Logements sociaux : ce ne sont pas les plus pauvres qui en profitent

La ministre des Sports Roxana Maracineanu occupe un logement social dans les Hauts-de-Seine. L’occasion de rappeler que selon une étude de l’Institut Sapiens, le logement social n’atteint plus sa cible prioritaire : les plus pauvres.

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Logements sociaux : ce ne sont pas les plus pauvres qui en profitent

Publié le 13 septembre 2018
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Par Frédéric Mas.

Contrairement à une idée reçue, les principaux bénéficiaires des logements sociaux en France ne sont pas nécessairement les plus pauvres. Dans une étude de l’Institut Sapiens conduite par Bernard Cadeau et Dominique Calmels, il est rappelé que la flexibilité des critères d’attribution et le bail à vie permettent à des ménages n’ayant pas droit au logement social d’y rester plusieurs années.

Les pauvres minoritaires dans les logements sociaux

Toujours selon l’étude de l’Institut Sapiens, 64 % des ménages français sont éligibles au logement social de manière générale, et 70 % des locataires d’un logement privé peuvent y prétendre pour seulement 4,6 millions de logements sociaux disponibles, ce qui fait dire aux auteurs de l’étude que le ciblage trop large de la politique sociale du logement la rend inefficace et redirige les ménages modestes, qui devraient être les principaux bénéficiaires de la politique publique, vers les logements privés.

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En 20 ans, la part des ménages les plus défavorisés logés dans les logements sociaux est passé de 24 à 7,7 % :

Paradoxalement, il y a plus de ménages pauvres dans le parc locatif privé que dans le parc locatif social, preuve de l’inefficacité de cette politique. On juge que 428 000 ménages dans le parc locatif social ont des revenus supérieurs à ceux des catégories les plus vulnérables, et qu’il y a 84 000 ménages qui figurent dans la catégorie des 10 % les plus riches de France.

Les logements sociaux en France coûtent extrêmement chers à la collectivité, environ 45 Md€ par an, et gênent le développement des acteurs privés dans le domaine, en particulier en participant à la montée des prix de l’immobilier.

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La France s’enorgueillit de construire 40 % de logements sociaux, volume incomparable à celui de ses voisins européens, pour des raisons politiques. En effet, si le coût social de telles mesures semble élevé, et injuste, puisqu’elles ne bénéficient pas aux classes sociales qui devraient prioritairement en jouir, le bénéfice politique qu’il peut rapporter aux dirigeants et aux élus en termes de clientélisme électoral n’est pas négligeable : proposer des logements à de plus grandes fractions de l’électorat potentiel peut être un moyen de fédérer une coalition politique d’électeurs redevables auprès d’offreurs politiques généreux avec l’argent public. Là encore et plus que jamais, la véritable justice sociale passe par la dépolitisation et la privatisation des logements sociaux.

Cet article a été publié une première fois en avril 2018.

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Créer un compte Tous les commentaires (14)
  • La solution logement existe car les 1000 offices HLM et leurs satellites financiers sont aussi nuisibles au logement dit social que Pôle emploi pour le chômage. La privatisation et de l’un et de l’autre s’impose. Les logements sociaux doivent être vendus et les offices privatisés afin que tous les acteurs soient responsabilisés. Tout ce qui est gratuit (pas pour tous) est détruit car non valorisé

  • ben ouais pas assez de logements sociaux il suffit d’en construire encore…
    les services publics fonctionnent mal il suffit d’embaucher des fonctionnaires…
    un nouveau problème apparaît il suffit de créer un comité Théodule avec des gens grassement rémunérés…
    et ainsi de suite…
    Ensuite de grandes réflexions sont menées pour savoir comment taxer et imposer un peu plus.
    Bienvenue en France !

  • Il y a les pauvres et les semi pauvres..70 % des français. Pas compliqué à comprendre que si vous ne pouvez pas acheter votre logement vous faites partie des pauvres..c’est la conséquence de la main mise de l’état sur les revenus des francais.
    Bon , on supprime les hlm et cie..et vous verrez construire des tours encore plus médiocres qu’un hlm pour permettre aux pauvres d’y accéder.

  • À Paris , il y a même eu un dénommé Alain Juppe, pauvre parmi les pauvres, qui habitait un HLM.
    Peut-être un HLM de fonction ?

    • @Filouthai
      Bonsoir,
      Raquel Garrido et Alexis Corbieres occupaient un logement social au loyer de 1200€. Les deux sont en couple, députés, et s’exonéraient de payer leur loyer.

  •  » En effet, si le coût social de telles mesures semble élevé, et injuste, puisqu’elles ne bénéficient pas aux classes sociales qui devraient prioritairement en jouir, le bénéfice politique qu’il peut rapporter aux dirigeants et aux élus en termes de clientélisme électoral n’est pas négligeable : proposer des logements à de plus grandes fractions de l’électorat potentiel peut être un moyen de fédérer une coalition politique d’électeurs redevables auprès d’offreurs politiques généreux avec l’argent public. Là encore et plus que jamais, la véritable justice sociale passe par la dépolitisation et la privatisation des logements sociaux. »
    C’est hélas exactement ça. Quand j’ai essayé (plein de naïveté et de convictions), il y a des années, de militer dans un parti, quand je tractais pour des municipales dans un arrondissement parisien, les 3/4 des gens qui discutaient avec moi, me demandaient une seule chose : est ce que je peux avoir un logement social.
    Le logement social est en effet, la carotte qui permet de fidéliser sont électorat pour un élu local.

    • Oui, enfin c’est ce que l’élu local escompte… Il n’est pas dans l’isoloir pour vérifier que le bénéficiaire du logement social vote bien pour celui qui lui a attribué… et puis, une fois dans la place, étant donné que les locataires sont invirables…

  • @Indivisible Vous avez parfaitement résumé le système français : on fait un peu plus de ce qui ne marche pas, car si ça ne marche pas c’est qu’il faut le renforcer. Jamais de remise en cause, d’étude sérieuse et constructive. La démagogie a tous les étages.

  • entre L’ÉTAT et les Agences de l’immobilier moins d’HLM plus le marché de l’immobilier sera juteux…vendre des appartements HLM est une arnaque ..a voir les travaux à faire d ans certains immeubles qui n’ont jamais été entrenue et non mis aux nouvelle normes …

  • Pour quelles raisons quelqu’un devrait habiter aux frais des autres ? c’est dur pur communisme.

    De mon temps on habitait dans un 2 pièces, je dormais avec mon frère dans la chambre avec des lits superposes, mes parents dormais dans le living et dépliais le canapé tous les jours, dans le temps on pétait pas plus que son cul, on vivait pas aux frais des autres.

  • Cette proportion s’explique aisément. Pour avoir des crédits, les ophlm doivent avoir un maximum de bons payeurs.

  • Y a t-il une seule chose qui marche efficacement en France? La question se pose?

  • Les commentaires sont fermés.

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