Pourquoi l’État doit céder ses parts dans les entreprises publiques

Depuis plusieurs années, l’Etat a tendance à considérer « ses » entreprises publiques, comme des sources de financement, quitte à obérer leur capacité à investir. C’est pour cette raison – et elle seule – que la cession est une bonne nouvelle.

Par Cécile Philippe.
Un article de l’Institut économique Molinari

La première opération de cession des participations de l’État dans certaines entreprises publiques a débuté, avec la mise en vente de 4,5 % du capital du groupe énergétique Engie. À terme, le but est de financer l’innovation et la recherche à hauteur de 10 milliards.

Le patrimoine de l’État comme la situation financière des entreprises publiques laissent cependant à penser que l’État aurait intérêt à se désengager d’une manière générale, indépendamment de l’enjeu que représente le financement de l’innovation.

Une particularité de l’État français est son très haut niveau d’endettement, nourri au fil de l’eau par l’accumulation de déficits. Ces derniers résultent du choix de ne pas baisser suffisamment d’autres dépenses pour en financer de nouvelles, ni augmenter en proportion les recettes.

La dette publique française représente pas loin de 100% du PIB et la question est de savoir ce à quoi elle a servi. Ou dit autrement, les déficits servent-ils, comme le pensent certains, à financer des investissements que le privé ne serait pas intéressé à mener ou bien financent-ils des dépenses courantes ? L’État est-il un bon investisseur ?

Le patrimoine des administrations publiques

Pour répondre à cette question, il est utile d’examiner le patrimoine des administrations publiques. En effet, un patrimoine positif serait un bon indicateur de ce que l’État prépare l’avenir de façon efficace.

Or, loin de l’image d’Epinal de l’État bon investisseur, les données de l’INSEE sur le patrimoine économique national montrent aussi que les actifs des administrations publiques ne peuvent suffire à couvrir l’ensemble des engagements pris par nos pouvoirs publics. Fin 2016, la richesse des administrations française, en baisse, équivaut à 8,5% du PIB. Elle représentait 25% du PIB en 2010.

Ajoutons à cela que la réalité est encore pire car si on intègre les promesses faites au titre des retraites des fonctionnaires et assimilés, le vrai patrimoine net des administrations est largement négatif.

L’évaluation du patrimoine des administrations montre qu’elles créent de la dette pour financer les dérapages courants, le contraire de ce que ferait un investisseur stratège et bon gestionnaire.

L’Etat actionnaire

Par ailleurs, un rapport de la Cour des comptes datant de janvier 2017 intitulé L’État actionnaire pose aussi la question de sa capacité à être un vrai investisseur de long terme. La réponse est sans aucune ambiguïté : l’État n’est pas un bon actionnaire.

Les résultats financiers indiquent ainsi que la situation des 1 800 entreprises à participation publique s’est sensiblement dégradée au cours des dernières années. « La rentabilité financière des entreprises à participation publique chute lourdement pour s’établir à 2,8 % en moyenne entre 2010 et 2015, contre 10 % pour les entreprises de l’indice SBF 120. »

De fortes tensions existent dans ces secteurs où l’État est un acteur historique, comme ceux de l’énergie, des transports ferroviaires, et de l’audiovisuel.

La capitalisation boursière d’EDF a ainsi baissé de 70% entre son entrée en bourse en 2005 et 2016. Celle d’Areva a baissé de plus de 90%. La SNCF a dû inscrire dans ses comptes de dépréciations massives de l’ordre de 12 milliards qui selon la Cour des comptes sanctionne « un manque de rentabilité devenu chronique ». Et dans l’audiovisuel public, les résultats nets sont systématiquement négatifs depuis 2013.

L’État n’a plus beaucoup de marges budgétaires parce qu’il s’est montré mauvais gestionnaire, à la fois vis-à-vis de ses administrés et de son portefeuille de participations.

Depuis plusieurs années, il a tendance à considérer « ses » entreprises publiques, comme des sources de financement, quitte à obérer leur capacité à investir. C’est pour cette raison – et elle seule – que la cession est une bonne nouvelle. Il est, en effet, fort probable que la deuxième partie de la proposition, affecter les ressources au financement de l’innovation, s’avèrera in fine une chimère.

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