Pénurie de travailleurs saisonniers : les dessous d’un paradoxe

Taverna by the wave by Anastos Ko(CC BY-NC 2.0)l — CC-BY

Magré un taux de chômage toujours haut, on peine à recruter dans le secteur saisonnier. Voici pourquoi.

Par Jonathan Frickert.

Au début du mois, plusieurs acteurs du secteur de l’hôtellerie et de la restauration ont fait réagir en annonçant vouloir embaucher plus facilement des travailleurs immigrés. Une demande jugée scandaleuse, alors que le taux de chômage dépasse toujours les 9%.

Un problème d’autant plus prégnant que 50% des emplois non pourvus sont saisonniers. Un type d’emploi cette année encore particulièrement touché par le manque de candidats.

800 000 emplois peu qualifiés

L’année 2017 s’est achevée sur une croissance de 1,82%. Un chiffre somme toute faible, mais qui a su produire des effets sur l’activité, qui, elle, a connu un rebond. Qui dit activité dit embauches. Seulement, qui dit embauche ne dit pas emploi, en particulier en période estivale. Pôle emploi a ainsi estimé que plus d’un tiers des quelques 2,3 millions d’embauches prévues en 2018 seraient saisonnières.

Cette activité est donc, comme tous les ans, un grand pourvoyeur d’emplois, initialement destinés aux étudiants, mais qui connaît depuis quelques années la concurrence des seniors victimes de la conjoncture et des retraités à qui les pensions ne permettent plus un niveau de vie décent.

Sans surprise, les secteurs les plus touchés sont la restauration, l’hôtellerie et le vin. La pénurie ébranlant la restauration concerne principalement les plongeurs et les serveurs. Certains employeurs sont ainsi contraints de fermer leur établissement pour pallier le manque de rotation de la main-d’œuvre. Cela a pour conséquence de ralentir cruellement la croissance potentielle, car moins de jours travaillés signifient évidemment moins de couverts et donc de rentrées d’argent.

Ma région natale, l’Alsace, permet de se faire une idée de cette pénurie, en particulier dans le secteur viticole. La récente canicule a, ici comme ailleurs, avancé les dates des vendanges. Près de 1 600 offres seraient ainsi en attente de candidats dans la région, et ce pour la semaine prochaine au lieu de début septembre.

Ce manque de candidat est d’autant plus étrange que les postes à pourvoir sont très souvent peu demandeurs en qualifications, une des raisons qui fait que ce type de poste est généralement très prisé des étudiants.

Le salaire : un serpent qui se mord la queue

Si les acteurs du domaine ont annoncé lancer une campagne visant à redorer l’image de leurs professions à la rentrée, force est de constater que le problème est sans doute plus profond.

En effet, une chaîne de fast food bien connue connaît toute l’année un fort turn-over malgré une pénibilité accrue.

La formation est sans doute un des facteurs les plus importants dans la pénurie de salariés, cette fois générale, qui touche ce pays, en particulier vis-à-vis des chômeurs les plus proches de l’âge de départ à la retraite. Un manque de flexibilité en termes de formation qui sera sans doute la clef du plein-emploi, mais qui touche cependant très peu les emplois saisonniers. Dans la grande majorité des cas, ceux-ci demandent pour seule qualification un peu de motivation.

Autre problème évoqué : l’inadéquation géographique entre l’offre et la demande, avec des travailleurs pour lesquels la mobilité est devenue un luxe. On commence sans doute à toucher du doigt le nœud du problème.

En effet, la nécessaire mobilité est contrebalancée par l’inadéquation des salaires proposés et des impératifs de déplacements. La viticulture est particulièrement concernée par la question puisque la loi de finances pour 2015 a abrogé l’exonération de cotisations sur les contrats de vendanges afin d’harmoniser les différents régimes agricoles. Une harmonisation, comme souvent en France, à la baisse, qui a diminué la rémunération des vendangeurs.

Le taux de chômage des jeunes est plus de deux fois supérieur à celui des seniors. L’argument financier, en particulier pour des jeunes bien plus flexibles et mobiles que leurs aînés, est donc sans doute une des grandes causes de défection.

En termes de calcul rationnel, rester au chômage chez soi est donc malheureusement plus profitable que de toucher le revenu minimum loin de son domicile. Un triste pari pascalien qui aura nécessairement un impact sur la croissance et par définition… sur l’emploi.