Gilets jaunes : l’occasion pour les libéraux de se mobiliser

Mouvement des gilets jaunes, Menoncourt, 25 Nov 2018 By: Thomas Bresson - CC BY 2.0

Il est de la responsabilité des libéraux de tenter de proposer aux manifestants et aux sympathisants des gilets jaunes leurs grilles d’analyse. OPINION.

Par Ferghane Azihari.

Comment réagir face aux Gilets jaunes ? La question divise les libéraux. Pour ma part, bien que n’ayant pas mon permis, j’ai fait le choix de m’afficher publiquement avec cet accoutrement à l’esthétique discutable. Non pour cautionner les blocages qui sont autant d’atteintes injustifiables vis-à-vis de la liberté de circulation et de la primauté du droit. Ni pour cautionner non plus les revendications loufoques des « représentants » d’un mouvement qui n’est en réalité pas formellement organisé.

Mais pour partager ma sympathie envers ce qui fut la véritable cause des manifestations : l’exaspération relative à la fiscalité sur le carburant et plus généralement le poids global des prélèvements obligatoires. Refusons d’ailleurs la terminologie du « ras-le-bol » fiscal qui a l’inconvénient d’entretenir l’idée que ne pas pouvoir vivre du fruit de son travail ne serait qu’un petit désagrément comparable à des troubles du voisinage. Il s’agit là d’une exaspération et d’un profond sentiment d’injustice tout à fait légitimes.

La pression fiscale contre l’écologie

Je suis convaincu que les Français ne seraient pas autant affectés par cette fiscalité prétendument écologique, quoi qu’on pense de celle-ci, si la pression fiscale globale était plus faible. On ne cesse alors de me rétorquer que les revendications émises par les Gilets jaunes sont loin d’être cohérentes. La plupart des manifestants demandent certes moins de taxes pour eux.

Mais ils persistent à en demander plus pour leur voisin plus riche ou pour leurs descendants dans la mesure où ils ne se préoccupent pas de la baisse des dépenses publiques. Il est vrai que cette contradiction existe. Mais c’est précisément parce que les contestations fiscales actuelles se caractérisent par des revendications contradictoires que la voix des libéraux est nécessaire pour remettre de l’ordre dans toutes ces frustrations.

J’estime pour ma part que les revendications contradictoires de ce mouvement ne sont pas suffisantes pour le dénigrer. Aucun mouvement social ne porte des revendications cohérentes et uniformes. Cessons de fantasmer sur des manifestants qui descendraient dans la rue en brandissant des ouvrages de Frédéric Bastiat ou de Friedrich Hayek.

Par-delà la philosophie

Ces fantasmes inhibent toute démarche politique. Et pour cause, les gens sont occupés à d’autres fonctions productives (tout aussi voire plus utiles) que celles qui consisteraient à philosopher pour se doter d’un corpus intellectuel « pur et parfait ». C’est là un luxe qui n’est pas à la portée de tout le monde. Mais la difficulté d’attribuer une injustice à des causes bien identifiées ne délégitime pas le fait de la ressentir.

Les libéraux ont donc deux choix face à cet assemblage hétéroclite de revendications disparates que les mouvements organisés essaient de récupérer. Nous pouvons tenter de proposer nos grilles de lecture pour faire passer les messages adaptés à la détresse des populations. Ou nous pouvons rester dehors et jeter les manifestants dans les bras de nos adversaires politiques. Ces derniers ont en effet fait leur choix.

La gauche radicale qui méprise la notion même de propriété privée propose aux manifestants sa grille de lecture. Voilà qu’une faction politique dont le programme et l’idéologie consistent pour l’essentiel à taxer tout ce qui bouge feint son soutien vis-à-vis d’une révolte fiscale.

Le message qu’elle essaie de transmettre est simple : « ce n’est pas que vous payez trop d’impôts, c’est que d’autres n’en paient pas assez ». Ainsi flatte-t-elle les plus bas instincts et les ressentiments envieux pour inciter les manifestants à demander le renforcement des chaînes fiscales à l’échelle du pays plutôt que d’exiger l’affranchissement de tous. La droite nationaliste n’est pas en reste.

On attendait d’elle qu’elle se félicite de la taxation du carburant. N’est-ce pas cette même droite protectionniste qui vocifère sans cesse contre le commerce international et la mondialisation sauvage ? Le carburant, produit que nous continuerons d’importer tant que nous n’aurons pas de pétrole sur notre sol, est après tout une vile marchandise étrangère qu’il ne faudrait surtout pas laisser circuler librement ! On n’ose imaginer les répercussions qu’une politique commerciale encore plus restrictive aurait sur le pouvoir d’achat…

On aurait tort de dénigrer tous ceux qui partagent ces solutions simplistes. Nous vivons dans un pays où toutes les institutions majeures nous invitent à y adhérer. C’est pourquoi il est de la responsabilité des libéraux de tenter de proposer aux manifestants et aux sympathisants des gilets jaunes leurs grilles d’analyse. Sans quoi personne ne mettra le doigt sur le principal problème : un État dont la voracité et l’obésité empêchent les Français de vivre de leur travail.