Idée reçue : « L’économie est un jeu à somme nulle »

L’échange est en réalité un jeu gagnant-gagnant : si les deux parties n’y trouvent pas leur compte, elles cessent d’échanger.

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Le loup et l'agneau , Musée Sursock, Beyrouth by Bagolina(CC BY 2.0)

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Idée reçue : « L’économie est un jeu à somme nulle »

Publié le 31 octobre 2017
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Par Eddie Willers.

En me baladant sur Twitter je trouve souvent la mention « de toutes façons l’économie est un jeu à somme nulle » qui s’apparente de plus en plus au point Godwin de la discussion économique.

Lorsque la discussion en arrive là, l’interlocuteur a souvent l’impression d’avoir balancé son argument ultime, celui qui justifie ses énoncés précédents. Il semblerait donc qu’en économie, il y aurait forcément des gagnants et des perdants. Malheureusement c’est on ne peut plus faux, pire, l’économie est en réalité un jeu à somme positive.

L’économie est un jeu à somme positive

L’économie étudie les comportements humains face au phénomène de la rareté des moyens de production. Comment est-ce que les êtres humains s’organisent pour répondre à leurs besoins dans un monde où tout n’est pas disponible en quantités illimitées ? Nous inclurons dans « tout » un nombre d’éléments très large allant du temps passé au bois en passant par la force humaine.

L’économie étudie donc les rapports entre êtres humains et que remarque-t-on ? Que ceux-ci échangent naturellement. Certains sont plus doués pour la poterie et d’autres pour l’agriculture. Or l’agriculteur a besoin de pots pour stocker ses graines et le potier a besoin de se nourrir, ils vont donc échanger un pot contre du blé.

Pourquoi ont-ils réalisé cet échange ? Parce qu’ils en retiraient tous les deux une satisfaction supérieure au fait de ne pas le faire. Comment être sûr de cela ? Si l’échange ne leur avait pas apporté une satisfaction supérieure, l’un des deux ou les deux ne l’auraient tout simplement pas engagé. L’échange permet donc de faire progresser les deux êtres humains vers une situation où ils sont davantage satisfaits. C’est donc un jeu à somme positive.

Tous les moyens permettant de faciliter les échanges favorisent donc ce jeu à somme positive : division du travail, libre-échange, libération des contraintes réglementaires.

Une incompréhension de l’économie

Pourquoi donc est-ce que certains individus sont alors formellement convaincus que l’économie est un jeu à somme nulle ? Je l’analyse en pensant qu’ils voient l’économie comme quelque chose de statique : il existe des riches et des pauvres, donc cela signifie que certains ont gagné et d’autres ont perdu. Sauf que l’on peut être parti de très bas et grimper tout en haut : exemple du fondateur de la société OVH, Octave Klaba. Et inversement.

Observer une situation ne dit rien sur les dynamiques sous-jacentes. Il est parfois difficile de s’en rendre compte mais nous n’avons jamais connu un tel niveau de confort dans l’Histoire, même pour les plus pauvres d’entre nous.

Et sans échange nous n’aurions pas pu agréger peu à peu ces moments de satisfaction mutuelle qui tirent l’humanité vers le haut.

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  • ça n’a rien de choquant à dire que l’économie serait un jeu à somme nulle si il n’ y avait pas d’innovations techniques ou culturelles voire de changements du monde.

    si l’économie réelle était un jeu à somme nulle on en serait encore à l’etat d’animal.

    m^me l’es « économies » des écosystèmes ne sont pas des jeux à sommes nulles sinon ces derniers ne pourraient pas s’adapter aux variations du monde.

    M^m les gens qui le disent ne le pensent pas MAIS comme cela appuie une vague démonstration ou d’exploitation ou de spoliation par les riches par un argument pseudo scientifique ‘c’est une « loi »‘ , on balance la phrase, certains y croient dans l’auditoire et on y gagne un petite pouvoir et la justification de spolier en retour le riche.

    La richesse n’est pas distribuée non plus alors la redistribution….

  • C’est même la définition de l’économie : créer de la valeur par l’échange, contrairement à l’exploitation de ressources et l’industrie qui créent de la valeur par la transformation.

    Deux tribus vivent dans le désert. La première dans un oasis où il y a de l’eau, l’autre dans un oasis où il y a des dattes.

    Les deux tribus peuvent soit se piller l’une l’autre ; le résultat sera l’extermination jusqu’au dernier. Soit voyager d’un oasis à l’autre ; il s’en suivra une grande fatigue et une grande précarité. Soit échanger de l’eau contre des dattes.

    La valeur de cet échange sera la sécurité et la prospérité pour les deux tribus et l’eau et les dattes trouveront naturellement leurs prix respectifs afin que l’échange réponde aux besoins des deux tribus.

    Ma seule critique envers l’article est que l’économie n’a absolument rien à voir avec la rareté des moyens de productions, alors que l’exploitation de ressources et l’industrie en dépendent : l’économie est complètement indépendante de la « valeur travail » – au risque assumé de contredire de nombreux classiques, de Locke à Marx.

  • A mon avis c’est une question de point de vue : ces personnes là jugent l’économie principalement en terme de résultat social ou d’égalités/inégalités (il existe toujours des différences de richesses entre personnes) et non de production ou d’échanges (le niveau moyen de richesse augmente et concerne toutes les couches de la population).

    • @ indivisible
      « économie » n’est qu’un mot: un mot est déjà une abstraction: le mot n’est pas ce qu’il signifie. De plus, ce mot ne se suffit pas: il doit être qualifié, précisé: l’économie-science, l’économie de tel pays …: et là on « triche » de nouveau: la « science » est dite « humaine » (avec, à l’université, la sociologie ou la science politique: pas exhaustif!). L’économie d’un pays dépend de ses voisins et de bien d’autres facteurs, internes ou externes.
      Le jeu à somme nulle est dû à l’observation d’Anaxagore (Grèce, Vième siècle ACN) reprise dans la « loi de Lavoisier », si on l’interprète selon A.Einstein!

      L’économie n’est donc qu’une façon de voir les choses, une conception, avec des « lois » très contingentes qui peut éventuellement expliquer le passé et veut prendre le risque de prédire l’avenir, mais là, avec des succès très variés!!!

      • @mikylux : l’observation « Lavoisier » de l’économie est une analyse purement matérialiste. Bien sur que l’économie ne crée pas des pièces de monnaie, elle ne fait que transformer.

        L’économie est assez identique à la thermodynamique : la 1° loi est celle que vous énoncez, mais il y a aussi la 2° loi, que les matérialistes ignorent, celle de l’entropie, de l’augmentation de l’ordre. Dans ce sens, l’économie n’est pas un jeu à somme nulle, mais un jeu à somme positive.

        • Quand l’entropie augmente, le désordre aussi, pas l’ordre.

          • Exact – je pensais en même temps à la théorie de la Noosphère et de la transformation de l’entropie en information …

            • @ Stéphane Boulots
              En fait je voulais surtout parler de la bourse, où ce que je peux gagner, d’autres vont le perdre: ok, c’est un jeu à somme nulle mais la bourse accueille de nouvelles « valeurs » régulièrement (actions ou obligations) qui déplacent des capitaux (quand d’autres peuvent disparaitre!), donc ce n’est pas tout à fait vrai non plus! Mais il y a bien trop de facteurs qui interviennent pour considérer l’économie comme une science! Un peu de logique suffit souvent sinon des tests de taille réduite seront plus éclairants sur les facteurs (en partie « humains ») qui seront à surveiller principalement, dans la suite.
              Je ne suis pas « un riche » et pas Français(!), je me demande simplement comment conserver la valeur de mon épargne: eh bien, hors achat immobilier, de l’or physique ou de diamants (pas forcément facile à négocier sans frais prohibitifs, pour ces 2 derniers), je ne vois pas bien!

              • Même la bourse, ça n’est pas ça. Les entreprises et la bourse, c’est l’équivalent exact des biens immobiliers et des agences immobilières, et vous ne direz pas que l’immobilier soit un jeu à somme nulle. Si ce que vous gagnez était perdu par un autre, pourquoi celui-ci accepterait-il de vous céder le bien ?

      • On va pas se prendre la tête avec la science des mots, je me contente de prendre « économie » dans le sens courant du terme.

        • @ indivisible
          Si vous voulez mais ça signifie bien que l’économie prédictive, c’est du vent et que les « économistes prophètes » sont à écouter avec un sérieux grain de sel … ou une salière!

  • Remarque :
    L’économie est un jeu à somme positive, en cas de succès!
    Mais il y a aussi des échanges gagnants perdants et même perdant-perdant en cas d’échec.
    Arrêtons un peu ce discours utopiste car OUI l’économie n’est pas un jeu à somme nulle, MAIS c’est que la matrice des possibilités est beaucoup plus ciomplexe que dans un jeu à somme nulle.
    On peut avoir A qui gagne beaucoup et B qui gagne des miettes, A et B qui gagnent en même quantité, A qui gagne et B qui perd, A et B qui perdent…

    • Au moment où A et B échangent, ils pensent chacun améliorer leurs situations respectives.
      Si l’un des deux « perd » (il constate que finalement, sa situation se dégrade), c’est qu’il a fait une erreur de jugement, ou victime de fraude. S’il y a eu erreur de jugement, cela ne veut pas dire que le jeu peut être à somme nulle ou négative.
      S’il y a eu fraude, ce n’est plus une échange économique, mais du vol.

  • non la question est pourquoi une affirmation aussi inepte a autant de succès et est utilisées par des gens qui n’y croient pas eux même ..

    • @ jacques lemiere
      Parce que le libéralisme de Contrepoints est théorique, parfait et suppose que les principes en seront intégralement respectés en toute circonstances, grâce à la justice: en théorie, parfait!

      Dans la vie concrète, là où les néo- ou ultra-libéraux existent bien, vivant pour leurs bénéfices maximaux en toute circonstance, dans une honnêteté « variable ». Ça change sérieusement la perspective!

  • « « de toutes façons l’économie est un jeu à somme nulle »  »
    La plupart des gens pensent que dès qu’ils payent quelque chose comme une voiture, un terrain, un pack de lait au supermarché, ils enrichissent quelqu’un d’autre, et ne se rendent pas compte qu’ils s’enrichissent d’autre chose.

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