Notre-Dame-des-Landes : savez-vous qui sont vraiment les Zadistes ?

Pull customisé de zadiste by Non à l'aéroport Notre-Dame-des-Landes(CC BY 2.0)

Qui sont les zadistes ? Comment s’organisent leurs bandes ? Découvrez qui bloque encore Notre-Dame-des-Landes.

Par Vincent Bénard.

Alors que les opérations d’évacuation rencontrent des difficultés sans doute mal anticipées par les autorités, voici quelques éléments de compréhension sur ce qui se passe à la ZAD de Notre Dame des Landes en ce moment.

Je précise que ces éléments m’ont été communiqués par des personnes que je considère comme fiables, artisans travaillant fréquemment pour des clients habitant les villages entourant la ZAD. J’aurais aimé avoir appris tout ce qui suit plus tôt.

Mais évidemment, ces personnes ne sont pas non plus des professionnels des renseignements généraux, et il est possible que certains éléments soient incomplets ou ne corroborent pas totalement d’autres témoignages.

Trois nuances de Zadistes

Les médias nationaux ne donnent pas une vision précise de ceux qui composent la ZAD. Il y a en fait trois groupes assez différents, dont la cohabitation sur place est compliquée. Et il est possible que certains sous groupes se divisent en sous-nuances que je ne saurais détailler.

Dans le premier groupe, figurent ceux que j’appellerais les bisounours, encore que beaucoup les affublent de sobriquets moins flatteurs. Ceux-là sont généralement assez jeunes, en rupture de vie familiale, mais de milieux parfois très aisés, et viennent là dans l’espoir de vivre en marge de la société capitaliste en fumant des pétards et vivant chichement.

De quoi ? Eh bien, du RSA (on n’aime pas la société, mais on aime bien que des gens travaillent pour financer son rêve, hein…), et de temps en temps, un coup de fil (smartphone de rigueur, le capitalisme, c’est mal, mais il y a tout de même des limites…) à la famille qui accepte de virer un peu d’argent sur le compte (on n’aime pas le capitalisme, mais les virement bancaires, c’est tout de même pratique).

Ceux-là, souvent bien connus des bureaux d’aides sociales environnants, ne sont en général pas dangereux, ne rackettent pas, et si on peut leur reprocher de profiter de branchements d’eau et d’électricité pirates, ils ne sont pas les éléments structurellement problématiques du Zadisme. On notera aussi leur propension à ne pas se sentir très concernés par les questions d’hygiène et de gestion des déchets, d’où quelques difficultés de cohabitation avec le second groupe de zadistes, nettement plus intéressant.

Les zadistes agriculteurs alternatifs

Second Groupe, les agro-alternatifs, là encore, le néologisme est personnel. Ce sont ceux qui veulent vraiment développer « une agriculture différente », sur des terres marécageuses ou rendues à leur état marécageux d’origine, « respectueuse des différentes formes de biodiversité », (disent-ils), et qui prêtent une vraie attention à l’environnement. Ceux-là sont parfois juste rêveurs, mais parfois très doués, capables de tirer des sols les plus pourris des choses surprenantes, et pourraient certainement réussir dans l’agriculture de niche, en respectant le droit.

Mais ils ont tellement été pervertis par l’idéologie socialo-communiste (leur réaction contre l’agriculture extensive est toujours teintée d’idéologie gauchisante) qu’ils n’envisagent pas de créer une entreprise capitaliste pour mettre leur rêve en œuvre.

Il faut dire, à leur décharge (c’est le cas de le dire), que le système français les forcerait à suivre un enseignement agricole normalisé, à faire acte de candidature auprès d’organismes aussi peu ragoûtants que les SAFER (dont la réputation de rigueur déontologique… est à faire, ou plutôt affaires !), à vaincre les réticences du Crédit agricole ou autre établissement pour financer leur projet alternatif… Bref, il leur serait difficile de s’insérer dans le système productif socialisé et normalisé français.

Petite parenthèse : je comprends que la procédure de « régularisation simplifiée » mise en place par l’État pour ce profil de zadiste irrite au plus haut point les agriculteurs honnêtes prisonniers de la lourdeur française, et qui paient tous les impôts afférents, souvent pour un revenu final de misère. Mais il serait préférable de réclamer un allègement des formalités d’installation pour tous (un titre de propriété ou un bail en bonne et due forme restant de rigueur), et d’en finir avec les SAFER et autres parasites de l’agriculture qui mettent ce secteur en coupe réglée, plutôt que de vouloir intégrer tous les modèles d’agriculture alternatifs dans le moule hyper bureaucratique français.

Mais en attendant, la loi est la loi.

Malgré le romantisme que ce groupe de zadistes a pu susciter chez certains, il convient de ne pas les idéaliser : un vol est un vol, un squat est un squat. Après tout, j’ai connu d’autres écolo-rêveurs qui sont partis cultiver des ananas au Costa Rica en achetant leur terre en toute légalité et en apprenant sur place à la dure les contraintes de l’agriculture biodiverse… et de l’administration locale. Oui, on peut mettre en œuvre des projets différents en s’insérant dans le droit capitaliste, la recherche de la différence n’excuse en rien la violation des propriétés d’autrui.

Mais ces écolo-rêveurs ont suscité un certain courant de sympathie chez une partie de la population agricole riveraine, qui les aide, généralement en nature (produits agricoles et/ou de subsistance, fournitures diverses).

Troisième groupe : les zadistes sectaires de l’ultra gauche violente

Quoiqu’il en soit, le rêve de ces écolo-alternatifs est menacé par le 3e groupe, de loin le plus dangereux : celui des sectaires, des mouvances de l’ultra gauche violente.

Ceux-là sont sur la ZAD pour en découdre avec la société, les forces de l’ordre, l’État, tout prétexte est bon pour cela. Souvent en marge de la légalité, voire frayant ouvertement avec les milieux délinquants, ce sont eux qui rackettent le voisinage et les malheureux qui se seraient perdus sur une route intérieure (non seulement la célèbre RD 281, mais aussi de nombreuses voies communales). Ce sont eux qui ont, sur une grande partie de la zone, mis en place une discipline très autoritaire : ceux qui veulent venir sur la ZAD sont soumis à un interrogatoire, et se voient confisquer argent et papiers d’identité, dans la volonté de rendre tout départ de la ZAD très difficile.

Ils sont formés à l’école de tous les groupuscules plus ou moins violents, héritiers de Greenpeace et autres mouvements verdâtres rougeoyants à tendances fascisantes, de résistance violente contre les forces de l’ordre, tout en n’hésitant pas à en appeler aux bonnes consciences médiatiques pour faire condamner les violences pourtant défensives à leur encontre.

Inutile de dire que leur cohabitation avec les écolos du second groupe n’est pas des plus simples, et la presse s’est souvent faite l’écho de « tensions » entre zadistes, mais sans en analyser les ressorts. Les sectaires verraient d’un mauvais œil une normalisation de la ZAD, qu’elle se fasse ou non au profit des agro-alternatifs.

Ce groupe des sectaires est aussi le plus ramifié. Il y avait sans doute à peine plus d’une centaine de zadistes lorsque l’opération d’évacuation a commencé. Très vite, leur nombre aurait approché voire dépassé le millier, venus d’on ne sait trop où. Ce sont ces faux non-violents qui rendent difficile l’évacuation de la zone.

Une population locale exaspérée mais aux sentiments ambivalents

L’existence de profils de Zadistes variés explique à la fois l’ambivalence de l’opinion locale à leur encontre, entre ceux, que l’on suppose majoritaires, mais sans en être certain, qui souhaitent un écrasement rapide à n’importe quel prix de ces malfaisants, et ceux qui veulent qu’une conciliation permette aux plus romantiques de poursuivre leur projet.

Elle explique aussi que l’État éprouve certaines difficultés à déterminer comment régler le problème de la ZAD, une réponse unique n’étant pas nécessairement adaptée à tous les profils.

Si les riverains pensaient que l’annonce de l’abandon de l’aéroport allait enfin améliorer leur situation, ils en sont pour l’instant pour leurs frais. Au contraire, depuis que l’évacuation, ou plutôt la tentative d’évacuation, a commencé, le ballet des hélicoptères de gendarmerie, des bataillons de CRS, l’amplification des contrôles de gendarmerie sur la route, ne font qu’amplifier leur exaspération.

Or le cahier des charges de l’évacuation stipule que toute nouvelle affaire Rémy Fraysse doit être évitée. Aussi les forces de l’ordre ne peuvent-elles pas frapper trop fort, ce qui allonge la durée des opérations, et donc la durée des nuisances supplémentaires infligées aux riverains. Pire encore, cela donne l’impression que l’État ne sait que faire, et exaspère les forces de l’ordre tout en donnant aux sectaires un espoir d’enlisement de la situation, qui est ce qu’ils recherchent absolument.

Il ne faudrait pas que la situation s’enlise, car alors le risque que l’opinion locale se retourne en faveur des zadistes serait réel.

La victoire de l’état de droit est indispensable

L’État n’a pas d’autre solution que de rétablir, et rapidement, l’état de droit sur la zone, au risque de voir tout projet d’aménagement contesté engendrer de nouvelles situations inextricables. Un renoncement signifierait une victoire inacceptable des factions les plus dures au sein de la ZAD.

Mais il ne doit pas créer une situation d’exception en vendant prioritairement et à prix sans doute trop préférentiel à des agro-utopistes, qui se sont montrés non respectueux des lois, des terres dans des conditions non respectueuses de l’égalité avec les autres agriculteurs. S’il doit y avoir revente des terres achetées par la collectivité pour l’aéroport, elle doit se faire à la régulière et au plus offrant. En contrepartie, l’État doit élargir sa réflexion, et profiter de l’occasion fournie par cette crise pour réformer les procédures d’accès à cette profession pour que ceux qui porteraient des projets d’agriculture différente puissent le faire sans se heurter à la bureaucratie et aux notabilités para-agricoles françaises qui les empêchent aujourd’hui de trouver un sol à leurs ambitions.

Pour aller plus loin :