Moins de cancers grâce au bio : malhonnêteté et contradictions

Bio Sonnenblumenkerne by Marco Verch (CC BY 2.0) — Marco Verch,

Quand on s’appuie sur une étude pour donner des consignes, autant qu’elle soit valable et interprétée correctement.

Par Michel de Rougemont.

Dans la série « une récente étude scientifique montre que… » la lutte contre le cancer est en pole position et l’agriculture bio ne se situe pas mal non plus. Si même une fraction de ces annonces se révélait exacte, il y aurait déjà bien longtemps que ces malignités n’auraient plus cours et que notre longévité se compterait en siècles. La dernière en date est que manger bio préviendrait de ce genre de maladie.

Voilà une occasion de plus d’utiliser mon tampon rempli de beuse. Mais je vais tenter ici d’inverser la loi de Brandolini et de dépenser moins d’énergie pour débusquer cette sottise qu’il n’en a coûté pour la produire.

Les médias se sont empressés de mentionner cette étude récente1 associant la consommation d’aliments bio à un risque réduit de cancer, bien entendu sans tenir compte du chapitre qui en décrit les limitations. Et lorsque qu’on la lit attentivement on comprend que ses résultats sont statistiquement tellement peu significatifs qu’ils ne peuvent être concluants.

On notera d’ailleurs le key point :

« Si les résultats sont confirmés, la promotion de la consommation d’aliments biologiques dans la population en général pourrait constituer une stratégie préventive prometteuse contre le cancer.»2

Avec des si et des pourrait tout est possible.

Malhonnêteté patente des auteurs : leur conclusion est en contradiction avec le reste, bien qu’ils chantent la ritournelle « more research is needed » afin de s’assurer de financements ultérieurs.

Voilà donc un article bien peu empreint d’esprit scientifique, publiant des résultats non valables qui demanderaient à être confirmés. Il semble que l’auteur principal de ce papier soit une habituée de la chose.

Les médias oublient aussi trop volontiers, un mensonge par omission de plus, que d’autres études portant sur des cohortes plus larges et plus variées ont conclu qu’une association entre manger bio et réduire le risque de cancer n’était pas avérée.

Pendant ce temps la propagande a fait son chemin, ajoutant au crédo excrémentiel :
Depuis dorénavant jusqu’à désormais inclus, le bio protège du cancer.

  1. J. Baudry et al., « Association of Frequency of Organic Food Consumption With Cancer Risk: Findings From the NutriNet-Santé Prospective Cohort Study, » JAMA Intern. Med., pp. 1–10, 2018.
  2. If the findings are confirmed, promoting organic food consumption in the general population could be a promising preventive strategy against cancer.