Idée reçue : « L’économie est un jeu à somme nulle »

Le loup et l'agneau , Musée Sursock, Beyrouth by Bagolina(CC BY 2.0)

L’échange est en réalité un jeu gagnant-gagnant : si les deux parties n’y trouvent pas leur compte, elles cessent d’échanger.

Par Eddie Willers.

En me baladant sur Twitter je trouve souvent la mention « de toutes façons l’économie est un jeu à somme nulle » qui s’apparente de plus en plus au point Godwin de la discussion économique.

Lorsque la discussion en arrive là, l’interlocuteur a souvent l’impression d’avoir balancé son argument ultime, celui qui justifie ses énoncés précédents. Il semblerait donc qu’en économie, il y aurait forcément des gagnants et des perdants. Malheureusement c’est on ne peut plus faux, pire, l’économie est en réalité un jeu à somme positive.

L’économie est un jeu à somme positive

L’économie étudie les comportements humains face au phénomène de la rareté des moyens de production. Comment est-ce que les êtres humains s’organisent pour répondre à leurs besoins dans un monde où tout n’est pas disponible en quantités illimitées ? Nous inclurons dans « tout » un nombre d’éléments très large allant du temps passé au bois en passant par la force humaine.

L’économie étudie donc les rapports entre êtres humains et que remarque-t-on ? Que ceux-ci échangent naturellement. Certains sont plus doués pour la poterie et d’autres pour l’agriculture. Or l’agriculteur a besoin de pots pour stocker ses graines et le potier a besoin de se nourrir, ils vont donc échanger un pot contre du blé.

Pourquoi ont-ils réalisé cet échange ? Parce qu’ils en retiraient tous les deux une satisfaction supérieure au fait de ne pas le faire. Comment être sûr de cela ? Si l’échange ne leur avait pas apporté une satisfaction supérieure, l’un des deux ou les deux ne l’auraient tout simplement pas engagé. L’échange permet donc de faire progresser les deux êtres humains vers une situation où ils sont davantage satisfaits. C’est donc un jeu à somme positive.

Tous les moyens permettant de faciliter les échanges favorisent donc ce jeu à somme positive : division du travail, libre-échange, libération des contraintes réglementaires.

Une incompréhension de l’économie

Pourquoi donc est-ce que certains individus sont alors formellement convaincus que l’économie est un jeu à somme nulle ? Je l’analyse en pensant qu’ils voient l’économie comme quelque chose de statique : il existe des riches et des pauvres, donc cela signifie que certains ont gagné et d’autres ont perdu. Sauf que l’on peut être parti de très bas et grimper tout en haut : exemple du fondateur de la société OVH, Octave Klaba. Et inversement.

Observer une situation ne dit rien sur les dynamiques sous-jacentes. Il est parfois difficile de s’en rendre compte mais nous n’avons jamais connu un tel niveau de confort dans l’Histoire, même pour les plus pauvres d’entre nous.

Et sans échange nous n’aurions pas pu agréger peu à peu ces moments de satisfaction mutuelle qui tirent l’humanité vers le haut.

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