Droit du travail : les escabeaux de la discorde

Une directive européenne, confirmée par un décret du ministère du travail, nous interpelle sur l’interventionnisme excessif du politique dans l’économique.

Par Alexandre C.

cueillette de fruits

À quelques mois de la cueillette des fruits, activité qui permet à quelques lycéens ou étudiants de gagner un peu d’argent pendant les mois d’été, une directive européenne, confirmée par un décret du ministère du travail, vient d’interdire aux jeunes de 16 à 18 ans d’utiliser des escabeaux. Des chutes malheureuses ont certainement convaincu nos chers bureaucrates européens – et français – qu’il fallait instaurer de nouvelles règles dans le domaine, afin de limiter les accidents. Dès lors, un problème engendre une interdiction, là où de simples recommandations d’usage auraient pu suffire. En effet, qui n’a jamais vu une personne se contorsionner sur un tel engin au lieu de descendre et de le déplacer ?

De son côté, l’Allemagne a eu une interprétation quelque peu différente de la décision européenne, en limitant à 3 m la hauteur maximale à laquelle pouvait travailler un jeune. Une manière de contourner cette règle dépourvue de bon sens et on peut parier qu’elle n’affectera pas outre Rhin l’emploi saisonnier de jeunes.

img contrepoints155Mais en France, le législateur tout puissant est allé plus loin sans penser aux conséquences que cela pouvait engendrer. Au-delà des considérations de sécurité, le décret pose un problème économique, puisque la main d’oeuvre étudiante lors des cueillettes de fruits représente un quart des emplois saisonniers employés dans ce secteur. Quel producteur ira donc engager des jeunes pour effectuer ce travail, s’ils n’ont plus le droit de monter sur des escabeaux ? Plus inquiétant encore, où est-ce que l’on pourra trouver le personnel manquant pour les remplacer ? De ce fait, on pénalise les deux parties. Et cela ne s’arrête pas là puisque bien d’autres travaux d’été requièrent l’utilisation de ce type d’équipement.

Cette décision nous interpelle une nouvelle fois sur l’interventionnisme excessif du politique dans l’économique, puisqu’elle complexifie – voire interdit – un peu plus les contrats qui peuvent se nouer entre deux entités. Au final combien d’emplois, y compris saisonniers, ne seront pas créés à cause du zèle de quelques technocrates et de réglementations superflues ? Des centaines de milliers sinon plus. Au moment où le pays tente de lutter contre le chômage, notamment celui des jeunes, par tout un tas de mesures onéreuses et inefficaces sur le long terme, il est dommageable que l’on contraigne autant l’accès au travail. Un problème récurrent de nos sociétés depuis près de 40 ans. il n’est pas étonnant donc que notre pays compte plus de 5 millions de personnes en recherche d’emploi.


Sur le web.