Droite et gauche devraient converger vers le libéralisme

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Le clivage droite-gauche a perdu son sens. Une refondation passe peut-être par le libéralisme politique…

Par Marius-Joseph Marchetti.

imgscan contrepoints 726 7 familles de la droiteL’esprit des citoyens de notre pays est aujourd’hui, et depuis très longtemps, obnubilé par ce que nous appelons le clivage gauche-droite. Ainsi, un homme de gauche serait progressiste et profondément attaché à la solidarité alors que la droite serait belliqueuse et protégerait les individus avides de profit. La réalité est on ne peut plus différente. Les deux ne sont aujourd’hui que des marionnettes grotesques du pouvoir. Plus aucune de ces deux facettes ne respectent ses valeurs. Pour que la gauche serve réellement la cause des pauvres, elle devra renouer avec sa conception anti-autoritariste et se nouer d’amitié avec l’économie de marché. Pour que la droite retrouve ses valeurs, elle devra comprendre que le pouvoir évince toute activité prise en charge par l’État, y compris dans la sphère sociale.

Ainsi, une phrase qui revient de manière récurrente sur les réseaux sociaux est celle-ci : « Un libéral, c’est un gauchiste qui a appris l’économie ou un droitiste qui s’est fait matraquer par les hommes de l’État. » Je suis d’accord avec cette affirmation et me retrouve dans la première partie.

L’homme de droite

L’expression « socialiste de droite » qui est couramment utilisée pour définir la droite étatiste est à la fois appropriée et un contresens important. Elle est appropriée en ce que l’homme de droite recherche le pouvoir de l’État et gère le pays d’une manière aussi collectiviste qu’un homme de gauche, et un contresens majeur en ce que le pouvoir recherché par le conservateur détruit les valeurs qu’il est censé protéger.

Le ridicule achevé du conservateur moyen appelant les hommes de l’État à faire respecter sa définition personnelle de la morale (par exemple pour interdire la pornographie, sous prétexte d’immoralité) apparaît ainsi en pleine lumière. Sans parler des autres arguments difficiles à réfuter qui condamnent toute morale imposée (aucun acte qui n’est pas librement choisi ne peut être tenu pour vertueux), il est à coup sûr grotesque de confier la moralité publique au groupe de malfaiteurs le plus dangereux de la société, c’est-à-dire les hommes de l’État. — Murray Rothbard

Je ne prendrai ici qu’un seul exemple, et non des moindres. La disparition de plus en plus accentuée de la structure familiale et la destruction de la charité. Les hommes d’État, accablés par ce cataclysme qu’ils ont eux-mêmes engendré par leur interventionnisme, ont trouvé le bouc émissaire parfait pour cacher leurs erreurs : le capitalisme et l’individualisme. Nous ne nous attarderons pas sur ces préjugés, qui n’existent que pour justifier plus de clientélisme électoral, et intéressons-nous à ce qui a déclenché cet effondrement de la structure familiale.

Nous pouvons le résumer très rapidement : c’est l’effet d’éviction. L’effet d’éviction, pour faire simple, est une conséquence d’une intervention de l’État. Si l’État crée plusieurs hôpitaux dans une certaine zone, il va évincer les cliniques privées environnantes. Ce qui est vrai dans la sphère économique l’est également dans la sphère sociale. Ce qui a engendré cette éviction de la famille et de la charité privée trouve sa source dans l’État-providence. L’État-Providence a pris en charge des fonctions auparavant effectuées par les familles.

C’est précisément parce que l’État-providence est un arrangement économique inefficace qu’il doit s’appuyer sur les impôts. Si l’État-providence était placé, sur un pied d’égalité, en concurrence avec les familles, il ne pourrait subsister bien longtemps. Il a chassé les familles et les institutions charitables du « marché de l’assistance » parce que les gens sont obligés de payer pour ces services de toute façon. — Jörg Guido Hülsmann

Ainsi l’homme de droite qui clame son conservatisme du haut de son piédestal étatique n’a, on peut en être certain, rien compris dans l’affaiblissement de ses propres valeurs. Si le conservateur souhaite pouvoir embrasser ses valeurs et les transcender, il doit absolument dire non à l’État.

L’homme de gauche

L(imposture de la gauche renéL’homme de gauche est peu enclin à s’intéresser au monde de l’entreprise et l’économie en général. Souvent assimilé à un monstre froid, l’économie n’est à ses yeux rien d’autre qu’une machine à appauvrir. Là encore, j’ai découvert au fur à mesure qu’il n’en était rien. Aux lecteurs de gauche ou assimilés, sachez ceci. L’État n’est pas le paradis du faible. Il est l’apanage du puissant. Celui-ci ne vous fera jamais sortir de la pauvreté. La seule chose qu’il puisse faire, c’est vous enfermer dans son système.

Je n’aborderais pas l’État-providence, même si il est vrai que les aides ont certainement un rôle désincitatif, elles sont également des miettes données aux pauvres pour que ceux-ci s’imaginent ne pas pouvoir vivre sans l’État.

Mais que dis-je ? Des lois à qui pense par soi-même, et ne doit répondre que de ses propres actes ! Des lois à qui veut être libre, et se sent fait pour le devenir ? Je suis prêt à traiter, mais je ne veux pas de lois ; je n’en reconnais aucune ; je proteste contre tout ordre qu’il plaira à un pouvoir de prétendue nécessité d’imposer à mon libre arbitre. Des lois ! On sait ce qu’elles sont et ce qu’elles valent. Toiles d’araignées pour les puissants et les riches, chaînes qu’aucun acier ne saurait rompre pour les petits et les pauvres, filets de pêche entre les mains du Gouvernement. — Pierre-Joseph Proudhon

Je ne prendrai que quelques exemples, dans ce cas, pour essayer notamment de pallier l’inculture économique des hommes de gauche ici-même. Ceci n’est en rien une critique. L’homme de gauche est en général un homme fort peu intéressé par l’économie, en ce qu’elle peut s’apparenter pour lui à la science de l’exploitation. Il n’en est rien. Les hommes de gauche qualifient par exemple la politique monétaire d’ultralibérale car celle-ci n’est rien d’autre qu’un vol discrétionnaire et qu’elle sert aujourd’hui à favoriser les marchés financiers. Ils ont raison. La politique monétaire expansionniste est un vol. Mais elle n’est pas ultralibéral, elle est ultra-étatiste. La politique monétaire est, qui plus est, la principale source d’inégalité dans notre société. Les hommes de gauche doivent se réapproprier la lutte des classes mais ils ne doivent pas se tromper d’adversaire. L’ennemi n’est pas le riche en lui-même, pas celui qui a constitué sa richesse grâce à son esprit et sa capacité à innover mais celui qui retire des privilèges de la part de l’État.

Un autre exemple illustre cette méconnaissance des phénomènes économiques des hommes de gauche : celui qui consiste à dire que les pays riches exploitent les pays pauvres et que c’est sur cela qu’ils assoient leur richesse, car dans les pays pauvres, les coûts de main-d’œuvre y sont plus faibles. Or encore une fois, on oublie un détail important. Le capital investi par tête d’habitant fait que le salaire des habitants des pays riches est bien plus important que celui des pays pauvres. Ainsi, lorsqu’il vient créer une entreprise en Chine, le capitaliste entraîne les salaires locaux à la hausse car il augmente le capital investi par tête. C’est pour cela qu’aujourd’hui les salaires chinois sont plus élevés qu’il y a plusieurs années. Ce phénomène se nomme égalisation des taux de salaire sur le long terme. Là où dans les années 50, le niveau de vie d’un habitant de la Corée du Sud équivalait à celui d’un habitant d’un pays d’Afrique noire, il possède aujourd’hui 65% du pouvoir d’achat d’un américain. Ainsi, le libre-échange et la libre circulation des capitaux permettent une égalisation des taux de salaire entre les différents pays sur le long terme. C’est un exemple parmi tant d’autres.

L’homme de gauche ne doit pas seulement renouer avec son anti-autoritarisme, mais également son appréciation de l’économie de marché comme étant la première source anti-pauvreté dans ce monde.

L’homme de droite et l’homme de gauche ont donc un chemin relativement similaire à emprunter. Chacun devra réaffirmer des valeurs qui lui sont propres. Ils devront cependant rejeter l’étatisme.

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