Cuba est-elle pauvre à cause de l’embargo ?

Fidel Castro-Havana-1978 by Marcelo Montecino(CC BY-SA 2.0)

Peut-on blâmer la politique étrangère américaine d’embargo face à Fidel Castro pour la pauvreté de Cuba ?

Par le Minarchiste.

Cuba est-elle pauvre à cause de l’embargo ?
Fidel Castro-Havana-1978 by Marcelo Montecino(CC BY-SA 2.0)

Aux dires de plusieurs penseurs de l’extrême-gauche, la pauvreté des Cubains n’est pas attribuable au régime communiste, mais bien au cruel embargo des États-Unis. Depuis 1960, les Américains se sont vus interdits de transiger, investir et voyager à Cuba. Est-ce que cette politique est responsable des insuccès du régime castriste ?

La première chose que ces gens doivent réaliser est que leur argument implique que le commerce international est une bonne chose, car si le commerce international était mauvais, l’embargo aurait dû avoir un effet positif. Pourtant, ces mêmes gens se présentent généralement comme d’ardents opposants à la mondialisation des échanges ! Voici d’ailleurs une citation de nul autre que Karl Marx, au sujet du protectionnisme :

« Le système protectionnisme est un moyen artificiel de fabriquer des manufacturiers, d’exproprier les travailleurs, de capitaliser les moyens de production et de subsistance nationaux et de forcément ralentir la transition des modes de production médiévaux vers les méthodes de production modernes. »

Marx était conscient que le protectionnisme favorise les producteurs locaux établis aux dépens des travailleurs. Il réalisait aussi qu’en protégeant les producteurs locaux de la concurrence étrangère avec des barrières tarifaires, on leur enlève un incitatif à innover et à adopter de meilleurs moyens de production. Il comprenait donc que le protectionnisme ne crée pas de richesse, il en détruit.

L’autre chose que ces gauchistes pro-Castro doivent aussi avouer est que si l’embargo a fait si mal à l’économie cubaine, c’est que l’île a besoin du commerce avec les États-Unis pour prospérer ; un pays que l’on présente généralement comme l’effigie du capitalisme (même si ce n’est pas tant le cas). Si le communisme est autant supérieur au capitalisme, pourquoi est-ce que Cuba n’arrive pas à subvenir à ses propres besoins ou encore à y parvenir en commerçant avec d’autres nations que les États-Unis ? N’est-ce pas là une preuve fondamentale de l’infériorité du communisme ?

Finalement, il faut aussi réaliser que malgré l’embargo, le commerce entre les deux pays n’est pas tombé à zéro. Bien qu’il ait fortement diminué, Cuba continue d’importer de la marchandise des États-Unis, ce qui a permis au régime de subsister un peu plus longtemps. À l’époque de l’embargo, presque tous les biens en capitaux cubains étaient importés des États-Unis, tandis que ce pays était la principale destination pour les exportations de l’île. Il est donc clair que l’embargo a dû avoir l’effet d’un choc brutal sur les finances de Cuba. Par contre, ce choc fut amorti par l’aide soviétique, qui allait en venir à représenter 85% du commerce et de l’investissement, ainsi que 35% du PIB, du moins jusqu’à ce que l’Union Soviétique s’écroule. Cuba continue néanmoins de bénéficier de l’aide d’autres pays, incluant le Venezuela et la Russie.

À quel point Cuba est pauvre ?

Il est difficile de se fier à une quelconque statistique conventionnelle pour évaluer le niveau de vie des Cubains, mais on peut tout de même considérer que la population vit dans une situation assez précaire. Le PIB par habitant est de $10,400, ce qui est comparable à la Jamaïque et à la République Dominicaine, mais cette mesure ne convient peut-être pas bien à mesurer la richesse d’une économie communiste.

Selon les calculs d’économistes cubains, en incluant tous les services sociaux fournis par l’État, une famille de 4 personnes aurait besoin de 7 salaires pour vivre décemment. Environ 63% des Cubains dépendent des envois d’argent des membres de leur famille résidant à l’étranger, lesquels ont dépassé les $3 milliards par an récemment. Le salaire officiel moyen à Cuba est d’environ $25 par mois. Cependant, avec le travail au noir, les envois d’argent de l’étranger, les pourboires de touristes et les autres sources de revenus non-officiels, le revenu moyen est plus près de $150 par mois, ce qui est tout de même dérisoire.

Les biens de subsistance sont subventionnés, ce qui réduit leur coût, mais ils sont généralement en pénurie. Beaucoup de biens de première nécessité ne sont disponibles que sur le marché noir à coût très élevé. Les services publics sont peu dispendieux, mais la décrépitude des infrastructures fait en sorte que près de 10% de la population n’a pas accès à de l’eau potable. Les édifices, incluant les écoles et hôpitaux, sont de plus en plus délabrés, mais l’éducation et les soins de santé sont gratuits.

Au niveau de l’Indice de Développement Humain, Cuba se classe 67e sur 188 pays, ce qui est tout de même un bon résultat. Bien que Cuba ne participe pas aux tests PISA, les résultats des élèves de 4e primaire aux tests de l’UNESCO sont de loin les meilleurs en Amérique Latine. Le niveau d’illettrisme fonctionnel frise les 0% (même si on peut douter de la véracité de ce chiffre), alors que l’illettrisme fonctionnel est estimé à 14% de la population adulte aux États-Unis.

Au niveau des soins de santé, la performance du système cubain a été applaudie mondialement. L’espérance de vie y serait similaire à celle des Américains, alors que la mortalité infantile serait en ligne avec celle du Canada (et plus faible qu’aux États-Unis). Cependant, plusieurs estiment que ces statistiques sont manipulées par le régime. Il faut aussi considérer que la population ordinaire n’a pas accès au même système que les touristes, les militaires et les politiciens du parti, qui bénéficient du système « de luxe ». Dans le système des gens ordinaires, les équipements sont vétustes, les fournitures sont toujours en pénurie, les patients doivent eux-mêmes acheter leurs points de suture sur le marché noir. Il y a énormément de médecins par habitant au pays, au point que Cuba les envoie pratiquer un peu partout dans le monde, surtout au Venezuela qui envoie des barils de pétrole en retour.

Au final, la preuve la plus importante de la médiocrité du niveau de vie à Cuba est le fait que de nombreuses personnes sont prêtes à risquer leur vie et fuir l’île pour les États-Unis. Les gens ne sont peut-être pas autorisés à critiquer ouvertement le régime, mais ils s’expriment avec leurs pieds de façon assez éloquente.

En 2010, même Fidel Castro a admis que le modèle Cubain, basé sur son homologue soviétique de planification centrale, n’était plus soutenable. Des réformes furent alors entamées pour introduire un peu de capitalisme dans l’économie, avec des résultats encourageants.

Technologie cubaine de pointe pour l’agriculture…

L’embargo n’a jamais eu sa raison d’être…

Il va sans dire que l’embargo a été un très mauvais outil de politique étrangère pour les États-Unis. Il a fourni à Castro une excuse pour l’échec de son régime socialiste. Il peut diriger l’attention de la population sur les impacts directs de l’embargo, comme les pénuries de médicaments, ce qui dissimule les déboires de son système économique.

Cet embargo a en effet contribué à la pauvreté des Cubains en réduisant leur accès aux biens abordables produit par l’une des économies capitalistes les plus productives du monde, les confinant davantage dans la misère imposée par le communisme. Il est cependant ridicule d’affirmer que c’est à cause de cet embargo que le modèle Cubain n’a pas fonctionné et que la population vit de façon si misérable…

En terminant, je ne peux passer sous silence les stupides commentaires du Premier ministre du Canada, Justin Trudeau, suite à la mort de Fidel Castro. On comprend que Trudeau ait une certaine sympathie pour le dictateur cubain en raison du fait que son père, alors qu’il était lui aussi Premier ministre, a été le deuxième chef d’État à fouler le sol cubain suite à la Révolution. Cependant, de là à dire une sottise telle que « c’était un leader remarquable » qu’il a eu « l’honneur de rencontrer »…  Il a d’ailleurs été critiqué pour cette déclaration sur la scène internationale. Cela constitue certainement l’une des plus importantes bourdes de Trudeau depuis son accession au pouvoir, et en dit long sur ses convictions politiques profondes…

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