Bienvenue dans le laboratoire des villes décroissantes

La décroissance n’est pas une fatalité ni un cauchemar urbain. Elle peut être l’arrière-plan d’une stratégie de résilience, qui permettrait d’en absorber les chocs lents.

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46179-Detroit By: xiquinhosilva - CC BY 2.0

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Bienvenue dans le laboratoire des villes décroissantes

Publié le 25 janvier 2019
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Par Daniel Florentin.
Un article de The Conversation

Ce texte est extrait de la récente édition de la revue « FACTS Reports », une publication de l’Institut Veolia, consacrée aux villes résilientes.


Longtemps, l’idée a prévalu parmi les décideurs urbains que la trajectoire d’évolution d’une ville ne pouvait et ne devait être marquée que du sceau de la croissance, qu’elle soit économique ou démographique. C’est ce qu’évoquait le sociologue Harvey Molotch en parlant de l’urban growth machine : les aires urbaines ont été historiquement dopées à ce moteur de la croissance et à cette idée d’une croissance continue.

Pourtant, certains territoires ont connu et connaissent des phénomènes de crise urbaine, qui n’ont rien de purement accidentel. Des termes ont commencé à fleurir pour indiquer ce changement de trajectoire : shrinking cities, legacy cities, soit des « villes en déclin », « villes rétrécissantes ». D’autres acteurs de la production urbaine ont cherché une vision plus positive, en évoquant les villes phénix.

Tous ces termes disent une transformation et appellent à rouvrir la boîte à outils de la planification urbaine. Elle pose de nouveaux défis, aussi bien aux collectivités locales qu’aux autres acteurs de la production urbaine (industriels, acteurs de la construction, usagers).

L’exemple de Turin

Les villes en décroissance sont caractérisées par une accumulation de processus qui sont comme autant de spirales s’auto-alimentant, comme le montre la figure ci-dessous. Connus depuis longtemps, ils connaissent un regain depuis au moins deux décennies, accélérés par les effets d’une mondialisation.

Dans une « ville rétrécissante » s’accumulent ainsi, avec plus ou moins d’ampleur mais sur un temps relativement long, des processus de déprise démographique et de déclin économique, auxquels s’ajoute souvent une crise des finances publiques locales.

Turin a ainsi perdu plus de 25 % de sa population depuis les années 1970, et vu le nombre de ses emplois dans le secteur productif baisser de plus de 130 000 unités. Sa trajectoire urbaine a marqué une forte bifurcation, qui a obligé les autorités municipales à changer leurs stratégies.

Daniel Florentin, CC BY-NC-ND

Les villes de l’Est en première ligne

Le phénomène se retrouve dans la plupart des villes liées à des activités industrielles, sur tous les continents – on en trouve de nombreux exemples aux États-Unis, au Japon, au Brésil ou en Chine, étudiés par le groupe de chercheurs du Shrinking Cities International Research Network. Il a connu une acuité plus particulière dans la plupart des villes de l’est de l’Europe.

La transition post-socialiste y a joué le rôle de catalyseur de cette décroissance subie. Elle a touché de grandes villes comme Bucarest ou Brno, mais a été encore plus intense pour les villes petites et moyennes. Dans l’est de l’Allemagne, certaines villes ont perdu plus du tiers de leur population en quelques années ; comme à Francfort sur l’Oder, à la frontière polonaise, où la population est passée de 88 000 à 58 000 habitants depuis 1990.

Une autre petite ville, Hoyerswerda, a même vu son nom associé à une sorte de syndrome, passant de la ville la plus jeune de l’est dans les années 1980 à la ville où l’âge moyen est le plus élevé de toute l’Allemagne dans les années 2000. L’Europe du vieillissement a aussi sa géographie et les villes rétrécissantes sont souvent un exemple de ces villes de têtes grises.

Logements vacants et friches

La décroissance urbaine a aussi une déclinaison paysagère, liée à la friche urbaine ou industrielle et aux logements vacants. La multiplication des logements vides et des friches a même fait dire à certains aménageurs qu’on pouvait qualifier le processus de « perforation urbaine ».

Dans une ville allemande comme Leipzig, malgré une remontée récente de l’attractivité de la ville, certaines rues de l’est de la ville restent marquées par de longs couloirs d’immeubles à demi ou complètement vacants. Cette situation rend plus compliqués à la fois l’entretien des espaces publics mais aussi l’approvisionnement en services urbains, qui est souvent conditionné à une certaine densité pour fonctionner de façon optimale.

Cela rappelle que, sur un même territoire, peuvent largement coexister certains quartiers à l’attractivité renouvelée et d’autres plus en déprise. La résilience possible de ces territoires se fait ainsi parfois de façon sélective, au détriment de certains quartiers toujours plus déshérités.

Extension du domaine de la décroissance urbaine : « les réseaux rétrécissants »

La décroissance a aussi ses territoires invisibles qui appellent de nouvelles réponses urbaines. Certains processus viennent ainsi déstabiliser le fonctionnement normal d’un certain nombre d’infrastructures, et notamment des réseaux urbains pour l’eau ou l’énergie.

Cela se manifeste notamment par une baisse des consommations qu’on retrouve dans la plupart des villes européennes, mais aussi de façon grandissante dans des villes nord-américaines ou japonaises. Paris a ainsi vu sa consommation (totale et par habitant) diminuer de plus de 20 % au cours des deux dernières décennies. Quant à Berlin, où la décroissance urbaine a été forte, elle a perdu plus de 40 % de sa consommation dans le même laps de temps.

Cette baisse, qui pourrait de prime abord sembler bénéfique pour préserver les ressources, est un phénomène aux contours plus complexes : une moindre consommation d’eau fait remonter les nappes phréatiques et menace parfois les sous-sols urbains ; elle peut aussi engendrer de nouveaux problèmes sanitaires, en raison de la stagnation de l’eau dans les canalisations.

La baisse des consommations, qu’on observe dans le domaine de l’eau depuis les années 1990, et qui est aussi sensible dans les réseaux d’électricité depuis 2011 concernant les consommations domestiques, est en fait le symptôme d’un surdimensionnement progressif de ces infrastructures. Cela implique de nouvelles dépenses pour les opérateurs de services urbains pour maintenir le réseau, et fait reporter les coûts du service en augmentation sur un nombre d’usagers parfois moins important. Le phénomène des réseaux rétrécissants oblige à repenser l’équation technique, économique et spatiale qui a historiquement prévalu pour la fourniture des services urbains.

Cette décroissance dans les réseaux crée donc de nouvelles formes de vulnérabilité, qui affectent l’ensemble des composantes du réseau, de l’opérateur à l’usager, en passant par les tuyaux, comme le montre la figure ci-dessous.

Dans ce domaine comme dans d’autres, le processus de baisse est sans doute amené à s’amplifier, puisqu’il a été inscrit dans la plupart des dispositifs réglementaires de transition énergétique. À ce titre, il est le signe que se met en place, dans un certain nombre de territoires et de façon toujours plus importante, un nouveau régime de fonctionnement des services techniques urbains.

Daniel Florentin, CC BY-NC-ND

Une opportunité

Ces phénomènes de décroissance tracent un contexte souvent inédit pour les pouvoirs publics et les acteurs économiques. Dans un contexte de contraintes budgétaires croissantes pour les collectivités, la décroissance urbaine fait office de pression supplémentaire. Elle offre malgré tout des possibilités de repenser l’action publique autrement.

C’est ce qui a poussé par exemple une collectivité comme Roubaix à intégrer la réalité de la décroissance dans sa stratégie urbaine générale. Cela implique de chercher à valoriser les espaces vacants, d’essayer de trouver de nouveaux canaux par lesquels passer dans une logique de « soin territorial », et non plus simplement dans une dynamique d’équipement et d’aménagement classique.

À Leipzig, cela s’est aussi traduit par la facilitation d’un certain nombre d’initiatives venant directement de porteurs de projet pour développer de nouveaux usages de la ville et de nouvelles façons d’aménager le territoire.

Concrètement, la ville a favorisé le développement de projets d’auto-réhabilitation de certains immeubles vacants, comme l’initiative des Wächterhäuser (« maisons gardées ») où les locataires (souvent des artistes qui s’en servaient comme atelier) s’engageaient à restaurer eux-mêmes leurs bâtiments contre un loyer symbolique d’un euro. De nombreuses autres initiatives pour repenser l’espace public, ou développer de nouvelles pratiques alimentaires et agriculturales en ville ont aussi permis de revisiter la boîte à outils des aménageurs traditionnels et d’imaginer d’autres formes de valorisation de l’espace. À ce titre, les villes connaissant des processus de décroissance sont souvent considérées comme des laboratoires passionnants d’expérimentation.

Dans le domaine des réseaux, les opérateurs historiques ont également dû revisiter leurs modèles techniques et économiques pour s’adapter aux processus émergents de décroissance.

À Magdebourg, capitale du Land de Saxe-Anhalt en Allemagne, cela s’est traduit par le fait d’adopter un tarif solidaire pour l’eau à une échelle infra-régionale, la ville-centre payant un peu plus que si elle s’approvisionnait seule pour que les territoires alentours, avec lesquels le réseau est mutualisé, puissent payer le service à un prix raisonnable (et huit à douze fois moins cher que s’ils avaient dû fonctionner sans être dans le système mutualisé).

Au-delà de Detroit

La décroissance n’est donc ni une fatalité ni un cauchemar urbain. Elle peut être l’arrière-plan d’une stratégie de résilience, qui permettrait d’en absorber les chocs lents.

Un certain nombre de territoires ont su intégrer progressivement les caractéristiques de cette bifurcation territoriale et faire évoluer leurs référentiels d’action et leur ingénierie. Si l’attention médiatique a souvent eu tendance à se focaliser sur Detroit, aux États-Unis, mise en scène comme la capitale de la décroissance urbaine, il faut rappeler que cette ville aux dimensions hors normes constitue de ce fait un exemple un peu hors champ.

La décroissance ordinaire est plus à trouver dans des villes petites et moyennes, plus en marge des circuits de la mondialisation, où les besoins en animation territoriale, en ingénierie sont souvent marqués, et où la contrainte budgétaire cadre fortement l’action publique.

Dans les nouveaux arrangements qui se mettent en place à l’occasion d’une transition vers la décroissance urbaine – qu’elle soit le plus souvent subie ou dans de rares cas choisie – l’enjeu principal demeure identique. Il s’agit de savoir dans quelle mesure les stratégies d’adaptation à cette décroissance permettent ou permettront de préserver un certain équilibre territorial et d’éviter une aggravation des inégalités socio-spatiales, tout en permettant de changer la perception sur les potentiels urbains et la valeur des lieux.


Tous les numéros de la revue « FACTS Reports » sont disponibles sur le site de l’Institut Veolia.

Daniel Florentin, Maître-assistant en environnement et études urbaines, Mines ParisTech

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

The Conversation

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  • Bon article intéressant sur la gestion des villes, un thème que j’aime. Il arrive à ne citer qu’une seule fois le mot « d’autortités » municipales. Fort. Et ya même le mot « écologie » dans un graphique et aussi « préserver les ressources » sans être accompagnés par un torrent de délire paranoïquo-antiécolobobo-climatosceptique. Serais-je en train de sous-entendre que la majortié des articles dans Contrepoints sont extrêmement orientés et biaisés ? Naaaan ! Bien sûr que non. Seuls les merdias à la solde du Gouvernement et donc du lobby-qu’on-ne-peut-nommer sont remplis de propagande et de mensonges. Bref bref bref… c’est un bon article. Pour moi, l’agonie des centres urbains dans les grandes villes peut représenter une opportunité de développer de nouveaux modes de fonctionnement, réfléchir à des alternatives audacieuses (voire désespérées). Mais pour les moyennes villes, c’est un changement plus difficile à affronter ! Car le centre-ville n’est pas critique, n’a pas d’attractivité car pas vraiment de nécessité.

    • « Serais-je en train de sous-entendre que la majortié des articles dans Contrepoints sont extrêmement orientés et biaisés ? Naaaan !  »
      Disons plutôt que bcp d’articles sur CP ne vont pas dans le sens de vos credos et votre idéologie! 🙂 Ce qui ne vous gênerait pas plus que cela si vous aviez des arguments construits autres que vos affirmations mal étayées pour contre-argumenter…

      • Désolé mais je n’ai pas d’idéologie. C’est trop limitant. Mais en fait je pense que j’ai fait une erreur… ce ne sont pas en général pas des articles sur CP, mais des édito ou des billes d’humeur, donc normal qu’ils soient orientés. Mais inacceptables qu’ils soient biaisés ou malhonnêtes. Un exemple ? (ouiiii Amady !! Un exemple !!!). Alors.. ya quelques jours une amie végane me dit qu’il a été prouvée que son régime fait diminuer la probabilité d’avoir un cancer et que c’était prouvé. Comme je doute de tout, j’ai cherché des infos.. Et, surprise, je suis tombé sur un article (pardon.. un écrit personnel) de 2014 sur le sujet. Comme on est sur CP, c’est anti-végé d’office. Et le sieur, citant une étude autrichienne, d’expliquer que les végétariens crevaient comme des lépreux à cause de leur régime. Sauf que… j’ai lu l’étude en question.. Ben oui… Encore un doute qui m’assaillait. Et les conclusions de l’étude n’étaient pas du tout celà. C’est fou.. Le lien de l’article ? (ouiiii AmaDy !! Le lien). Alors voici : https://www.contrepoints.org/2014/04/04/161599-etre-vegetarien-mauvais-pour-la-sante

        • Vous trouverez toujours des études allant dans le sens contraire, car il y a malheureusement des gens partisans truquant leurs études. Séralini en France en est le plus célèbre représentant.
          Un exemple concret personnel: Mes parents ont ingurgité de la viande et des pesticides toute leur vie, mais sont morts tous les 2 à 93 ans sans aucune maladie, l’organisme usé par l’âge!
          Steve jobs était un végétarien ne consommant que du bio mais il est mort d’un cancer à 56 ans, qu’il avait contracté vers 50!
          Il faut se souvenir de ce qu’affirmait Jules César; les hommes croient en ce qu’ils veulent croire!
          Vous pouvez remarquer que la plupart sont en contradiction flagrante avec la réalité!

        • @ AmaDy Lisez bien les articles que vous mettez en lien. 🙂
          L’auteur de l’article de CP dit: « les végétariens sont plus souvent malades et ont une qualité de vie moindre que celle des personnes mangeant de la viande. » Et il donne ensuite les chiffres obtenus dans cette étude concernant les scores de maladies chroniques (allergie, maladies cardiaques, risque de cancer…etc).
          lien de l’étude: https://journals.plos.org/plosone/article/file?id=10.1371/journal.pone.0088278&type=printable
          A aucun moment il ne s’agit d’une étude de mortalité et à aucun moment l’auteur ne parle d’une mortalité augmentée chez les végétariens mais d’une morbidité augmentée ce qui n’a rien a voir (je vous laisse voir les définitions…).
          Je vous mets la conclusion de cette étude:
          « Our study has shown that Austrian adults who consume a vegetarian diet are less healthy (in terms of cancer, allergies, and mental health disorders), have a lower quality of life, and also require more medical treatment. »
          « Notre étude a montré que les adultes autrichiens qui consomment un régime végétarien sont en moins bonne santé (en termes de cancer, d’allergies et de troubles mentaux), ont une qualité de vie inférieure et aussi nécessitent plus de traitements médicaux. »
          Donc pouvez-vous nous expliquer en quoi les propos de l’auteurs de l’article CP que vous avez mis en lien sont différents de ceux de l’article d’épidémiologie qu’il commentait?
          On vous écoute AmaDy.

          • Il ne faut pas se contenter des conclusions justement. Quand l’étude dit « Our results have shown that vegetarians report chronic conditions and poorer subjective health more frequently. This might indicate that the vegetarians in our study consume this form of diet as a consequence of their disorders, since a vegetarian diet is often recommended as a method to manage weight [10] and health [46]. Unfortunately, food intake was not measured in more detail, e.g. caloric intake was not covered. Hence, further studies will be necessary to analyze health and its relationship with different forms of dietary habits in more detail. », il faut le prendre en compte aussi. L' »écrit personnel » sur CP fait croire que le régime végé est la cause de la mauvaise santé. Ce que ne dit pas l’étude… Corrélation n’est pas causalité. Et quand je dis « crevaient comme des lépreux », j’aurais dû préciser entre parenthèse qu’il s’agissait d’une métaphore (je vous laisse voir la définition).

            • @AmaDy
              Suite à votre post, je viens de relire attentivement l’article de CP que vous avez mis en lien. Or je ne vois aucun lien de causalité entre régime végétarien et mauvais état de santé cité par l’auteur. On est juste au niveau de la corrélation. On sent bien que cela amuse l’auteur de l’article ce qui vous déplaît peut-être au vue de vos convictions. Mais je désolé je ne lis aucun rapport d’un lien de causalité à aucun moment.
              Quant à la phrase que vous rapportez :
              « Nos résultats ont montré que les végétariens signalaient plus fréquemment des problèmes de santé chroniques et une moins bonne santé subjective. Cela pourrait indiquer que les végétariens de notre étude consomment cette forme de régime en raison de leurs troubles, puisqu’un régime végétarien est souvent recommandé comme méthode de gestion du poids [10] et de la santé [46]. Malheureusement, la consommation de nourriture n’a pas été mesurée plus en détail, par ex. l’apport calorique n’était pas couvert. De nouvelles études seront donc nécessaires pour analyser plus en détail la santé et ses relations avec les différentes habitudes alimentaires. »
              elle est tout à fait logique et fait partie des éléments que rapportent toutes études de ce type sur les imprécisions et biais possibles du travail effectué. La quasi-totalité des études d’épidémio se terminent par ce type de phrase (De nouvelles études…) lorsqu’un un effet particulier a été mis en évidence au sein d’une étude d’ordre général non destiné à le montrer spécifiquement. Les études d’épidémio servent à mettre en évidence des corrélations, le lien de causalité est très difficile à démontrer avec ce type d’étude ce dont ne se privent pas de faire les idéologues et prosélytes de tout poil.

              • « Une étude scientifique montre qu’être végétarien rend plus souvent malade ». C’est dans l’en-tête. En gras. En grand. En visible. Faut aller chez l’ophtalmo hein. Et prière de me verser le remboursement que vous fera la sécu étatique 🙂 🙂 🙂

  • Article un peu curieux je trouve.
    Comme toute expression de l’activité humaine, des villes croissent, certaines stagnent et d’autres disparaissent. On ne compte plus les villes qui ont disparus spontanément (changement de l’activité et/ou des voies économiques, développement d’autres sites plus attractifs…etc) au cours de l’Histoire. Sans parler des villes détruites militairement ce qui est un autre sujet.
    Pourquoi se battre à tout prix pour maintenir en vie des structures urbaines qui n’ont plus d’usage. Cette mise sous perfusion de quartiers voire de villes entières se fait une fois de plus avec de l’argent publique soit directement via des subventions ou des exonérations fiscales ou par la contrainte via une mutualisation obligatoire ad hoc organisée par la puissance publique pour faire payer des personnes non concernées. Une fois de plus, si certains se voient surfacturés les services ou surimposés pour permettre à d’autres quartiers de survivre alors que la dite ville est en déflation, comment ne pas imaginer que cela ne pourra qu’encourager les habitants à partir s’ils le peuvent sans trop de difficulté?
    Cela me fait furieusement penser à toutes ces entreprises zombies non viables maintenues en survie à bout de bras par l’Etat grâce à l’argent des autres pour des motifs électoraux la plupart du temps. Ces entreprises finissent quasiment toutes par mourir en ayant cramé bcp d’argent pour rien.
    N’oublions pas que le maintient envers et contre tout des périmètres urbains permet surtout à ceux qui gouvernent ces mêmes villes de justifier leur existence et leur importance.

    • ah tiens Cyde mon ami (façon de parler hein). Encore vous.. Bref..
      Dans le passé, les villes se faisaient et se défaisaient car leurs implantations ne dépendaient souvent que de facteurs naturels (rivière, vallée) ou au bord des axes de communications de l’époque. et il n’y avait que des fondations pas bien profondes. Les villes d’aujourd’hui sont construites sur du gros dur, avec des routes en dur, des km d’impétrants (égouts, câbles etc). Si avant la population allait s’installer 20km plus loin pour avoir une autre rivière, être plus proche des nouveaux axes, etc, de nos jours, reconstruire une ville est un travail titanesque. Les gens ne vont pas débarquer avec des tentes et commencer à construire des huttes puis une place de marché etc. On est pas dans un jeu vidéo. Et de nos jours, déménager à 20km pour reconstruire une autre ville est ridicule vu qu’on a la voiture (et le vélo et transports en commun 🙂 ) . Vous avez une vision non systémique de la chose en plus. Un quartier d’une ville est un membre d’une ville. S’il est malade, le corps est malade. Et si on le coupe, ben ça fait un corps diminué. Sain peut-être. Mais pas capable de faire du saut à la perche avec un bras en moins hein.. Bref… voilà quoi .

      • Non désolé, je ne vous suis pas.
        Déjà, votre vision des matériaux modernes de construction est fausse. Le béton vieilli mal voire très mal. Bcp plus mal que la plupart des pierres utilisées dans les constructions anciennes et antiques. C’est pour cela qu’on retrouve bcp d’éléments des cités disparues depuis 1000 ou 2000 ans voire plus alors qu’une construction en béton armée s’effacera plus vite, la profondeur des fondations n’y changeant rien.
        Les critères d’implantation des nouvelles villes correspondent à peu près aux anciens critères, seule la notion militaire (facilité à organiser la défense de la ville) a disparu. Par contre les critères économiques sont devenus prépondérant (ressources naturelles, voies de communication ou carrefour d’échanges économiques). mais n’ont pas vraiment changé. Seules les facilités des transports ont modifiées la morphologie de la ville mais le principe reste le même.

        « reconstruire une ville est un travail titanesque. » Mais personne ne le fait sauf en cas de destruction majeure (guerre, catastrophe naturelle…etc). Seul des pays totalitaires à l’économie planifié peuvent décider de construire des villes de novo.
        L’apparition et le développement d’un centre urbain est quelque chose de progressif parce qu’une activité économique le justifie. Prenez l’exemple de la Silicon Valley qui regroupe de nombreuses localités qui se sont hyper développées ces 60 dernières années pour des raisons purement économiques. Personnes n’a décidé de construire les villes de la SV et personne ne l’a fait selon un programme déterminé à l’avance. Votre exemple relève plutôt d’une vision planificatrice de l’économie.

        « Et de nos jours, déménager à 20km pour reconstruire une autre ville est ridicule vu qu’on a la voiture (et le vélo et transports en commun ? )  » Sortez de France. On ne parle pas de 20km mais de 100aines de km. La voiture permet des choses mais si qqu’un trouve en travail stable à 200 km de chez lui. Il finira par déménager…

         » Un quartier d’une ville est un membre d’une ville. S’il est malade, le corps est malade.  »
        Argumentaire bien pratique pour justifier toutes les dépenses. Que diriez vous d’une entreprise qui continue à entretenir des locaux dont elles ne se sert plus et qu’elle ne parvient pas à rentabiliser (location ou autres) au points de finir par obérer ses capacités d’investissement pour l’avenir et de finir par mettre en difficulté son bilan comptable. Vous diriez: mauvaise gestion! Ce serait dommageable pour les propriétaires de la-dite boite (mais c’est leur argent après tout) et très dommageable pour leur salariés. Sauf qu’une ville est payée par tous (théoriquement) ses habitants et ce sont ses habitant qui doivent supporter l’entretien d’une infrastructure inadaptée ou inutile et surtout les élus et fonctionnaires municipaux qui vont de pair. Le maintien d’une telle infrastructure inutile avec l’argent des autres n’est possible que lorsque que les contributeurs aux finances municipales sont en nombre très inférieur à ceux qui en bénéficient… comme en France et d’autres pays socialisants.

         » Vous avez une vision non systémique de la chose en plus.  » Vous voulez dire que je répugne à employer l’argent des autres pour entretenir qqchose qui ne sert plus à rien?

        • Ce que je voulais dire sur les fondations des villes, c’est que nos villes actuelles ne sont pas juste des bâtiments mais aussi des routes et des impétrants. Construire une maison au milieu des champs, il faut amener électricité et eau potable (à part si vous creusez un puit et mettez des ER et batterie, comme un horrible bobo écolo que vous n’êtes pas). Et je n’ai pas à sortir de France vu que je ne suis pas en France :-). Le souci est que je base ma réflexion sur le fait que, pour moi, le lieu de résidence est aussi un lieu de vie, d’échange, avec un héritage culturel, patrimonial etc. (Je suis attaché à ma ville pour son folklore et ses traditions, sa qualité de vie, ses défauts qui me désolent, etc…). Vous n’avez pas cette vision. Mais je pense à un exemple sympathique à Bruxelles : le quartier des Marolles était un chancre urbain, pauvre, sale, etc.. Devinez quel quartier est devenu tendance, branché (et bobo..) ? idem rue Dansaert toujours à Bruxelles. Et puis… pour revenir en France, les villes ou quartiers faibles… on en fait quoi alors ? On laisse le tout pourrir sur pied ? Il est vrai qu’en France, l’Etat a tendance à intervenir dans tous les domaines de la vie et que ça doit être gonflant (ce qui est la conséquence de 1789 d’après une réflexion que j’ai eu). Bref.. je m’égare. Prenez une green card et laissez la France dans son marasme alors. Ce qui est vrai (selon vous) pour une ville doit l’être pour un pays.

          • Personne ne pense a construire une maison au milieu de rien sauf à vouloir être au milieu de rien. A charge à cette personne d’en assumer l’intégralité des coûts.
            Quand une zone géographique devient attractive économiquement (développement d’entreprises, d’exploitations de nouvelles ressources naturelles…etc), il y a création de richesses nouvelles et afflux d’une population venant en profiter ce qui permet de financer l’infrastructure urbaine naissante. Le développement urbain se fait progressivement et est payé par les ressources générées par l’activité économique. Aucune ville n’a été décidée de manière autoritaire. Il y a toujours un intérêt économique (ou militaire autrefois) sous-jacent.
            Vous citez un quartier initialement délaissé et devenu ensuite branché. Très bien, ce quartier avait donc une utilité/localisation/cadre qui a convenu à certains. Y-a-t-il eu besoin d’un financement publique pour cela?
            Combien de quartiers soutenus à bout de bras et bout de souffle par une administration publique à cours de financement? Et pour quels résultats?
            Si on posait la question à TOUS les habitants d’une ville payant des impôts s’il sont prêts à en payer plus pour soutenir la perfusion économique d’un quartier, quelle serait la réponse? C’est pour cela qu’on ne demande jamais leur avis au principaux financeurs càd les contribuables!
            « on en fait quoi alors ? On laisse le tout pourrir sur pied ? »
            On en fait rien. On rase les immeubles insalubres pour raison de sécurité et on attend qu’un investisseur privé reprennent les terrains ce qu’il fera si un nouvel intérêt économique apparaît. Sinon les choses resteront en l’état sans rien coûter aux contribuables.

            • Je pensais justement à ce genre de choses hier sur mon petit vélo. A chaque fois que j’essaye de réfléchir comme un libertarien, je tombe sur une impasse, une contradiction, une aberration. Je m’explique :
              Imaginons le Quartier des Canards dans la ville de Lamarre. Tout le monde est proprio, paye pour les quelques bus privés qui viennent chercher les enfants et assurer les transports des travailleurs. L’unique infrastructure sportive est un hall multi-sport (avec un seul panier de basket) car il n’y avait que 7 contributeurs qui faisaient du basket). Et un magasin d’alimentation. Disons 100 personnes au total sans compter les enfants. Manque de bol, l’usine de canne à pêche ferme ses portes. 25 habitants se retrouvent sans emploi et décident de quitter le quartier pour aller là où il y a de l’activité économique. Ya bien 10 personnes qui arrivent car c’est pas cher mais ce sont des gens quasi sans argent qui ne sont quasi pas acteurs économiques. C’est embêtant car le magasin était déjà limite en rentabilité. Il ferme également et 3 personnes perdent leur boulot et quittent le quartier. Il reste donc 72 personnes actives (plus les 10 nouveaux qui ne servent à rien) dans un quartier sans magasin et sans emploi. Ces 72 personnes qui ont d’autres activités ne peuvent plus subvenir seuls au coût des bus scolaires car le nombre d’enfants restants n’a pas permis de diminuer le nombre de bus. Voilà un quartier en difficulté. Et ça ne peut que s’empirer. Alors dans votre belle théorie politico-économique, vous condamnez 72 personnes à des dépenses supplémentaires qu’elles n’ont pas voulu mais qu’elles sont obligées de faire pour continuer à vivre là. Bravo. Je trouve quand même que pour un courant politique qui repose sur le libre-choix et la liberté individuelle, c’est pas top top que 2/3 se retrouvent à la merci d’1/3. Et les basketteurs me direz-vous ? Ils vont bien merci pour eux. Mais avec un seul panier c’est pas fun, ils ne peuvent même pas faire un match quand des amis viennent. Alors ils arrêtent le sport et prennent 25kg et meurent à 45 ans d’un arrêt cardiaque, faute d’une politique des sports. En parlant de sport, le vélo est un sport très libertarien ! Je n’ai besoin de rien sauf MON vélo et MON équipement et de chemins de champs bien boueux 🙂 : -) :-). Vous trouvez mon exemple simpliste et ridicule ? Sans doute. Mais comme je constate de plus en plus en lisant Contrepoints que le libertarianisme est comme le communisme une idéologie simpliste et irréaliste, je ne me gêne pas. Il y a des idées certes.

  • Amateur de Buick, je me suis rendu il y a quelques années sur le site de ‘Fisher Body’ à Flint (Detroit).
    S’il est vrai que le décor est post-apocalyptique, sur le plan écolo les gens (je salue mon ami Paul), m’ont dit que de nombreux animaux sauvages, dont des coyotes et même des loups, attirés par le retour de leur proies, sont revenus errer sur les friches industrielles…

  • Que les mega(lo)poles rabattent leur caquet au profit des villes modestes, c’est une excellente chose !
    Vive l’exode métropolitain !

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Urbaines, dites U À urbaniser, dites AU Lo... Poursuivre la lecture

Par Jean-Yves Bouffet. Un article de Conflits

Les détroits turcs, à savoir le Bosphore et les Dardanelles, sont stratégiques pour l’accès à la mer Noire. Leur statut est régi par la convention de Montreux signée en 1936, qui reconnaît la libre circulation pour le trafic civil, tout en permettant des restrictions pour les bâtiments militaires, parmi lesquelles l’interdiction de passage pour ceux-ci en cas de conflit. Sa mise en œuvre récente par Ankara est l’occasion de revenir sur l’historique et sur les conséquences concrètes de cette... Poursuivre la lecture

Par Christophe Alaux, Laura Carmouze, et Sarah Serval. Un article de The Conversation.

Qu’ils s’agissent d’entrepreneurs nomades, d’indépendants ou de salariés, la crise sanitaire et les confinements successifs redessinent la carte de l’attractivité résidentielle des territoires. Il est question ici d’un enjeu majeur pour les stratégies de marketing territorial. En effet, l’attractivité résidentielle correspond à la capacité d’un territoire d’attirer et de retenir des populations.

Les villes petites et moyennes, les territoires ... Poursuivre la lecture

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