Cet État qui dépense avant de se financer

Ministère des Finances à Bercy (Crédits : Pline, licence CC-BY-SA 3.0), via Wikimedia.

La grand soir fiscal n’est pas pour demain, car l’État met toujours la charrue avant les bœufs… Résultat désastreux garanti.

Par Simone Wapler.

Le grand débat national n’est pas encore ouvert qu’il s’annonce déjà inepte. Comme d’habitude, on parle dépenses mais pas recettes et on oublie la dette.

Macron a promis un grand débat national qui devrait s’ouvrir le 15 janvier.

Le grand débat national : pour que l’État contrôle mieux nos vies ?

Au programme :

  • Mieux accompagner les Français pour se loger, se déplacer, se chauffer
  • Rendre notre fiscalité plus juste, plus efficace, plus compétitive
  • Faire évoluer la pratique de la démocratie
  • Rendre l’État et les services publics plus proches des Français et plus efficaces.

Comme d’habitude, la charrue est mise avant les bœufs. On parle de contrôle de nos vies par l’État et d’impôts et avant de débattre de ce que nous acceptons de confier à l’État.

Quand je dis contrôle de nos vies par l’État, je n’exagère pas. Relisez la première phrase. Logement, déplacement, chauffage, alimentation, air que nous respirons…

Sachez qu’il est interdit d’utiliser les cheminées à foyer ouvert comme moyen de chauffage principal, par exemple. Oui, nous laissons entrer l’État jusque dans l’intimité de nos foyers.

Bastiat ! Au secours !

Les réflexions prémisses à ce grand débat rapportées par les médias ne font pas mentir Bastiat :

« L’État, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de TOUT LE MONDE ».

 Dans son célèbre essai L’État, l’économiste du XIXe siècle donnait une liste d’injonctions répondant à la question « L’État ! Qu’est-ce ? où est-il ? que fait-il ? que devrait-il faire ? » :

« Organisez le travail et les travailleurs.
Extirpez l’égoïsme.
Réprimez l’insolence et la tyrannie du capital.
Faites des expériences sur le fumier et sur les œufs.
Sillonnez le pays de chemins de fer. Irriguez les plaines.
Boisez les montagnes.
Fondez des fermes-modèles.
Fondez des ateliers harmoniques.
Colonisez l’Algérie.
Allaitez les enfants.
Instruisez la jeunesse.
Secourez la vieillesse.
Envoyez dans les campagnes les habitants des villes.
Pondérez les profits de toutes les industries.
Prêtez de l’argent, et sans intérêt, à ceux qui en désirent.
Affranchissez l’Italie, la Pologne et la Hongrie.
Élevez et perfectionnez le cheval de selle.
Encouragez l’art, formez-nous des musiciens et des danseuses.
Prohibez le commerce et, du même coup, créez une marine marchande.

Découvrez la vérité et jetez dans nos têtes un grain de raison. L’État a pour mission d’éclairer, de développer, d’agrandir, de fortifier, de spiritualiser et de sanctifier l’âme des peuples. »

La liste du XXIe siècle est tout aussi absurde. Les idées fusent notamment sur la fiscalité. Il en ressort qu’il faudrait plus d’impôts que personne ne paie.

Un débat biaisé d’avance qui débouchera sur un grand soir fiscal

Il ne sortira rien de ce grand débat car la question est mal posée et ceux qui y participent ont une opinion biaisée.

Les étatistes de droite pensent que tout va bien dans le fonctionnement actuel de l’État moyennant quelques  ajustements à la marge. Il suffirait de lutter contre la fraude sociale, traquer les faux chômeurs, les malades imaginaires et les sans papiers pour que tout baigne dans le beurre et que les finances publiques soient équilibrées.

Les étatistes de gauche pensent que tout va bien dans le fonctionnement actuel de l’État moyennant quelques ajustements à la marge. Il suffirait de lutter contre la fraude fiscale, de faire rendre gorge aux riches, de traquer le travail au noir et d’interdire les paradis fiscaux pour que tout baigne dans l’huile d’argan et que les finances publiques soient équilibrées.

Mais personne ne se demande ce que devrait vraiment faire l’État. Tout le monde semble s’accorder pour qu’il contrôle nos vies de la crèche à la tombe. L’État ne contrôle que 57 % de l’économie française, il faudrait qu’il aille plus loin.

« Comment le peuple ne ferait-il pas révolution sur révolution, s’il est une fois décidé à ne s’arrêter que lorsqu’il aura réalisé cette contradiction : « ne rien donner à l’État et en recevoir beaucoup ! »»

Que voulons-nous vraiment donner à l’État et qu’attendons-nous en contrepartie sont les deux seules questions importantes qui ne seront jamais débattues. Car de la même façon que les bouchers végétariens ne sont pas légion, les politiciens de carrière qui veulent voir leur influence limitée ne courent pas les rues.

Pourtant, la réalité est implacable.

La charrue vient derrière les bœufs.

Les recettes viennent avant les dépenses.

Évidemment, il n’est pas interdit de faire l’inverse mais il ne faut pas se plaindre si ça ne marche pas.

Les dépenses avant les recettes, et un monstrueux tas de dettes

L’Agence France Trésor  a besoin de collecter 236,6 milliards d’euros en 2019 pour financer le train de vie de l’État. 130,2 milliards d’euros correspondent à de la dette venue à échéance que nous ne pouvons pas rembourser. Le reste est ce que l’État dépense et qui n’est pas financé par l’impôt.

Cette cavalerie financière n’est possible que parce que les taux sont trafiqués à la baisse par la Banque centrale européenne. Ainsi, le service de la dette, le paiement des intérêts sur les 2 322,3 milliards d’euros, nous coûte 41,9 milliards d’euros d’intérêts, soit un taux moyen de 1,8 %. C’est quand même le deuxième poste du budget de l’État, le premier étant celui de l’Éducation nationale.

À propos d’Éducation nationale, il faudrait aussi rappeler à nos étatistes de droite et de gauche que gros budget ne va pas nécessairement avec grosses performances. Le niveau d’éducation en France ne cesse de dégringoler dans l’échelle internationale du classement PISA1. Nous sommes 26èmes sur 70 pays.

Éteignez la télévision, jetez vos journaux papier au feu, relisez Bastiat au coin de votre cheminée à foyer ouvert, ne craignez rien, vous ne mourrez pas d’asphyxie, d’autres se sont chauffés ainsi avant vous.

« Découvrez la vérité et jetez dans nos têtes un grain de raison. L’État a pour mission d’éclairer, de développer, d’agrandir, de fortifier, de spiritualiser et de sanctifier l’âme des peuples ».

 Si vous ne voyez pas d’ironie là-dedans, c’est que vous ne payez pas assez d’impôts.

Pour plus d’informations, c’est ici.

  1. PISA mesure les connaissances et compétences acquises de jeunes et la performance des systèmes éducatifs des pays telle que l’entend l’OCDE :« ce que les élèves de 15 ans savent et ce qu’ils peuvent faire avec ce qu’ils savent ».
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