Seules 7% des prostituées sont victimes de la traite des êtres humains en France

Alors que le Sénat a réintégré dans la loi le délit de racolage, une étude indique que 98% des prostituées sont opposées à la pénalisation de leurs clients.

Alors que le Sénat a écarté (temporairement) la pénalisation des clients de la loi et y a réintégré le délit de racolage, une étude réalisée en France indique que seules 7% des prostituées sont victimes de traite des êtres humains, et que 98% d’entre elles sont opposées à la pénalisation de leurs clients.

Par Alain Borgrave

Prostitution - Pute Pride (10) - 22Mar08, Paris (France) - Credits Philippe Leroyer (CC BY-NC-ND 2.0)
Pute Pride (10) – 22Mar08, Paris (France) – Credits : Philippe Leroyer (CC BY-NC-ND 2.0)

 

Les manœuvres des associations abolitionnistes lors du procès du Carlton ont porté leurs fruits et la loi prostitution, bloquée au Sénat depuis cet été, a été à nouveau examinée le 30 mars.

Quelques jours auparavant, un nouvel amendement avait été déposé, proposant de rétablir la pénalisation des clients (qui avait été retirée de la loi en juillet) « pour qu’une prise de conscience de la gravité des faits s’opère chez les auteurs de tels actes. » On se demande quelle est la « gravité de tels actes », quand on se rappelle que la grande majorité des prostituées ne sont pas des victimes mais exercent en réalité une activité économique, et que dans les régimes légalisés, leur santé est comparable à celle de la population générale.

Mais, rebondissement imprévu, le Sénat, majoritairement à droite depuis septembre, a au contraire à nouveau écarté de la loi la pénalisation des clients, et y a réintégré le délit de racolage. Ce qui est en réalité troquer un mal pour un autre car la nocivité pour les prostituées du délit de racolage n’est plus à démontrer.

Cependant, la pénalisation des clients pourrait in fine être réintégrée dans la loi par l’Assemblée nationale, majoritairement de gauche. En effet, en cas de désaccord entre les deux chambres, ce sera l’Assemblée nationale qui aura le dernier mot. Ce qui signifie que la loi, si elle termine son parcours parlementaire, a beaucoup de chances d’être rétablie dans sa forme initiale, c’est-à-dire avec la pénalisation des clients et sans le délit de racolage.

prostitution rené le honzec (2)Nouvel élément à apporter au dossier, une étude universitaire réalisée récemment en France sur un panel de 500 prostituées arrive à la conclusion que seuls 7% de l’échantillon sont victimes de la traite des êtres humains, ce qui correspond globalement à la situation observée dans les autres pays comme je l’ai rapporté précédemment. Et qui est à mettre en parallèle avec le discours sur les « réseaux de traite » qui seraient « omniprésents » et les chiffres fantaisistes qui tournent autour de 80% et 90% de victimes.

Cette étude conclut aussi que 98% des prostituées en France sont opposés à la pénalisation de leurs clients. Ce qui indique bien que cette mesure, présentée comme ayant pour but de protéger les prostituées, est universellement rejetée par les intéressées. D’autres études, réalisées en Irlande du Nord et au Danemark (p. 278), arrivent à des chiffres semblables : 98% et 89% des prostituées y sont opposées. On comprend donc très mal quel raisonnement peut justifier la pénalisation des clients, qui n’est clairement pas dans l’intérêt des prostituées, à part un impératif moral qui serait que « si un homme va voir les prostituées, c’est mal ».

Au-delà du caractère discriminatoire d’interdire sans aucune raison valable l’achat d’un service qui s’adresse principalement à une clientèle masculine, d’innombrables études indiquent que l’interdiction ne réduira pas l’ampleur de la prostitution et sera dommageable aux prostituées, à leur sécurité et à leur santé.

Entre 2009 et 2012, le nombre de « salons de massage » thaïlandais à Stockholm est passé de 90 à 250 dans un pays, la Suède, où la prostitution a été officiellement « abolie » depuis 15 ans. Dans son rapport 2013, la police suédoise reconnait qu’il y a actuellement une explosion du nombre de jeunes femmes suédoises qui vendent des services sexuels, non pas sous la contrainte, mais parce « qu’elles ont le besoin d’être vues et appréciées, alors que la demande pour des jeunes femmes est forte ».

Le « modèle suédois » d’abolition de la prostitution est de moins en moins convaincant.