Rapport Pompili : le nucléaire malmené dans les médias

Centrale nucléaire Vogtle USA-Blatant World(CC BY 2.0)

Le rapport Pompili semble avoir créé une onde de réactions dans les médias qui n’ont pas toujours fait preuve de rigueur.

Par Gérard Petit.

Un dessin de presse passé à la postérité montrait un repas familial ayant tourné au pugilat suite à l’évocation de l’Affaire Dreyfus, avec cette légende restée fameuse : « Ils en ont parlé ! ».

Tout au contraire, du rapport Pompili, pourtant potentiellement polémique, tous les media « ont parlé » mais dans le consensus, voire dans la surenchère. Un comportement panurgien qui ne surprend pas, le nuclear bashing étant dans l’air du temps.

Le rapport Pompili semble avoir fonctionné comme un « désinhibiteur » et chacun dans les media de se rappeler qu’il a dans ses dossiers, ou dans un coin de sa tête, des éléments pour apporter une autre pierre au tas, ou pour décocher une nouvelle flèche par le truchement de titres inquiétants ; qu’on en juge :

« Mille incidents par an », « lourd héritage des déchets », « perte de compétences », « heure de vérité », « déficiences nucléaires », « failles de sécurité », « présence de fichés S », « constat très lourd »… 

Dans un tel contexte de surenchère, chacun veut en être et sans surprise, ni la nuance ni le discernement ne sont convoqués. S’agissant des défauts du nucléaire, outrer le trait laisse plus de traces durables que de suspicion sur la véracité des dires, la situation s’est maintes fois vérifiée par le passé.

Ainsi, l’effet de ce rapport va-t-il pour l’instant au-delà de ce qu’avaient espéré sa rapporteuse et ses mandants, « on apprend à hurler, dit l’autre, avec les loups » et visiblement, on apprend vite au vu de l’avalanche des critiques et des sérieuses remises en cause, qui s’est déclenchée en aval de sa divulgation.

De l’examen d’un système qui devrait n’en tolérer aucune, les traqueurs de failles autoproclamés seraient apparemment revenus avec des gibecières remplies.

Le rapport est implicitement présenté comme LE document tant attendu, celui qui porte au grand jour les inquiétudes que tout un chacun pressentait. Les voici qualifiées et quantifiées au prisme de pas moins de 33 recommandations, c’est donc bien que l’affaire allait mal !

Mieux, le document ne prétend-il pas dire enfin à EDF la vérité sur l’état d’un parc nucléaire, pourtant placé en continu sous la vigilance de son contrôle interne très structuré et d’instances externes nationales réputées indépendantes, compétentes, sans parler du regard des autres, Peer reviews et inspections de l’AIEA ?
Dans cette industrie servent des acteurs dont la sûreté nucléaire constitue un sur-moi permanent et qui sont très légitimistes s’agissant du respect des règles d’exploitation, c’est leur métier de concepteur et d’exploitant.

Il est vrai que ce qui vaut en général ne vaut pas forcément pour chacun, mais justement, ce sont des équipes qui conduisent, ce sont des équipes qui maintiennent, ce sont des équipes qui contrôlent.

Bien conseillés par les opposants ayant notoriété sur rue et ayant recueilli beaucoup de témoignages ciblés, les parlementaires membres de la commission ont sans surprise repris des antiennes, fondées ou non, mais surtout, ils les ont habilement reformulées en signaux d’alerte.

Une approche tactique aussi vis-à-vis des syndicats, car souligner particulièrement l’épineuse question de la sous-traitance des activités, de longue date un de leurs chevaux de bataille, c’est tempérer leur verve dans l’expression d’inquiétudes concernant le devenir même d’une filière rudement malmenée devant l’opinion par un rapport provocant. Un résultat obtenu d’ailleurs compte tenu du caractère factuel et atone des réactions syndicales du secteur, un monde qu’on a vu s’enflammer jadis face à de bien moindres périls.

Il reste pourtant bien inconséquent pour le pays de faire son miel idéologique et politique d’une collecte attrape-tout étalée sur fond de manque de transparence (un classique) et de manque de rigueur et de compétences (un item qui monte en puissance).

Illustration : on présente comme liés le vieillissement des installations et la baisse de leur niveau de sûreté, hors tout fondement technique, la stratégie de conduite et de maintenance des installations étant justement établies pour garantir ce niveau, entre autres par le suivi de paramètres pertinents. Cette instrumentalisation du vieillissement en ferait un discriminant commode, déjà expérimenté hélas à Fessenheim, pour désigner les prochains réacteurs à arrêter.

Dans un univers aussi technique que toute la chaîne électronucléaire ou l’appréciation entre ce qui importe, et moins, ne peut être que le jugement de spécialistes, que peuvent trouver , même en cinq mois, les généralistes de cette commission, même efficacement « pilotés » par des opposants ?

À cette question Madame Pompili répond que « quand on cherche on trouve » mais que cherchaient-ils exactement sinon à montrer du doigt un mauvais acteur, pas très propre sur lui, peu rigoureux et dissimulateur ?

Y sont-ils parvenus, on peut le craindre en voyant la curée médiatique déclenchée, mais celle-ci ne sera peut-être qu’un feu de paille, un clou d’actualité en chassant un autre.

Reste à se répéter en boucle et sans trop y croire « que tout ce qui est excessif est insignifiant ».