Le pétrole est redevenu cher, gardons notre nucléaire !

La période du prix de baril de pétrole bon marché est terminée, pourquoi et quelles en sont les conséquences ?

Par Yves Montenay.

Le prix du pétrole varie fortement, tout le monde s’y intéresse mais n’en tire pas forcément les bonnes conclusions.

Si en juin 2014 le pétrole valait 115 $ le baril,  il n’en valait plus que  47 six mois plus tard et 30 en janvier 2016. Affolement général, baisse des bourses. Pourquoi ? « Les pays producteurs auront moins d’argent et passeront moins de commandes ». Accessoirement (d’un point de vue financier), les écologistes se désolaient : « cela va encourager la consommation d’énergies fossiles et accroître la production de CO2. »

Or ce fut l’inverse !

Je publie alors dans L’Opinion un article menant aux conclusions inverses : le prix élevé du pétrole est un handicap pour tous, du pauvre paysan indien à l’Occidental prospère propriétaire d’une voiture. Donc la baisse améliorera les résultats des entreprises, que l’effet soit direct si elles en consomment, ou indirect via l’augmentation de la demande des autres biens, dopée par les moindres dépenses énergétiques.

Certes les ressources des pays producteurs ont baissé, mais elles n’étaient pas totalement dépensées. Le reste alimentait les gigantesques placements financiers des pays pétroliers, pas toujours appréciés. Ces placements ont diminué mais ont été largement compensés par l’amélioration des marges des entreprises, et de toute façon la politique de création monétaire des banques centrales a fourni tout ce qu’il fallait, et au delà. Donc globalement, tout ira mieux ai-je écrit à l’époque.

Rappelons aux non-financiers que tous ces raisonnements ne sont valables qu’à moyen terme c’est-à-dire de quelques mois à deux ans.

La suite m’a donné raison : après  la chute des prix du pétrole, les bourses ont remonté au vu des bons résultats des entreprises.

Par ailleurs j’espérais que la baisse des prix chamboulerait les pays producteurs et les obligerait à des réformes, et, s’agissant de l’Arabie, réduirait le financement des groupes islamistes.

Là aussi, c’est effectivement ce qui est arrivé en Arabie avec les réformes du prince héritier et le désengagement de certains mouvements islamistes syriens. Remarquons par contre que l’Algérie est restée paralysée, avec son président de plus en plus absent, et qu’aucune réforme n’y a eu lieu. Ce pays a puisé dans ses réserves et la population s’est appauvrie du fait de l’inflation, le pouvoir ayant tenté de masquer ses problèmes par la création monétaire. Il n’y a pas eu non plus eu de réformes en Russie.

Mais cette période de bas prix du pétrole est terminée

Le 24 avril 2018, le pétrole est remonté à 75 $ le baril. Ce n’est plus un prix bas. À ce niveau l’Arabie et la Russie retrouvent de l’oxygène. Mais ce n’est pas suffisant pour l’Algérie.

En politique intérieure française, le résultat s’est déjà fait sentir : la hausse du prix de l’énergie a noyé l’augmentation de la feuille de paye des salariés financée par la CSG sur les retraités. Les premiers n’ont pas vu l’augmentation de leur niveau de vie, et les seconds sont furieux.

En matière d’environnement, les concurrents du pétrole, énergies renouvelables, nucléaire, charbon vont de nouveau être favorisés. Si les énergies renouvelables sont encore marginales et si les délais de décision puis de construction des centrales nucléaires sont extrêmement longs, par contre la construction de centrales à charbon, les plus polluantes, va encore s’accélérer. La hausse des prix du pétrole n’est donc pas forcément aussi favorable à l’environnement qu’on le proclame.

D’autant qu’à ce prix, le pétrole de schiste américain devient extrêmement rentable, alors que son impact sur l’environnement est controversé (j’avoue que personnellement, et bien que scientifique, j’ai du mal à voir clair dans les propagandes opposées sur ce sujet). Et il n’y a pas qu’en Amérique que la géologie y est favorable. La Chine en aurait de vastes réserves. Elles seraient également importantes en France mais il est interdit d’en envisager l’exploitation et même le recensement.

Pourquoi cette remontée du prix du pétrole ?

L’explication la plus couramment présentée est celle de l’action de l’Arabie, à la baisse d’abord, puis à la hausse avec l’aide de la Russie.

L’Arabie a d’abord inondé le marché pour faire baisser les prix et casser ainsi la production américaine de pétrole de schiste, dans laquelle elle voyait à juste titre un concurrent. Mais les Américains ont rapidement augmenté leur productivité, et leur seuil de rentabilité est tombé à 40 $ et même moins. Et l’Irak et l’Iran sont revenus sur le marché, augmentant eux aussi l’offre.

La stratégie de l’Arabie s’est alors inversée. Voyant fondre ses réserves financières, elle a convaincu d’autres pays, dont la Russie, qui souffrait beaucoup, de restreindre leur production pour faire remonter les prix. Cela a marché, avec l’aide de l’amélioration de la conjoncture mondiale qui a augmenté la demande de pétrole

Que va-t-il se passer ?

Pour commencer, l’inverse des effets de la baisse : un appauvrissement des pays consommateurs, moins marqué toutefois qu’en 2011-2014 et qu’avant la crise de 2008, car nous ne sommes qu’à 75 $ le baril et non dans la zone des 110. Néanmoins le passage de la zone des 40 à la zone des 75 reste rude et est probablement une cause du léger ralentissement actuel de l’économie de la zone euro.

Mais au-delà des effets conjoncturels, la question à long terme est de savoir si l’on aura trop ou pas assez de pétrole, et, corrélativement, quel niveau de prix.

Je remarque que les prophètes sont toujours trompés : quand les prix sont élevés, les raisonnements se multiplient pour montrer que la production de pétrole a passé son « pic », donc qu’il sera produit à l’avenir en quantité insuffisante, donc que les prix vont monter ou resteront élevés. Depuis la production croissante de pétrole de schiste américain, on entend beaucoup moins parler de ce « pic » qui semblait pourtant être une vérité absolue.

Va-t-on alors vers l’abondance ? En Amérique, on ne sait pas, car les puits ne restent productifs que quelques années et il faut multiplier les nouveaux. En cas de plafonnement, voire de baisse, d’autres pays, la Chine par exemple, prendront-ils le relais ?

Mon métier n’est pas la prophétie, mais l’analyse. Si j’étais chef d’État, je serais prudent et veillerais à une diversification des ressources. Notamment je ne sacrifierai pas mon nucléaire qui a l’avantage d’exister, d’utiliser un combustible peu volumineux que l’on peut stocker pour en avoir des réserves de plusieurs années, et enfin de ne pas être polluant. Mais quid des déchets direz-vous ? On en parle beaucoup mais ils ne prennent qu’un tout petit volume même si leur radioactivité doit durer très longtemps. On peut donc imaginer des solutions provisoires en attendant que les progrès de la technique (la fusion ?) permettent de les détruire.

Et puis, la meilleure source d’énergie, c’est de l’économiser. C’est mon ancien métier. Des progrès considérables ont déjà été faits en Occident, mais à l’échelle planétaire ils ont été annulés par les besoins de la Chine, de l’Inde et des autres pays en développement. Les gouvernements de ces pays prennent conscience du problème. Reste à espérer qu’ils seront efficaces. Les entreprises françaises sont compétentes dans ces domaines et devraient en profiter.

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