Autolib’-Bolloré : nouveau feuilleton du capitalisme de connivence à la française

Une nouvelle fois, la sphère publique est incapable de gérer convenablement une activité pourtant en pleine croissance.

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Autolib’-Bolloré : nouveau feuilleton du capitalisme de connivence à la française

Publié le 6 juillet 2018
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Par Jonathan Frickert.

Le 21 juin dernier, le syndicat mixte gérant les délégations de service public Autolib’ et Velib’ a décidé de résilier le contrat avec le groupe Bolloré pour la gestion du service d’autopartage de la capitale, le titulaire de la délégation ayant demandé à la municipalité de financer son déficit d’exploitation.

Cessant son activité, nombreux sont les concurrents qui se sont rués au portillon. L’entreprise PSA, dès ce mardi, a proposé de mettre en place un nouveau service, par la voix d’un certain Thierry Bolloré, cousin de Vincent.

Alors que les services de mobilité fourmillent dans la principale ville française, l’autopartage a connu une forte expansion ces dix dernières années, marquées par la prise de conscience environnementale et les politiques de désengorgement des centres urbains. Destiné à mettre au service du public un parc automobile, aujourd’hui généralement électrique afin de satisfaire des impératifs environnementaux, ce type de services existe pourtant depuis plusieurs dizaines d’années. Or, beaucoup d’exploitations chapeautées par des collectivités ne connaissent pas la croissance qu’il s’agirait d’attendre de ce nouveau modèle économique

L’occasion de comprendre ce qui pèche tant dans ce secteur et, surtout, de constater une nouvelle fois l’incapacité de la sphère publique à gérer convenablement une activité pourtant en pleine croissance.

De bonnes intentions aux prises avec la concurrence

Le principe de l’Autolib’ a été proposé lors de la campagne pour les élections municipales de 2008, incluant dès le départ plus de 80 communes de la couronne parisienne. Bertrand Delanoë, alors futur maire, proposait un fonctionnement sous forme de délégation de service public.

Courant 2009 est créé le syndicat mixte qui pilote encore aujourd’hui le projet. On nous parle régulièrement de mille-feuille territorial. Plutôt que d’attaquer les collectivités, il serait bon de noter une maladie bien française : la foison d’agences, de services, de sociétés d’économie mixte et bien sûr de syndicats mixtes. Voici un mille-feuille dans le mille-feuille qui montrera, dans notre cas d’espèce, encore une fois son inadaptation.

La même année est lancé un appel d’offres auquel 6 candidats auront répondu, donc un groupement incluant la SNCF et la RATP, une candidature de La Poste et une candidature du groupe Bolloré. L’année suivante, la liste est réduite à 4 candidatures avec lesquelles sont menées des négociations. En décembre 2010, le groupe Bolloré remporte le marché, avec une mise en service progressive à partir de 2011.

Pourtant, très vite, l’opérateur montre ses limites. Ne parvenant pas à rentrer dans ses frais, la municipalité estime à 293 millions d’euros le déficit cumulé à l’horizon 2013. Le projet, devant être rentable à partir de 50 000 usagers, souffre de plusieurs maux, entraînant rupture du contrat de délégation fin juin de cette année.

Outre le très mauvais entretien des véhicules, le réseau parisien de transports alternatifs est déjà largement saturé, rendant impossible le respect des objectifs fixés. Entre Velib’, scooters en libre-service et VTC, faisant déjà concurrence aux modes classiques que sont le métro, le tramway et le taxi, le Parisien a déjà une ribambelle d’options. Ajoutons à cela les politiques tant décriées mises en œuvre par Madame Hidalgo pour faciliter la circulation dans la capitale, et vous aurez tous les ingrédients d’un échec annoncé.

Au final, ce qui ressort de cette péripétie tient dans un simple constat de marché. L’offre de transports est déjà saturée, et il est très difficile de voir comment une demande pourrait se manifester sérieusement pour les services d’autopartage. L’objectif environnemental et urbain de la mairie de Paris se heurte à une carence de la demande sur ce créneau.

Le capitalisme de connivence à la Française

Une situation qui n’est pas sans rappeler d’autres modes de partenariat entre exploitants privés et clients publics. Les bonnes intentions ne suffisent pas à masquer la mécanique du marché sur lequel elles doivent s’exercer.

L’exemple de la Poste, société anonyme à capital 100 % public, ou d’EDF, montre une nouvelle fois ce modèle hybride d’entrée de la collectivité sur un marché.

Comme vu dans un article précédent, l’actionnaire étant un investisseur, prenant des risques financiers, ces risques peuvent entraîner une responsabilité économique. L’essence même de tout capitalisme sain repose sur la prise de risque. Le dividende est là pour récompenser cette prise de risque. C’est le principe du libéralisme : la liberté suggère la responsabilité. Dans le cas de l’État-actionnaire, la responsabilité, et donc ici le risque, est supporté par le contribuable lui-même.

De quoi rappeler le fiasco qu’a été le projet avorté d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Initié en 1963 par une délégation interministérielle dont la république gaullienne avait déjà le secret, l’objectif était de rééquilibrer le territoire, le tout dans le cadre d’un cinquième plan.

Il faudra attendre 7 ans pour voir le schéma d’aménagement, avant que la crise pétrolière et l’opposition des propriétaires locaux ne mettent le projet en sommeil jusqu’au début des années 2000.

De la même manière, on retrouve le principe des concessions autoroutières, concernant plus des 3/4 du réseau. Des concessions faites il y a 13 ans à un prix modique avec garantie de compensation du déficit d’exploitation par l’autorité concédante.

En Grande-Bretagne, si la privatisation était loin d’être une catastrophe, elle a souffert des maux habituels des marchés publics de service dans leur forme contemporaine.

Plusieurs exemples d’un système bâtard, où les désavantages des modes de gestion privés et publics s’additionnent. L’association public-privé fonctionne ainsi dans les domaines propres au service public, mais très rarement dans ce qui relève de la compétence d’une activité privée, auquel cas le contribuable sera toujours celui qui essuiera les pots cassés.

Le fonctionnement d’une économie saine suppose que le risque de faillite permanent, né de l’investissement et de la concurrence, pousse à l’innovation afin de conquérir de nouvelles parts ou de conserver celles détenues. Une question qui est au cœur du drame de l’Autolib.

Vous nous avez assez aidés !

La plupart des politiques étatiques souffrent des mêmes maux : des bonnes intentions servies par un mode de gestion inadapté à la demande qu’on tend à satisfaire. Les enjeux environnementaux, le besoin de désengorger les centres-villes, d’assurer un maillage en termes de transports ou encore un espoir de décentralisation comme pour l’aéroport mariligérien désormais avorté ne sont que les façades d’un entre-deux probablement dépassé. La sphère publique est tout simplement inadaptée au terrain économique classique, à moins de tenir à bout de bras à grand coup de subventions et donc d’impôts.

L’occasion de reprendre une phrase désormais bien connue et de dire solennellement à nos élus : par pitié, sire, surtout ne faites rien !

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  • Ce système taré est bien présent aussi dans le domaine de la santé, avec des « partenariats » public/privé où le privé est toujours tenu en laisse courte, où bureaucrates et politiques font la pluie et le beau temps par des découpages abscons, des regroupements forcés de gens qui se détestent, un mode de financement qui pousse à l’abattage, etc.

  • Est-ce vraiment du capitalisme à la Française ou simplement une escroquerie généralisée de la part des politiques Français quelle qu’en soit leur étiquette et cela jusque dans les plus petites collectivités locales. Portefeuille toujours bien garni, dépenses pharaoniques pour amuser le bon peuple, musées, commémorations et festival à toutes les sauces, ce dernier créant des milliers d’intermittents du spectacle tous à la charge de la collectivité dont le seul objectif est d’amuser une minorité de personnes et les colleurs d’affiches histoire de se faire élire aux élections suivantes grâce à cette minorité et on peut dire seulement avec les voies de cette minorité. Tout est bien calculé pour soutirer un maximum d’argent et pour poser de plus en plus de contraintes histoire d’asservir les loques et les plus faibles du pays et là cela fait du monde. Une organisation mafieuse bien rôdée par de belles brochettes d’escrocs. Hélas à moindre échelle cette organisation donnée en exemple se retrouve au sein de nombreuses grandes entreprises. Et on veut que la population fasse preuve de civisme ! c’est l’inverse qui se passe hélas une fois de plus. C’est le déclin organisé du pays France.

    • Exactement le thème du prochain livre de Philippe Pascot qui sortir en Août et intitulé : «  Pilleurs de vies ». Il démontrera coment est organisé le racket des citoyens français du berceau à la tombe.

  • Souvent on dénonce les rémunérations des politiques.
    Ce n’est rien à côté de ce que l’auteur dénonce ici très justement, qui est l’intervention de ces mêmes politiques dans des domaines où ils n’ont rien à faire.

  • « … marquées par la prise de conscience environnementale et les politiques de désengorgement des centres urbains »

    Arf, j’ai arrêté de lire ici !

    C’est « marqué par les délires de l’idéologie écologiste » qu’il eut fallu écrire.

  • Et que dire des ramassages scolaires.
    A partir du mois de juin vue les examens, les élèves se font de plus en plus rare au fur et à mesure de l’avancée et on voit toujours autant de cars circuler généralement de plus en plus vides pour finir totalement vides. Il faut continuer à faire les services car le conseil général ou la communauté de communes peut contrôler par le GPS le respect des horaires et des services et les transporteurs pourraient être sanctionnés pour manquement.
    De toute façon le budget est là et il faut le « cramer » car sinon l’année prochaine on risque de le réduire. Un peu comme à l’armée où en fin d’exercice on faisait tourner les camions dans le camps pour « bouffer » le stock d’essence.
    les années passent mais les mauvaises habitudes perdurent.
    On s’en fout on augmentera encore les impôts ou les taxes pour combler les déficits. De toute façon confier un problème ardu à des fonctionnaires bardés de diplômes ne peut finir qu’en catastrophe économique.

    • Et la catastrophe économique nous y sommes, mais les politiques sont toujours là et personne ne réagit. Le 80 km/h est très symbolique d’une brimade pour montrer aux veaux qui commande içi.

  • « Des concessions faites il y a 13 ans à un prix modique avec garantie de compensation du déficit d’exploitation par l’autorité concédante. »
    Ca ressemble à :
    – « Je compenserai tes pertes. » Tête de brique, Snatch.
    Tête de brique pense alors pouvoir se refaire sur le dos du « manouche » Brad Pitt, et de son manager Jason Statham. Bon, il est vrai, que ça ne marche pas, et que le bookmaker porcher reçoit une belle surprise en pleine poire.

    Je ne savais pas que LA Poste était capitalisée à 100% par de l’argent public. Du coup, pourquoi payons-nous encore des timbres ? C’est comme pour la préfecture, elle est payée par les impôts, et pourtant, il nous faut payer une carte grise pour valider l’acquisition d’un véhicule.

  • Même si cela transparaît entre vos lignes, il faut souligner l’incompatibilité entre le projet commercial d’Autolib et la gouvernance idéologique de Paris. On ne peut pas faire le maximum pour chasser les automobilistes de Paris en leur rendant la vie impossible et espérer qu’un système d’auto partage fonctionnera.
    Une piste était d’ouvrir les voies de bus à Autolib. Le STIF (RATP) et les taxis s’y sont opposés. Et ils ont gagné.

  • Quand l’équipe précédente a commencé à emm… les automobilistes avec des restrictions de circulation en tout genre, les citoyens se sont adaptés instantanément : l’essor du 2-roues motorisés (principalement 125 cm3 accessibles avec permis B) a été fulgurant. L’occupation de l’espace public, circulant ou stationnant, a été optimisé. [Je ne sais plus qui avait montré que si 25 % des automobilistes passaient au 2RM, c’en était fini des embouteillages).
    Hélas, pour les PDU et politiques affiliées, point de salut en dehors des TC, du vélo et de la marche à pied. D’où l’acharnement à bouter hors des murs tout ce qui a un moteur, y compris désormais les 2RM… Nos politiques sont prisonniers d’une idéologie en décalage avec les besoins réels des citoyens.
    Autolib et consorts seront-ils victimes du même aveuglement ? Y-a-t-il vraiment un marché pour ce genre de choses ? Cityscoot me paraît plus adapté à la circulation dans une ville comme Paris et le modèle est plus souple (freefloating, pas d’abonnement).

    • Question : les 2-roues motorisés ne sont-ils pas une source importante de pollution atmosphérique ?

      • Moins que les autos a fortiori quand ces dernières sont coincées dans les embouteillages. En deux roues, le régime optimum du fonctionnement moteur est atteint plus vite et plus souvent.
        Les métropoles ont plusieurs soucis avec les vehicules individuels (thermiques).
        La pollution (même si celle ci baisse constamment depuis des années) : le 2RM est préférable à l’auto, surtout que celle-ci roule le plus souvent avec une personne à bord.
        La circulation : comme je l’ai rappelé plus haut, là il n’y a pas photo.
        Le stationnement : idem, on peut garer 4 motos sur un emplacement voiture.
        Pour la circulation intra-muros, à allure correcte, une offre comme city scoot est parfaite : elle réunit les principaux aventages du 2RM, avec une pollution locale nulle, puisque ce sont des VE.
        Pour les allées et venues dans les métropoles et leur environnement proche, il convient se favoriser le 2RM, même thermique. C’est ce qu’ont fait toutes les villes européennes en s’appliquant pas aux motos et scooters les contraintes liées aux LEZ (low emission zones). Evidemment en France, devinez quoi ? …

      • Ils sont surtout une source de pollution sonore et sont à l’origine de multiples accidents compte tenu de leur comportement général: excès de vitesse, circulation sur trottoirs et/ou à contresens, mépris absolu des piétons, non respect des passages piétons, feux tricolores grillés etc. Une plaie qui explique pourquoi certaines capitales avec un minimum de 2RM sont des havres de paix comme Londres ou Vienne par exemple.

        • Votre description est trop laide pour être vraie.
          A l’origine de multiples accidents ? Non. Ils en sont plutôt victimes : dans 2 accidents sur 3 impliquant une moto et une voiture, c’est l’automobiliste le responsable. Et piétons et cyclistes sont tués en quasi totalité par des voitures ou des poids-lourds.
          S’agissant de la pollution sonore : mis à part les Harley dont le mythe s’accompagne de l’inévitable « potatoe », le gros de la troupe conduit des motos répondant aux critères d’homologation. Et cette affaire reste très subjective : pour moi, le bruit d’une moto est une douce musique. Et que seraient les villes italiennes sans leurs « guêpes » bourdonnantes ?

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