Les abattoirs désarmés face à l’activisme végan

Photo by Claude Robillard(CC BY-NC 2.0) — Claude Robillard, CC-BY

L’État n’a pas voulu instaurer de vidéosurveillance dans les abattoirs. Dès lors, un boulevard s’est ouvert aux organisations abolitionnistes qui peuvent démontrer qu’il n’est pas possible dans notre pays de réduire la souffrance des animaux.

Par la rédaction de Contrepoints.

Dans un entretien avec Contrepoints en mai dernier, Frédéric Freund, directeur de l’O.A.B.A (Oeuvre d’Assistance aux Bêtes d’Abattoir) expliquait pourquoi le texte de loi destiné à mieux protéger les animaux dans les abattoirs avait été allégé.

Il prédisait aussi que sans possibilité de contrôle de la maltraitance sur les animaux, les organisations activistes auraient alors un boulevard pour exprimer leur opinion.

Devant les agressions de commerces par des militants végans et des incendies d’abattoirs qui ont eu lieu récemment, redécouvrez cet entretien.

Contrepoints : Le texte de loi prévoyait l’installation de vidéosurveillance dans les abattoirs. Cette disposition a disparu du texte examiné par les députés. Pourquoi ? Pourtant, c’était une promesse de campagne d’Emmanuel Macron…

Frédéric Freund : Le texte du projet de loi contient un article qui renforce les sanctions en cas de maltraitances animales commises par un professionnel et ajoute à la liste de ces professionnels, les transporteurs et les abatteurs.

Pour autant, ce texte ne contient aucune mesure concrète pour réduire ces maltraitances ou pour les caractériser.

Le gouvernement n’a pas souhaité interdire certains types d’élevage (cages), limiter les durées de transport, les cadences d’abattage ou encore augmenter le nombre d’inspecteurs vétérinaires afin de renforcer les contrôles.

Lors de la précédente législature, la loi relative à la protection animale en abattoir, adopté en première lecture à l’Assemblée en janvier 2017 (mais devenue caduque), avait retenu la mise en place de caméras de contrôle en abattoirs afin de pallier le manque de vétérinaires inspecteurs.

Comme l’avait dit Stéphane Le Foll au rapporteur du texte de l’époque Olivier Falorni : « Vous voulez des inspecteurs et des caméras. Pour moi, c’est l’un ou l’autre ».

Avec Stéphane Travert, c’est ni l’un ni l’autre !1

Pourtant, lors de sa campagne électorale, Emmanuel Macron avait répondu favorablement au manifeste rédigé par un collectif d’ONG de protection animale (Animal Politique) : « La vidéosurveillance dans les abattoirs sera mise en place selon les modalités de la loi Falorni ».

En Commissions, plusieurs députés, dont Olivier Falorni ont déposé des amendements en faveur de la mise en place d’un contrôle vidéo dans les abattoirs. Ils ont tous été rejetés.

En séance publique, de nouveaux amendements en ce sens ont été déposés par plusieurs députés mais ils ont été rejetés lors de la discussion du dimanche 27 mai vers minuit ! Seul un amendement de repli a été approuvé : la vidéo dans les abattoirs sera étudiée à titre expérimental dans les abattoirs volontaires qui ont déjà installé des caméras, à condition que le personnel ne s’y oppose pas.

Bref, une expérimentation basée sur le volontariat et dont les contours sont à définir dans un décret. Beaucoup de bruit pour très peu de choses…

Le ministre de l’Agriculture évoque l’impossibilité d’interpréter des images de vidéosurveillance. Que pensez-vous de cette affirmation, en tant que vétérinaires et spécialistes de la souffrance animale ?

Le ministre tente assez lamentablement d’enfumer tout le monde. Il considère que les caméras ne peuvent pas être des outils scientifiques de l’analyse de la souffrance animale. Mais cette finalité n’a jamais été assignée à la vidéo surveillance.

La demande de mise en place de caméras est la résultante d’un manque d’effectifs des services vétérinaires qui ne peuvent être présents en permanence aux postes d’amenée et de mise à mort des animaux. Les vidéos permettront de pallier ce manque d’effectifs en permettant une surveillance continue des opérateurs.

Sur les images, il sera facile, pour un vétérinaire, de voir par exemple si les animaux peuvent avoir accès à l’eau dans les parcs d’attente, s’ils sont manipulés sans violence, s’ils sont étourdis et si le matériel est correctement utilisé.

Les caméras ont toujours été présentées comme un outil à la disposition des services vétérinaires de contrôle, permettant de repérer des mauvaises pratiques afin de les faire corriger.

Qu’y a-t-il de si problématique dans la vidéosurveillance des abattoirs ? Aujourd’hui, on installe des caméras partout au motif de protection de la population, pourquoi serait-ce si compliqué quand il s’agit d’animaux ?

C’est effectivement incompréhensible. Sans parler de la vidéo surveillance de l’espace public, de nombreux salariés sont filmés sur leur lieu de travail : les employés des grandes surfaces, des établissements bancaires,…

De plus, ce sont des caméras cachées qui ont révélé des actes de maltraitance en abattoirs. Ce sont ces images « volées » qui ont permis la poursuite des opérateurs maltraitants et la tenue de procès.

Il serait judicieux, dans un État de droit, que ces caméras aient désormais une existence légale. C’était le but des nombreux amendements au projet de loi issu des États généraux de l’Agriculture (EGA) et qui ont été rejetés.

De nouvelles « affaires » vont-elles à nouveau faire parler d’elles, sans solution réelle apportée aujourd’hui ? Dans ce cas, qui portera la responsabilité d’une maltraitance ? Quelles sont les conséquences d’une absence de décision sur le sujet ?

Les nombreux amendements « concrets » au projet de loi issu des EGA, mettant fin à l’élevage en cages, limitant le temps de transport des animaux, interdisant le développement de fermes-usines ou rendant obligatoire les caméras en abattoirs ont tous été rejetés par le gouvernement et par la majorité des députés au motif qu’ « il ne faut pas mettre les filières en difficultés » (selon S. Travert).

C’est désormais un boulevard qui s’ouvre aux organisations abolitionnistes qui vont très facilement arriver à démontrer qu’il n’est pas possible dans notre pays de réduire la souffrance des animaux.

Dès lors, elles auront de moins en moins de mal à convaincre nos concitoyens que la seule solution est de la supprimer en arrêtant de consommer des produits d’origine animale.

Le projet de loi issu des EGA devait redonner confiance aux consommateurs et aux éleveurs.

C’est loupé !

Il faut à mon sens s’attendre à un durcissement de la communication de ces associations abolitionnistes mais également des associations welfairistes très déçues par les débats à l’Assemblée nationale et par les positions rétrogrades du Gouvernement.

Propos recueillis  par Séverine B.

  1. Lien vers le communiqué de presse de l’OABA : https://www.oaba.fr/pdf/communique_voteAN_EGA_28mai2018.pdf.