Dépenses publiques : un pognon de dingue, mais pas perdu pour tout le monde

Emmanuel Macron à La French Tech Night en janvier 2016 (Crédits : Christophe Pelletier, CC-BY-NC-SA 2.0)

Avec un discours fleuve et plus de six heures de direct, le GrRand DébaAat NationaAal est lancé. Enfin, youpi youpi, les Français vont pouvoir exprimer toutes leurs doléances, tous les soucis qui les tracassent, les fins de mois difficiles, la bureaucratie galopante, les vexations fiscales et surtout, surtout, essayer de comprendre où part ce « pognon de dingue« .

Eh oui : avec le tournant de l’année 2018, la France a battu un bien beau record puisqu’elle affiche maintenant plus de 1 000 milliards d’euros de prélèvements publics à l’année (1 057 milliards pour être précis). Et pour cette coquette somme (qui représente à la louche deux fois et demi le budget de l’État), le citoyen français peut s’enorgueillir d’avoir une administration médiocre, des infrastructures vieillissantes, une police épuisée, une justice débordée, une armée usée, une couverture sociale pleine de trous et des politiciens calamiteux.

Afin d’illustrer la situation avec le brio qu’on lui connaît, les services de l’État se sont même fendus d’une intéressante imagette résumant ces dépenses ce qui permet justement de fournir une explication d’où part tout cet argent, et ce, même si cette explication est loin d’être complète et cache une réalité que certains pourraient qualifier hardiment de sordide.

C’est malgré tout un fort joli tableau qui permet de donner une idée des grandes masses. On y découvre ainsi un régalien particulièrement rikiki, flirtant avec les 60 euros avec tout de même 4 euros (sur les 1 000 dépensés) pour assurer au citoyen une justice efficace. 60 euros pour disposer d’un état de droit, ce serait véritablement bon marché (à ceci près que l’État français n’en est plus un depuis un moment).

À ces dépenses, on ajoutera probablement un peu de recherche organisée par l’État (même si on se tâte franchement pour mesurer l’impact économique des dernières découvertes de nos brillants chercheurs-fonctionnaires) pour 23 euros tout de même, 37 euros d’une dette qu’on ferait bien de continuer à rembourser sauf à devoir se frotter vigoureusement au crépi de la réalité et une trentaine d’euros pour le coût de nos administrations, les 66 euros dévolus semblant outrageusement généreux face aux sévices qu’ils sont capables d’offrir.

Ceci nous fait un total de 150 euros et, par contraposée, 850 euros dépensés dans la foultitude de baltringueries diverses et variées, et autres sprinklers à pognon déchaînés qu’on nommera pudiquement « la redistribution sociale à la française », c’est-à-dire cette illusion de couverture sociale, ce mythe rigolo du filet de sécurité collectif et ce pipeautage éhonté d’une solidarité qui s’évapore systématiquement dès qu’on en a besoin et réapparaît dans les discours avec une constance étonnante dès qu’il s’agit d’augmenter les prélèvements, ponctions et autres taxes.

En effet, outre le délabrement complet des services qu’on met généralement en face de cette solidarité à la pointe du fusil fiscal, on ne peut que constater que, pour chaque branche, le secteur privé en concurrence fournit mieux et moins cher. Ce n’est pas un effet de manche : école, santé, retraite et dans bien d’autres domaines, le secteur privé a amplement prouvé, de nombreuses fois en France et partout ailleurs dans le monde, qu’il savait faire mieux et pour un prix bien plus modique que les montagnes d’argent que l’État ponctionne aux Français.

Mais un autre aspect important, caché derrière les chiffres plus ou moins gros de ces dépenses publiques, reste l’invraisemblable quantité d’argent qui est dépensé en pure perte, c’est-à-dire en face duquel on ne retrouve absolument aucune création de valeur, aucun service public, aucune richesse créée en retour pour le contribuable. Ces sommes représentent au final des milliards d’euros de débilités survitaminées mais sont, on le comprend, extrêmement difficiles à évaluer au total.

Parmi ces dépenses incontrôlées et incontrôlables, on trouve évidemment la pléthore d’associations lucratives sans but, de commissions bigarrées, de hautotorités rigolotes, de comités Théodule et d’agences creuses dont l’objet n’a jamais été autre chose qu’alimenter les copains et les coquins de la République. La Cour des comptes produit régulièrement de tristes rapports où s’égrainent la liste de ces coûteuses officines et de leurs dispendieuses idioties. Rassurez-vous, ces rapports n’ont aucun impact.

Cependant, pour illustrer mon propos, j’utiliserai l’actualité qui fournit comme il sied une amusante collision avec ce sujet : avant qu’Emmanuel le président débite des poncifs devant des maires, s’est tenu le CES 2019 à Las Vegas. Le CES (Consumer Electronics Show), c’est la grand-messe des gadgets technologiques où sont régulièrement dévoilées les dernières innovations électroniques à la pointe. Or, suite aux excitations politiques — essentiellement pendant le quinquennat hollandesque — autour de la nécessité impérieuse pour la France d’avoir une place importante dans ce show, l’habitude a rapidement été prise d’y envoyer, en « représentation », un maximum des start-up françaises sous le label fumeux de French Tech.

À tel point que cette année fut marquée par la surpopulation française dans les allées du salon : aux 26 start-up sélectionnées par Business France (le côté national), il faut ajouter les 160 autres entreprises que les régions françaises ont invitées à leur frais. Et parmi elles, on en trouve un paquet qui, si elles peuvent aimablement qualifier le produit de gadgets, se demandent même pourquoi elles sont dans ce show. Au final, la délégation française y est maintenant plus présente que la délégation américaine, pourtant réputée pour représenter à la fois la plus grande quantité de start-up dans le monde, et fournir le plus gros contingent de celles qui réussissent de façon plus ou moins spectaculaire.

Autrement dit, la politicaillerie française a, comme prévu, choisi la quantité à la qualité, et a claqué « un pognon de dingue » pour aboutir à une overdose grotesque de French Tech sans intérêt qui a fini par noyer les quelques pépites qui auraient pu sortir du lot. Bien joué.

Ce pognon se retrouve certainement, caché dans les petites lignes de bilan budgétaires qui seront agglomérés en lignes plus grosses puis en lignes énormes, les petits ruisseaux de dépenses idiotes finissant par faire des torrents de gabegies absurdes cachés par des cataractes de redistributions moyennement pertinentes.

En somme, derrière cette répartition des grandes masses proposée par les services de l’État, la facture qui se voit, il y a celle qui ne se voit pas, et qui ne fera l’objet d’aucun débat tant ces affolantes niaiseries sont réparties sur tout le spectre : par une sorte de définition quasi-religieuse, si une dépense publique est engagée, c’est qu’elle n’est pas idiote et qu’elle est même indispensable !

Le GrRand DébaAat NationaAal est donc lancé. Mais avec son cadre déjà fixé dans le credo débile du « pas moins d’État mais mieux d’État » qui oublie commodément toutes les épaves communistes de l’Histoire passée (Russie, Chine) et récente (Venezuela, Corée du Nord, Cuba, …), qui oublie encore mieux qu’aucun pays dans le monde n’a d’État aussi obèse qu’en France, il n’y a réellement aucune chance qu’une prise de conscience s’opère enfin.

Ce pays est foutu.
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