Panique sur Twitter : la censure vous rend parano

Si l’État intervenait moins dans le domaine de la liberté d’expression, il y a fort à parier que notre défiance envers les réseaux sociaux diminuerait.

Par Frédéric Mas.

Une mise à jour de Twitter visant à supprimer des milliers de faux comptes déclenche la panique. S’agirait-il en fait d’une nouvelle vague de censure idéologique ? L’affaire Benalla, la censure des comptes Facebook, Youtube et la chasse aux fake news suscitent tout de suite la suspicion des twittos. Pour beaucoup, si des milliers de comptes ont sauté, c’est parce qu’ils gênent politiquement le pouvoir en place, les puissants de la Silicon Valley ou les cabinets occultes de l’Élysée. La même crise de panique avait traversé Facebook le weekend dernier, devant les soupçons de censure du site parodique Nordpresse.

Du côté de Twitter, les conditions d’utilisation sont très claires : la liberté d’expression s’arrête là où commence la « conduite haineuse ». Ainsi est-il précisé sur le site que « Nous [Twitter] ne tolérons pas les comportements relevant du harcèlement, de l’intimidation ou du recours à la peur pour réduire un autre utilisateur au silence. Si vous voyez sur Twitter du contenu qui enfreint ces règles, merci de nous le signaler. »

Si, parfois, les contours de la « conduite haineuse » qui vous catapultent vers la sortie sont sujettes à discussion, cette fois-ci le petit oiseau bleu est innocent. Twitter a décidé de supprimer dans la nuit du 30 au 31 de nombreux comptes français, et a lancé de concert une série de vérification d’identités. La raison des multiples couacs de mardi matin est donc assez simple, et est même plutôt saine : il s’agissait de purger les fausses identités, les discours de haine délirante, les followers bidons et les comptes truqués qui pullulent sur Twitter. Seulement, une telle mesure se double de la vérification de vrais comptes, suspendus ou interrogés le temps de la vague de contrôle.

Censure coûteuse

Les réseaux sociaux font ce qu’ils veulent, mais faire le ménage idéologique de temps en temps est coûteux en termes d’image. Les réseaux sociaux ne sont pas des espaces publics et répondent aux conditions d’utilisation que les usagers ont bien voulu accepter en s’y inscrivant. Donc, avant de crier à la censure généralisée, il convient de se reporter aux conditions générales d’utilisation. Mais, une fois ce point de droit posé, une fois la nécessité pour les médias sociaux de « nettoyer » de temps en temps leurs plateformes, avec tous les risques que cela comporte en termes de subjectivité, la colère et la frustration demeurent. Comment se fait-il que les réseaux sociaux se comportent en dictateurs ? N’auraient-ils pas tendance à taper sur les conservateurs et à épargner les islamistes ? Ou les macronistes ? Se comporter comme des gouvernements n’est donc pas bon pour les affaires.

Il faut dire que certains des gourous semblent tout faire pour attiser les soupçons, à commencer par Mark Zuckerberg, de Facebook. Après l’élection de Trump, il est l’un des premiers se présenter comme le porte-étendard contre les fake news, et à demander aux pouvoirs publics d’étendre la censure au nom du vrai et du juste. L’entente entre certaines franges du business des réseaux sociaux, notoirement très progressiste, et les gouvernements envenime donc la situation.

La censure généralisée

Le verrouillage généralisé de la liberté de parole encourage la suspicion de censure et la frustration des internautes. La susceptibilité de ces derniers ne serait pas si importante sans la régulation de la parole publique en Occident. Et en France en particulier.

L’intervention systématique de l’État pour condamner les propos jugés haineux, qu’ils soient racistes, homophobes ou sexistes, la production de discours moraux par les pouvoirs publics ainsi que la police des comportements en matière de religion ou de comportements publics est en train de créer les pires conditions possibles pour le débat public. Si l’État intervenait moins dans le domaine, il y a fort à parier que notre défiance envers les réseaux sociaux diminuerait.