Logements sociaux : ce ne sont pas les plus pauvres qui en profitent

La ministre des Sports Roxana Maracineanu occupe un logement social dans les Hauts-de-Seine. L’occasion de rappeler que selon une étude de l’Institut Sapiens, le logement social n’atteint plus sa cible prioritaire : les plus pauvres.

Par Frédéric Mas.

Contrairement à une idée reçue, les principaux bénéficiaires des logements sociaux en France ne sont pas nécessairement les plus pauvres. Dans une étude de l’Institut Sapiens conduite par Bernard Cadeau et Dominique Calmels, il est rappelé que la flexibilité des critères d’attribution et le bail à vie permettent à des ménages n’ayant pas droit au logement social d’y rester plusieurs années.

Les pauvres minoritaires dans les logements sociaux

Toujours selon l’étude de l’Institut Sapiens, 64 % des ménages français sont éligibles au logement social de manière générale, et 70 % des locataires d’un logement privé peuvent y prétendre pour seulement 4,6 millions de logements sociaux disponibles, ce qui fait dire aux auteurs de l’étude que le ciblage trop large de la politique sociale du logement la rend inefficace et redirige les ménages modestes, qui devraient être les principaux bénéficiaires de la politique publique, vers les logements privés.

En 20 ans, la part des ménages les plus défavorisés logés dans les logements sociaux est passé de 24 à 7,7 % :

Paradoxalement, il y a plus de ménages pauvres dans le parc locatif privé que dans le parc locatif social, preuve de l’inefficacité de cette politique. On juge que 428 000 ménages dans le parc locatif social ont des revenus supérieurs à ceux des catégories les plus vulnérables, et qu’il y a 84 000 ménages qui figurent dans la catégorie des 10 % les plus riches de France.

Les logements sociaux en France coûtent extrêmement chers à la collectivité, environ 45 Md€ par an, et gênent le développement des acteurs privés dans le domaine, en particulier en participant à la montée des prix de l’immobilier.

La France s’enorgueillit de construire 40 % de logements sociaux, volume incomparable à celui de ses voisins européens, pour des raisons politiques. En effet, si le coût social de telles mesures semble élevé, et injuste, puisqu’elles ne bénéficient pas aux classes sociales qui devraient prioritairement en jouir, le bénéfice politique qu’il peut rapporter aux dirigeants et aux élus en termes de clientélisme électoral n’est pas négligeable : proposer des logements à de plus grandes fractions de l’électorat potentiel peut être un moyen de fédérer une coalition politique d’électeurs redevables auprès d’offreurs politiques généreux avec l’argent public. Là encore et plus que jamais, la véritable justice sociale passe par la dépolitisation et la privatisation des logements sociaux.

Cet article a été publié une première fois en avril 2018.