Union de la gauche en Île-de-France : la politique spectacle

manifestation pour une autre réforme des retraites by parti socialiste (creative commons) CC BY-NC-ND 2.0)

OPINION : avons-nous encore les moyens, étant donné l’état du pays, de payer des gens pour faire de l’idéologie et de la communication ?

Par Olivier Maurice.

Ce qui est mal à droite est bien à gauche. Normal, la gauche se revendique être le camp du Bien.

S’associer… Même pas en fait… être suspecté de pouvoir subrepticement se rapprocher… ou même exprimer ne serait-ce qu’une vague similarité avec l’extrême droite, c’est commettre un crime. Pas une erreur, une faute ou un délit : on parle bien ici d’un crime !

Former une liste commune parti socialiste, écologistes, communistes, parti animaliste et extrême gauche, c’est « agir pour protéger l’humanité ».

Combien de temps encore devrons nous subir cette confusion entre actions et convictions ?

Que les sympathisants de gauche soient persuadés du bien-fondé de leurs prises de position, soit ! Les sympathisants de droite le sont tout autant.

Que les électeurs soient persuadés de l’utilité de leur vote, soit ! Cela dit, au vu du chiffre record de l’abstention au premier tour des élections, ils ne sont plus très nombreux. Plus nombreux du tout d’ailleurs.

Un joli casting

Mais normalement, lors d’une élection, sont choisis ceux qui auront à prendre la responsabilité de gérer l’administration dont ils auront la charge, pas des acteurs de cinéma sur l’affiche d’un blockbuster.

Qui a posé la question de savoir si Audrey Pulvar, Clémentine Autain ou Julien Bayou avaient les compétences managériales pour gérer les 9300 fonctionnaires qui dépendent de la région Île-de-France ? Qui a posé la question de savoir s’ils avaient les compétences économiques et organisationnelles pour gérer ses 5 milliards d’euros de budget, ses 801 lycées, ses 1300 kilomètres de route ou les 46 millions de trajets quotidiens qu’effectuent les Franciliens ?

Personne, ou quasiment personne.

Sont-ils les mieux qualifiées ? Le savons-nous ? Peut-être, peut-être pas. Mais en tout cas, ce n’est pas de cela dont il est question. Ce n’est pas de cela dont ils parlent.

Dans n’importe quelle entreprise, il existe un processus de recrutement, des entretiens, des avis, une période d’essai…

Là, rien : savoir se mettre en scène, faire des promesses et raconter des belles histoires semblent bien être les seuls critères exigés.

Politique ou spectacle ?

Pour se faire élire, il ne semble pas que ce soit du poste et des responsabilités dont on brigue la charge qu’il faille parler : pour se faire élire, il faut faire du cirque, organiser un beau spectacle de sauvetage de l’humanité.

Et qu’importe que pour sauver l’humanité, on s’allie aux pires idéologies, aux pires charlatanismes, aux pires aspirations totalitaires et suicidaires, du moment que celles-ci fassent recette et ne passent jamais ou que très occasionnellement la mince ligne rouge séparant liberté d’expression et crime contre l’humanité, Mein Kampf et Auschwitz, le Petit livre rouge et la révolution culturelle.

Si on écoute Hitler ou Mao, eux aussi proclamaient que tout ce qu’ils faisaient n’avait qu’un seul but : sauver l’humanité.

Ces gens-là se rendent-ils compte que cette dramatisation à l’extrême, en action et en réaction, dans un salmigondis où se mélangent remise en peinture des salles de classe et apocalypse, ne fait en fin de compte que creuser encore plus l’immense précipice entre la classe politique et les médias d’un côté et la population de l’autre ?

Ces gens-là se rendent-ils compte que ce qu’ils mettent en scène, d’ailleurs avec un certain brio, c’est avant tout leur incompétence ?

Pourquoi la politique est-elle devenue aussi vide ?

En classe de seconde, quand on commence à apprendre les joies de la rhétorique, on appelle cela un hors sujet. En général, on récolte une sale note d’ailleurs.

Imaginez-vous aller à un rendez-vous d’embauche pour le poste de PDG d’une boîte de 10 000 personnes faisant 5 milliards de chiffre d’affaires en expliquant lors de l’entretien que vous devez être sélectionné parce que vous allez protéger la vie sur Terre ?

Non, la politique, ce n’est rien d’autre que la gestion des affaires communes. La démocratie, c’est permettre aux premiers intéressés de choisir ceux qui auront la charge de gérer ces services et c’est tout !

Ce n’est pas désigner des artistes, si talentueux soient-ils, se mettant en scène, et surtout pas de choisir quel serait le meilleur scénario de la pièce de théâtre qu’ils vont interpréter.

Mais ne vous inquiétez pas Audrey Pulvar, Clémentine Autain ou Julien Bayou : ce qui est bon pour vous l’est également pour les autres.

Vous au moins, vous avez le mérite de montrer au grand jour que vos idées, votre idéal utopiste, moraliste et passablement nombriliste passent avant toute chose, de toute évidence d’ailleurs avant la vie quotidienne des citoyens.

Mais avons-nous encore les moyens, étant donné l’état du pays, de payer des gens pour faire de l’idéologie et de la communication ? Est-ce vraiment de cela dont nous avons besoin ?

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