L’Europe et l’euro à l’heure d’un tournant économique mondial

Sommes-nous encore capables de former une vision proactive et optimiste de notre avenir en Europe ?

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L’Europe et l’euro à l’heure d’un tournant économique mondial

Publié le 10 novembre 2018
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Par Thierry Godefridi.

Le lundi 8 octobre dernier, Charles Gave donnait une conférence au Cercle Aristote à Paris sur « Le tournant économique mondial ». Il y répéta son credo selon lequel l’euro est une absurdité et l’on ne s’en sortira que si l’on en sort.

« L’on », c’est la France avec « ses 20 % de fonctionnaires de plus que l’Allemagne » et l’Italie « qui réunit une partie de l’Afrique à une partie de l’Europe du Nord, cette partie transférant une moitié de ses richesses vers l’autre ». S’attendre à ce que la France et l’Italie restent concurrentielles via l’euro par rapport à l’Allemagne et au reste du monde est donc un leurre.

Mais « l’on », c’est aussi l’Allemagne. En effet, ses excédents commerciaux sont énormes et ce n’est guère plus enviable, car ces excédents correspondent à des créances sur des débiteurs affaiblis par l’euro, débiteurs qui pourraient ne jamais rembourser leurs dettes ou ne les rembourser que dans de nouvelles monnaies nationales fortement dévaluées, effaçant d’autant une partie de leurs dettes en question.

L’UE et la monnaie unique

Et, on le devine, ce qui vaut pour les trois plus grandes économies de la zone euro vaut pour toutes les autres.

C’est la position souverainiste et pessimiste, partagée par une faction de libéraux conservateurs mais aussi par des franges d’opinion issues d’autres horizons politiques, à l’égard de l’Union européenne et de la monnaie unique, à savoir que la situation actuelle bloque les mécanismes d’ajustement entre les différentes économies nationales (les taux de change et les taux d’intérêt) et brouille les repères (« tous les prix sont faux », dit Charles Gave).

C’est embêtant, car, au même moment où l’Union européenne paraît être déstabilisée par sa monnaie, le monde change.

Monsieur Trump qui fut élu par l’Amérique rurale et industrieuse et non par le complexe médiatico-financiaro-politique en place a décidé que l’Amérique dispose d’une économie suffisamment grande, dynamique et créative pour se replier sur elle-même, mais surtout, et cela date d’avant son accession à la présidence des États-Unis, ceux-ci, depuis quelques années, ont décidé d’étendre leur juridiction à tout ceux qui utilisent leur monnaie pour les échanges internationaux.

L’Iran et l’interdiction formulée aux banques et industries européennes d’encore traiter avec elles n’en sont qu’un exemple parmi d’autres ! Que l’on se remémore à ce sujet le cas de BNP Paribas accusée par la justice américaine d’avoir contourné de 2000 à 2010 les embargos imposés par les États-Unis à Cuba, à l’Iran, au Soudan et à la Libye et condamnée en 2015 à payer une amende de 8,9 milliards de dollars aux États-Unis… ou, à défaut de payer l’amende, à s’exposer à de longs procès à l’issue incertaine et à se voir entre-temps retirer ses licences bancaires aux USA, c’est-à-dire fermer boutique.

Le privilège impérial

Le fait que le dollar américain est, depuis 1945, non seulement la monnaie de réserve du monde mais aussi la monnaie dans laquelle s’effectuent les transactions du commerce international (pétrole, minerais, denrées, mais ça ne s’arrête pas là !)  confère aux USA ce que l’économiste français Jacques Rueff et, par la suite, Valéry Giscard d’Estaing appelèrent un « privilège impérial », privilège que l’émergence de l’Internet et des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) n’a sans doute que renforcé.

Si l’Europe semble contrainte de subir le privilège impérial de sa puissance protectrice, par contre la Chine se dresse de plus en plus comme la seule puissance concurrente des États-Unis et ne manque pas l’occasion d’en récuser l’hégémonie. Que l’on se souvienne des contrats d’approvisionnement en pétrole passés avec la Russie (et d’autres producteurs de pétrole), dénommés en yuans convertibles en or, et de la volonté évoquée ici précédemment de la Russie de promouvoir les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) comme un gigantesque marché alternatif par rapport à l’Occident et à tous ceux sous son emprise. La Russie est désormais en phase avec l’idéologie du « néo-eurasisme » d’Alexandre Dougine et ancrée dans l’orbite de la Chine.

Pendant ce temps, l’Europe semble au milieu du gué et à court d’idées et de volontés concrètes pour se réformer. Sommes-nous – nous, car nous sommes tous concernés, tant que nous vivons encore ne serait-ce que dans un semblant de démocratie – capables de former une vision proactive et optimiste de notre avenir en Europe ?

Gageons qu’une telle vision, qu’une telle réforme – reconquête serait-il le mot juste ? – ne pourra se borner à résoudre la problématique de l’immigration et faire l’impasse sur les mesures de croissance économique via une relance de l’offre (plus d’entrepreneurs et plus de skin in the game), et non de la demande (plus de dépenses publiques, plus d’impôts, plus de dette publique, plus d’État). Il existe de bons exemples, même en Europe ! L’on ne manquera pas d’y revenir.

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  • l europe et l euro sont devenus une abomination pour un certain nombre de pays, le simple fait que des gens non elus decident pour les autres , en plus du grand n importe quoi, moscovici en est l exemple parfait, un bon a rien en france devenu un bon a rien en europe. il suffit de voir les courbes , depuis la mise en place de l euro, tout diverge vers la faillite , si l euro etait une monnaie si parfaite, les taux seraient les memes pour tous, or ce n est pas le cas, a tel point que l allemagne emprunte a des taux negatifs, une totale aberration. la convergence des economies est totalement impossible, tout le monde ne peut avoir le modele allemand.

    • J’allais vous soutenir, mais vos derniers mots m’ont fait changer d’avis. L’euro aurait certes dû consacrer une convergence et non servir à la justifier, mais l’échec de l’euro montre avant tout que le refus de converger vers ce qui est souhaitable est la source de tous les maux. Si, tout le monde peut avoir le modèle allemand.

      • @ MichelO
        Commentaire courageux!
        Bien sûr qu’il vaut mieux s’inspirer d’un système qui fonctionne que l’inverse: l’Allemagne plutôt qu’un pays « du sud ».
        Tout le monde n’est pas nostalgique des dévaluations successives du franc français et une rigueur monétaire dans l’U.E. facilite évidemment les échanges.
        Pour le reste, l’avenir de l’U.E. ne dépend que de ses pays membres, pas de Bruxelles!
        Mais bon, on sait bien que Bruxelles, c’est le bouc émissaire utilisé en politique française depuis au moins 30 ans pour masquer les erreurs nationales.

        • L’avenir de l’UE dépend à parts au moins égales de Bruxelles et des pays membres. Bruxelles est aussi hors sol par rapport aux Européens que Macron par rapport aux Français, c’est dire !

      • La vie d’un peuple n’est pas faite que de convergence économique, mais aussi de solidarité: les régions riches paient pour les regions pauvres sans que ça pose problème. La monnaie commune sera un échec car les Allemands ne veulent pas payer pour les autres, de même que d’autres peuples d’ailleurs.
        C’est la réalité humaine qui manque a l’Europe: il n’y a pas de peuple européen. Cela n’empêche pas bien sûr le dialogue et les coopérations.

        • On peut jouer la solidarité avec un voisin pauvre si celui-ci joue le jeu, c’est à dire qu’il fait des efforts pour s’en sortir et apporte la garantie qu’il ne se comporte pas en passager clandestin.
          Vu de l’Allemagne, aider un pays comme la France et ses dérives, ou bien l’Italie (idem), ce serait se suicider économiquement, souhaitons qu’elle reste raisonnable et n’entre jamais dans le jeu débilitant de l’assistanat !

        • Il me semble qu’au contraire, c’est parce que c’est fait en douce que les régions riches paient pour les pauvres, et que sinon la différence entre solidarité et parasitisme devient évidente pour tous. C’est cette différence qui fait l’échec du socialisme et l’absence de peuple européen : la solidarité, c’est quand le riche choisit d’aider le pauvre parce qu’il voit que celui-ci en ferait autant si les situations étaient inversées. Quand le pauvre choisit de vivre aux crochets du riche, par paresse et par commodité, l’argument ne tient plus. L’histoire d’apprendre à pêcher plutôt que de donner du poisson ne tient plus si celui qui a faim ne veut pas apprendre et trouve bien plus intéressant de piquer les poissons dans le panier de celui qui s’est donné la peine de les pêcher. La monnaie commune sera un échec parce que les autres ne veulent pas faire les efforts qu’il faudrait pour devenir riches comme les Allemands, ils veulent juste continuer à paresser. Y aurait-il un peuple allemand où les différences entre Frisons et Bavarois seraient moins importantes qu’entre, mettons, Français et Portugais ? Je ne crois pas.

        • Le chômdur en Allemagne, c’est 6 mois, après c’est la survie. En plus pas le droit de refuser un job.
          Ben là, tu te grouilles… tu pionces pas…

  • Pas d’inquiétude !
    L’entrée de la Turquie toujours au programme de la commission (La Grosse) va nous sauver.

    • @ Esprit critique
      Pas du tout, c’est bien R.T.Erdogan qui a, par ses initiatives, retardé toute progression de la Turquie pour rejoindre l’U.E.!

      • Chez les suisses la commission, surtout la grosse, a une signification particulière, très imagée…

      • L’UE soutient la reprise des négociations d’adhésion de la Turquie
        Le porte-parole de la Commission européenne, Margaritis Schinas, a déclaré, mercredi, que « la Commission européenne soutient la reprise des négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne » 07.11.2018 .
        Y a longtemps que tu n’est pas sorti pour regarder ce qui se passe dans le monde ?

  • La monnaie est certainement l’invention la plus diabolique du genre humain. Merci donc à Thierry Godefridi pour cet article de fond qui est une réflexion sur le devenir économique de l’Europe en général et de la France en particulier.
    Ramené au contexte Franco-allemand, l’Euro a été conçu comme la monnaie d’échange entre la cigale et la fourmi. Il ne pouvait en résulter que toutes sortes de déséquilibres.
    Dans ce contexte, comment s’étonner qu’un pays comme la Suisse assume son développement économique et assure sa prospérité avec sa propre monnaie en parfait détachement avec la banque centrale européenne…

    • Et la fourmi est en train de se rendre compte que les cigales vont l’enfumer via Target 2.
      La fourmi qui pensait dominer les cigales ( ses deux essais précédents ayant échoué ) , va se prendre une paume sur ses 1000 milliards d’euros de créance. Caramba !! encore raté !!

  • Pourtant au lieu de critiquer et de menacer les pays de Visegrad, l’Europe serait plus intelligente de s’en inspirer car ils font 4,5% de croissance! Bruxelles a repris ce que la France a de plus mauvais: son bureaucratisme destructeur!

    • ils sont en croissance grâce à leurs faibles coûts salariaux
      Leur croissance se fait juste en pompant les richesses et l’activité de l’ouest, en plus des subventions de l’UE.
      L’UE est une vaste arnaque.

      • Du tout, l’ouest se branle grâce à ses poly.tocards. A l’est on bosse, on glande pas, et les réfugiés vont voir ailleurs, poussés ou pas.

      • Les « faibles coûts salariaux » profitent aussi à l’Ouest.
        Combien d’est-européens qui travaillent (souvent pour des salaires moindres) dans les économies développées de l’Ouest ? En Allemagne, au Royaume-Uni, en France (notamment dans le domaine de la santé et en BTP, mais pas que), en Italie, etc. ?
        L’UE est effectivement une vaste arnaque, mais surtout à cause des bureaucrates, pas des nouveaux entrants qui ont souvent une bien meilleure mentalité.

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