,36 tandis qu’il est de 0,29 après.

La comparaison avec les autres pays montre même que nous sommes pratiquement le cancre de l’Europe. Seules la Suisse et la Pologne font pire que nous en termes de réduction du coefficient de concentration, tandis que le Royaume-Uni et l’Allemagne sont nettement plus performants :

Différence de coefficient de concentration en 2005 après transferts monétaires publics et impôts des ménages (réduction en points)

 Différence de coefficient de concentration en 2005 après transferts monétaires publics et impôts des ménages (réduction en points)

Source : Croissance et inégalités, Distribution des revenus et pauvreté dans les pays de l’OCDE, rapport OCDE 2008, p.120.

Ces chiffres montrent clairement qu’il n’y a pas de corrélation positive entre le taux de dépenses publiques et l’efficacité de la redistribution envers les plus pauvres. La France est la championne des prélèvements tout en étant un cancre de la redistribution.

Sur le web

  1. Un quintile = 20% de la population des ménages. Le premier quintile correspond donc aux 20% de ménages percevant les plus faibles revenus.
  2. Ici ont été prises en compte également les retraites et les allocations chômage, à la différence du premier calcul de comparaison avec le Royaume-Uni ci-dessus.