10 conseils pour rater la réforme de la formation professionnelle continue en France

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10 conseils pour rater la réforme de la formation professionnelle continue en France

Publié le 5 mars 2018
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Par Didier Cozin.

Depuis près de 15 années notre pays échoue à réformer sa formation professionnelle continue. Ces échecs répétés permettent désormais de repérer à coup sûr les trucs, les méthodes et les acteurs qui permettront d’échouer une nouvelle fois à refonder nos apprentissages professionnels.

1. Remettre tout d’abord les clés de la réforme à ceux qui n’ont pas de réel intérêt à développer les apprentissages en France : les partenaires sociaux.

2. Multiplier les parties prenantes, nommer une pléthore de commissions ad hoc pour donner du grain à moudre au monde paritaire.

3. Changer très régulièrement, au moins tous les 4 ans, les règles du jeu éducatif en prétendant aller vers toujours plus de progrès et une réglementation parfaite et définitive

4. Élaborer ensuite d’étincelantes usines à gaz en espérant que de la complexité naîtra la qualité et l’adhésion.

5. Confondre la formation initiale, l’insertion professionnelle et la formation tout au long de la vie des travailleurs.

6. Mélanger les dossiers, les financements et les dispositifs pour les chômeurs, les jeunes en insertion et les salariés en espérant produire une mixture profitable à tous.

7. Ne prévoir que 5% des sommes nécessaires au développement des formations tout en tablant malgré tout sur une miraculeuse montée en charge des dispositifs.

8. Imaginer que notre pays dispose encore de marges (sociales, financières, économiques) pour patienter quelques décennies afin que ces géniales trouvailles paritaires (le CPF, CléA, la VAE, le CEP…) donnent leur pleine mesure.

9. Exiger avant, pendant et après toute action de formation un formalisme extrême, des délais très longs (2 à 6 mois de prévenance avant une formation CPF) des contrôles innombrables, le passage de certifications, la production de preuves infinies de la qualité.

10. Faire l’impasse sur les responsabilités éducatives du monde du travail, des employeurs comme des salariés en invoquant désormais une meilleure gouvernance (la gouvernance défaillante étant comme on s’en doute le principal obstacle à la formation des salariés non qualifiés).

Si donc toutes ces conditions sociales et réglementaires peuvent une nouvelle fois être réunies au printemps 2018 (et tout semble fait pour qu’il en soit ainsi) il est presque acquis que la prochaine réforme de la formation apportera autant d’illusions, de faux semblants et d’impasses éducatives que ses prédécesseurs.

Cet article a été publié une première fois en décembre 2017.

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  • C’est le monopole de l’éducation nationale, arme du statut public qui a tué le service public qui a tué l’apprentissage en voulant s’occuper et tout gérer ce qu’elle ignore. En 1960 lorsque j’ai commencé à vendre du bois et matériaux aux entreprises et collectivités, les mères de famille se battaient pour placer leurs enfants, même avant 14 ans en apprentissage. Ensuit j’ai vu ses gamins devenir compagnons, chefs d’entreprise etc. Mais les lois de 1976 du collège pour tous de l’obligation scolaire à 16 ans puis 80 % du population au bac ont tout détruit. J’ai vu de vrais formateurs avec brevet de maitrise sortir inspecteurs du travail et professeurs soit disant référant en déchirant les contrats d’apprentissage car ses donneurs de leçons voulaient leur apprendre leur métier etc.. Le comble de la bureaucratie

    • @ Daniel74

      Oui, c’est ça, la formation professionnel: le jeune accompagne un ouvrier dédié, regarde d’abord, observe, interroge, puis commence à aider puis à « faire » et un « trésor » passe du vieux au jeune dans une saine relation qu’aucun des deux n’oubliera!

  • la formation professionnelle est d’abord le cache sexe du chômage…

  • Vous pouvez être sûrs que nos imbéciles vont la louper!

  • Je n’ai jamais compris pourquoi il fallait organiser la formation continue au lieu de se contenter de lui laisser le champ libre.

  • « ON » parle encore (et toujours) de former des jeunes diplômés en insertion… Ça veut bien dire que le super diplôme distribué par l’Éducation Nationale n’introduit pas à la vrai vie… Ce n’est qu’un torch… un bout de papier à encadrer avant d’aller dans une vrai école si le jeune en question en a le courage et qu’il accepte de se remettre en cause ! Ne serait-ce pas le BAC et les autres dit-plômes qu’il est nécessaire de réformer, la culture générale c’est bien (toute la vie, même) mais pour bosser il faudrait surement que ce soit un peu moins général.
    Exemple quasiment tout le monde a un ordinateur (je parle d’un truc avec un clavier, quand-même), je trouve anormal que tout ce monde tape sans méthode (avec les 2 doigts du flic des années 1950 qui se battait avec son Underwood)… ça pourrait être l’objet de TP à partir de la 6ème et se servir intelligemment d’un correcteur orthographique. Taper un rapport et le mettre en forme c’est un début de formation utile (mais pas assez générale) il vaut mieux faire apprendre par cœur le « monologue de Don Diègue » malheureusement difficile à placer dans une réunion technique ou de direction (ou dans un entretien d’embauche).
    Alors oui reformons la Formation Professionnelle mais seulement pour suppléer à la Formation de base obligatoire et une bonne partie de la formation supérieure.

  • Les commentaires sont fermés.

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