Pénaliser la prostitution est injuste et hypocrite

Prostituée russe (Crédits Marco Fieber, licence Creative Commons)

Les prostituées sont des personnes respectables, cessons donc de les infantiliser, de faire croire qu’elles sont trop stupides pour faire leurs propres choix.

Par Sabine Lula.

Ce 1er février 2019, les juges du Conseil constitutionnel prononceront leur verdict à propos de la réforme de la loi du 13 avril 2016, principalement sur la question de la dépénalisation des individus ayant recours aux services de personnes prostituées.

Mardi 22 janvier, pas moins de trente prostitués, épaulés par neuf associations et une dizaine d’avocats, venaient témoigner de la situation difficile dans laquelle cette « mauvaise loi », selon l’avocat Patrick Spinosi, les avait plongés, et demander à ce que la pénalisation de leurs clients, principale cause de la dégradation de leurs conditions de travail, soit abrogée.

Une prohibition créatrice de précarité pour les personnes prostituées

L’individu ayant recours à une personne prostituée risque entre 1 500 et 3 750 euros d’amende. Cette pénalisation crée de nombreuses difficultés : d’abord, le risque d’amende diminue la clientèle, obligeant les prostituées à aller la chercher dans des endroits plus reculés, à prendre des risques, et les met en position de faiblesse dans la négociation de la prestation (pratiques dégradantes, impossibilité de se protéger…).

Ensuite, cela pousse certaines prostituées et leurs clients à se rendre dans les pays voisins. Près de la frontière belge, on estime qu’environ 80 % de la clientèle et 60 % des prostituées sont de nationalité française. Or ces « exils » favorisent le développement de réseaux mafieux et du marché noir, le trafic de jeunes filles, et lèse la totalité des travailleurs du sexe exerçant sur le territoire.

À cela s’ajoute une aide ridicule du système politique : seulement 0,1 % des prostitués auraient bénéficié d’aides à la reconversion et auraient quitté le trottoir. Soit moins d’une centaine, alors que les prostituées sont entre 30 et 40 000 en France. Une promesse de compensation bien mince aux yeux de toutes les autres qui battent encore le pavé.

Une justice et une législation sourdes aux appels des principaux concernés

« Arrêtez nos agresseurs. Pas nos clients » peut-on lire lors d’une marche organisée en l’honneur de Vanesa Campos, assassinée au Bois de Boulogne. Depuis l’adoption de la loi, des organismes comme le Strass (Syndicat du Travail Sexuel) se battent pour avoir leur mot à dire dans une législation qui impacte leur vie au quotidien.

Pendant leur audience, elles dénoncent une véritable schizophrénie de la loi : elles paient des impôts, leur travail est donc légal et officiel. Mais on leur interdit d’avoir des clients, et donc d’avoir les revenus sur lesquels elles paient des impôts. Ce phénomène leur est d’autant plus insupportable que le gouvernement, épaulé par des associations comme le Mouvement du Nid, les voient comme de perpétuelles victimes et refusent d’écouter leurs revendications.

L’hypocrite démarche de la pénalisation du travail du sexe

La prostitution est considérée comme le « plus vieux métier du monde », et des preuves de son existence précoce se retrouvent dans toutes les cultures. Il est donc possible que ce métier existe à jamais, du moins tant que le sexe reste une composante de la vie humaine. La pénaliser ne fera que la rendre informelle, sans pouvoir la faire disparaître.

                       Prostituée acceptant le paiement, détail d’un vase grec antique

Chose étrange, les mesures contre la prostitution ne s’attaquent qu’à celle qui est officielle, au racolage. Elles semblent oublier cependant l’industrie du porno, à croire que la prostitution n’est plus lorsqu’il y a une caméra et une consommation de masse. Va-t-on pour autant pénaliser tous ceux qui en regardent ? Ou bien adopter la démarche inverse, et arrêter de réguler la sexualité consentie de tout un pays ?

Alors puisque les prostituées sont des personnes respectables, cessons donc de les infantiliser, de faire croire qu’elles sont trop stupides pour faire leurs propres choix. Rendons-leur la liberté de jouir de leur corps, d’entreprendre comme elles l’entendent, et contentons-nous de leur garantir de pouvoir travailler en toute sécurité.

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