Europacity : Macron va-t-il céder face aux nouveaux zadistes ?

Va-t-on vers la création d’une ZAD à Gonesse ? Avec l’opposition au projet d’Europacity, rien n’empêche de le supposer.

Par Benoît Roch.

C’est un projet d’envergure qui est attendu, en Île-de-France, sous le nom d’EuropaCity. Imaginez un peu : 3,1 milliards d’euros investis dans le cadre de l’opération Grand Paris, pour la création, à l’horizon 2024, d’un grand parc de loisirs, avec des équipements culturels, des commerces, des hôtels et restaurants ainsi qu’un parc et une ferme urbaine.

L’ensemble est financé par des capitaux à caractère privé. Le lieu choisi ? Le triangle de Gonesse, dans le Val-d’Oise, le long de l’Autoroute A1, entre les aéroports de Roissy et du Bourget, à la limite de la Seine-Saint Denis. L’ambition est de créer un quartier vert aux portes de Paris, sur un territoire oublié, que certains surnomment déjà le 21ème arrondissement.

Une manne économique

Sur le papier, l’idée séduit. Il faut dire qu’EuropaCity est conçu dans un esprit de compromis entre l’étalement urbain, les nécessités du transport et la créativité d’activités économiques à vocation écoresponsable. À cette synergie urbaine s’ajoute un ensemble de techniques et des connaissances sur la préservation de l’environnement, ainsi que la gestion intelligente des énergies, qui font d’Europa City une smart city en puissance.

Ensuite, et ce n’est pas le moindre intérêt du projet, les 3,1 milliards d’investissements privés sont regardés comme un puissant accélérateur pour le développement de l’Île de France.

Cette manne financière, versée dans un projet économique respectueux de la transition écologique, apporterait un soutien non négligeable dans la lutte contre le chômage. Les études réalisées envisagent la création de 10 000 emplois directs. 100 millions de visiteurs sont attendus à 3 ans. On imagine sans peine l’intérêt des Franciliens pour ce projet qui intéresserait autant les habitants de Paris intra-muros que la banlieue proche.

Des nuages à l’horizon

Mais la belle histoire pourrait s’arrêter là si les nuages apparus dans le ciel de Gonesse venaient à s’accumuler. Des opposants au projet commencent à s’organiser, pour contester la pertinence et la dimension de ce dernier, notamment son impact environnemental et l’urbanisation de terres agricoles qu’il implique. Des tribunes sont publiées dans la presse, derrière José Bové et ses amis, des collectifs sont créés, des manifestations sont organisées.

Le ministre Hulot lui-même vient au secours des opposants. Bref, on retrouve les mêmes ficelles du tristement célèbre scénario qui a donné naissance à Notre Dame des Landes. Va-t-on vers la création d’une ZAD à Gonesse ? Rien n’empêche de le supposer. N’oublions pas que la ZAD de NNDL avait été créée avec la participation d’élus locaux, comme François de Rugy, aujourd’hui président de l’Assemblée Nationale. C’est dire si ces mouvements d’opposants aux grands projets bénéficient de soutiens puissants.

La leçon de Notre Dame des Landes

Que nous enseigne l’expérience de NDDL ? Rappelons tout d’abord que le projet d’Aéroport du Grand Ouest fédérait la majorité des élus politiques, des acteurs économiques, et la population locale qui s’était prononcée en faveur de l’aéroport à hauteur de 55,17%, lors d’une consultation publique. Ajoutons que 178 décisions de justice, toutes favorables au projet, avaient été rendues, suite aux recours abusifs des opposants.

Précisons en outre que le financement était privé à 70% et que le projet intégrait toutes les dernières technique en matière de transition écologique. Pour le dire autrement, toutes les étapes du processus démocratique avaient été respectées. Toutefois, pour des raisons obscures, Emmanuel Macron a choisi de favoriser la minorité violente des Zadistes.

Quel avenir pour EuropaCity ?

On comprend bien que le projet d’EuropaCity présente des similitudes inquiétantes avec NDDL. Les opposants s’inspirent des méthodes éprouvées à NNDL pour évoquer l’idée d’une ZAD. La tyrannie des minorités, encouragée par le renoncement de l’État à garantir l’intérêt général, nous promet un avenir compliqué. On peut légitiment s’interroger sur la capacité de la France à porter de grands projets.

Un territoire est pourtant plus fort quand il est capable de dépasser les clivages pour accomplir des projets structurants et faire le choix de ne pas subir l’avenir. Les conservateurs ne sont pas toujours ceux qu’on pense. En 2018, Gustave Eiffel aurait-il reçu le soutien d’Emmanuel Macron pour construire sa tour ? Rien n’est moins sûr.