Chômage des jeunes en France : comment le réduire ?

Clé à molette By: Vincent Tcheng Chang - CC BY 2.0

Une comparaison avec les pays qui réussissent mieux en la matière donne une idée des causes du malaise français sur le chômage des jeunes.

Par Bertrand Martinot.

Quelle boîte à outil pour réduire le chômage des jeunes ?
Clé à molette By: Vincent Tcheng ChangCC BY 2.0

 

De quelque manière qu’on aborde la question, la France est l’un des pays européens où la situation des jeunes sur le marché du travail est la moins enviable : taux de chômage des jeunes, taux d’emploi, proportion de « décrocheurs », instabilité dans l’emploi, tous ces indicateurs nous placent dans la seconde partie du peloton. Comme souvent, une comparaison avec les pays qui réussissent mieux en la matière donne une idée des causes du malaise français.

Au commencement, il y a les insuffisances de notre système de formation initiale

Malgré de réels efforts, notre Éducation nationale n’a toujours pas pris la mesure des bouleversements économiques et technologiques. Les programmes et les méthodes d’enseignement restent inadaptés pour de nombreux élèves. L’autonomie pédagogique des enseignants n’est pas pour demain. Enfin, l’enseignement professionnel reste le parent pauvre, alors même qu’il est un passeport pour une insertion professionnelle durable dans tous les pays qui le pratiquent sur une large échelle. En résumé, si cette « machine à trier » qu’est notre système éducatif parvient à produire une élite académique de bon niveau, il laisse sur le bord de la route une trop grande proportion de la jeunesse. Pour notre jeunesse, c’est un peu la double peine !

De ce système, parmi les plus inégalitaires de l’OCDE, résulte une proportion plus importante qu’ailleurs d’élèves qui sont mal équipés pour affronter le marché du travail. Le pire est que notre pays, qui méprise volontiers les enseignements techniques et professionnels, ne peut même pas s’enorgueillir de bons résultats dans les compétences générales, comme l’attestent les enquêtes PISA. Pour notre jeunesse, c’est un peu la double peine !

Notre formation initiale voit ses effets centrifuges démultipliés par le mauvais fonctionnement du marché du travail. Le SMIC agit pour de nombreux jeunes comme une barrière à l’entrée, d’autant plus que la France est l’un des rares pays où il n’existe pas de dérogation au salaire minimum pour les moins de 25 ans.

Le droit du travail lui aussi agit comme une machine à exclure les jeunes

René Le Honzec
René Le Honzec

Le droit du travail lui aussi agit comme une machine à exclure les jeunes. Si son impact sur le chômage en général est très débattu, son rôle dans le maintien d’une partie de la jeunesse aux marges du marché du travail fait à peu près l’unanimité chez les économistes. S’il est assez efficace pour protéger l’emploi d’un noyau dur de salariés dans certains secteurs, il contribue massivement à exclure les jeunes et fait porter sur eux l’essentiel des ajustements économiques.

Face à ces difficultés, le service public de l’emploi est impuissant à « rattraper » ces jeunes. Les dispositifs d’accompagnement s’empilent, avec la meilleure volonté du monde : ceux de l’État, mais aussi des régions, des départements, souvent aussi des communes. En confiant l’accompagnement vers l’emploi de manière monopolistique aux missions locales et en mettant l’accent sur les très inefficaces contrats aidés dans le secteur public plutôt que sur la préparation à l’apprentissage, nous faisons fausse route.

La formation continue, solution au chômage des jeunes ?

Notre système de formation continue n’est pas davantage adapté à la situation des jeunes peu qualifiés car il ne donne pas vraiment une deuxième chance. Avec leur égalitarisme absurde (le même nombre d’heures de formation pour tous), le compte personnel formation et son avatar le compte personnel d’activité agiront en pratique de manière anti-redistributive : donner plus à ceux qui avaient déjà le plus au départ. Une belle occasion manquée !

Plus généralement, les jeunes payent le prix d’un manque de confiance des adultes en eux-mêmes et en notre destin collectif. Il faut dire que 30 ans de chômage de masse, de désindustrialisation et l’explosion des dépenses sociales qui en est le résultat ont singulièrement érodé le goût du risque et le sens de l’effort. Contrairement à ce que l’on observe dans des pays pourtant beaucoup moins développés, le jeune est en France avant tout un coût qu’il faut diminuer par tous les moyens plutôt qu’un investissement dans l’avenir. Pourquoi embaucher un jeune sur CDI et le former lorsque la confiance en l’avenir – et aussi dans nos institutions – est aussi faible ?

Les jeunes Français cherchent à s’échapper

De cette société salariale qui les accueille mal, les jeunes Français cherchent à s’échapper en plébiscitant la création d’entreprise comme nulle part ailleurs en Europe. Signe d’optimisme et de vitalité, cet engouement a aussi une face négative : il est peu probable que tant de jeunes aient vraiment les capacités, la formation et le tempérament pour devenir entrepreneurs. Et puis, notre économie aura, à horizon prévisible, encore besoin de jeunes talentueux pour venir travailler « classiquement », comme salariés, dans nos entreprises ou dans le secteur public. Il ne faudrait donc pas que l’encouragement actuel à toutes les formes d’activité en marge du salariat soit un alibi pour ne rien toucher au fonctionnement du marché du travail !

Pour toutes ces raisons, une véritable politique de la jeunesse consisterait à former correctement les jeunes et à faire sauter tous les verrous qui entravent leur entrée sur le marché du travail plutôt qu’à multiplier à l’infini les dispositifs de la politique de l’emploi et créer de nouvelles allocations. Attaquer le mal à la racine plutôt que de traiter les symptômes, en quelque sorte…

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