Loi Pacte : au secours, on privatise aujourd’hui pour nationaliser demain !

S’il se désengage de certaines entreprises, l’État serait mieux inspiré de le faire pour se désendetter.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Loi Pacte : au secours, on privatise aujourd’hui pour nationaliser demain !

Publié le 20 juin 2018
- A +

Par Erwan Le Noan.
Un article de Trop Libre

Le gouvernement vient d’annoncer, dans le cadre du projet de loi «Pacte» qui sera présenté ce lundi en Conseil des ministres, qu’il allait se séparer de trois participations de l’État. C’est une bonne nouvelle car, comme le dit le ministre de l’Économie, « l’État n’a pas vocation à diriger des entreprises concurrentielles ». Il aurait pu ajouter : ni même de se substituer aux opérateurs privés. Or il ne l’a pas dit, et pour cause : à l’entendre, les privatisations d’aujourd’hui préparent les nationalisations de demain…

Trois entreprises c’est bien, mais c’est peu au regard du portefeuille de l’État : selon l’Insee, l’État contrôle 85 sociétés françaises et, par le biais de leurs filiales, 1 702 au total, qui emploient 778 000 salariés. En outre, l’État détient des participations minoritaires dans d’autres entreprises comme Orange ou Renault. En cédant ses parts dans ADP (50,63 % du capital), FDJ (72 %) et Engie (26,85 %), il fait un premier pas à saluer, mais timide.

D’autant que ce pas en avant a été immédiatement suivi par deux autres en arrière. Bruno Le Maire a ainsi vanté l’« État stratège », notion défendue depuis des générations pour justifier des aventures industrielles calamiteuses. Air France en serait-elle là, si l’État n’avait pas été à son capital ? EDF serait-elle empêtrée dans tant de contradictions ? La Cour des comptes, qui le décrit comme plus rapace que le CAC40, aurait-elle à dénoncer que l’État privilégie « un rendement à court terme de ses participations au détriment, potentiellement, des intérêts de long terme des entreprises » ? Les économistes Augustin Landier et David Thesmar avaient raison de placer ce slogan d’État stratège parmi les 10 idées qui coulent la France (Flammarion, 2013).

De façon classique, le ministre promet « un État capable d’inventer » et, avec l’argent de ces privatisations, « de financer les investissements dans l’innovation et les secteurs d’avenir ». Mais par quelle magie, autre que la prétention des hauts fonctionnaires, l’État serait-il en capacité de prédire l’avenir ? Il ne le peut pas, évidemment, pas plus que le secteur privé.

Avec cet argent, l’État ferait mieux de financer les services publics. Sur l’ensemble du territoire, ils dépérissent, alimentant le mal-être social, laissant prospérer le communautarisme et nourrissant le populisme.

Pire, il a des incitations à le faire moins bien : lorsqu’un comité de technocrates tire à pile ou face les secteurs qui feront notre futur, il n’engage pas sa fortune mais l’argent du contribuable ; s’il se trompe, à la différence du privé, il n’en assumera jamais aucune conséquence. Privatiser pour nationaliser des pans de recherche n’a pas de sens : c’est un peu comme un alcoolique qui lâcherait un vieil alcool pour s’enivrer avec un nouveau à la mode.

S’il se désengage de certaines entreprises, l’État serait mieux inspiré de le faire pour se désendetter. Il pourrait aussi envisager de financer des réformes d’ampleur ou en indemniser les perdants. Il pourrait surtout le faire pour financer des activités où la puissance publique est nécessaire : les services publics. Sur l’ensemble du territoire, ils dépérissent, alimentant le mal-être social, laissant prospérer le communautarisme et nourrissant le populisme. Emmanuel Macron n’en dit rien, ou pas grand-chose. La cohésion sociale et politique demande pourtant de les repenser profondément, ce qui peut passer par la mobilisation du privé1.

La mission Cap 22 y réfléchit peut-être, mais elle se fait cruellement attendre. S’il y a un sujet sur lequel l’État doit « inventer », il est là : dans sa dépense publique et l’efficience de ses dépenses sociales. Il y gaspille « un pognon de dingue ».

Sur le web

  1.  Voir Fondation croissance responsable, Public-privé : balles neuves, et Terra Nova, Pour une République des services publics
Voir les commentaires (12)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (12)
  • Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire vous viennent aisément . Excellent article . Ajoutons pour ceux qui l’auraient oublié – et ils sont nombreux – que dès l’arrivée de Hollande à l’Elysée Macron est devenu son conseiller avant d’être ministre de l’économie . Socialiste convaincu donc ..
    Que Le Maire qui s’affirmait haut et fort comme étant de droite a servi sous divers gouvernements de droite , était pro Fillon …..de droite donc et s’est empressé de prendre le vent nouveau . Bel opportunisme
    Rien à attendre de constructif d’un socialiste et d’un opportuniste .
    Les  » populistes  » n’ont pas besoin de faire campagne . Ces deux là le font pour eux .

    • Nationalisation, pas nationalisation en quoi le fait que je me fasse racketter par une multinationale privée pour l’autoroute change quelque chose ?

      Au moins, quand c’est l’État qui prend ca va forcément être réinjecté dans l’économie française (peu importe par qui et comment) alors que pour la multinationale tout l’argent part à l’extérieur et ne sert à rien pour le pays de facon certaine.

      et puis de toutes facons, quand toute les grandes infrastructures étaient nationalisées (ce qui n’est pas forcément bien), les choses n’étaient pas catastrophique : on ne mourrait pas pendant les 30 glorieuses.

      Quoi qu’il en soit, il ne suffit pas de privatisé (ou de nationalisé) pour que tout fonctionne comme par magie.

      • C’est plus compliqué que cela : derrière la multinationale se planque l’état qui prélève de juteuses taxes sous formes de redevances. L’état augmente ses taxes ? Le péage augmente d’autant et vous ne râlez pas contre les bons putois…

        • très certainement, mais l’État prélèverait aussi les taxes si c’était elle qui opérait (de toutes facons c’est certain qu’on gagne plus d’argent quand tout les bénéfices vont dans notre poche et pas une fraction). D’ailleurs en effet c’est cela qu’il se passait avant.

          A titre personnel je prends peu l’autoroute alors je m’enfiche mais disons que quitte à payer – quand je la prends – ce serait bien que l’argent serve à l’économie local plutôt que de voler en fumée.

          • Cela sert à l’économie locale. Emplois dans les stations services, puis expositions des produits régionaux, sans compter l’entretien des voies.

      • Quand c’est l’Etat qui prend, c’est certainement immédiatement retiré de l’économie française, avec la promesse de revenir le jour où on aura remboursé la dette publique.

    • @ Adio
      Non! Classer les gens dans vos cases étiquetées selon vos anciennes habitudes traditionnelles et stériles ‘droite-gauche), c’est seulement les priver de leur libre arbitre et du droit de changer d’avis (si possible, en France) après une première expérience ministérielle: il a accepté d’être ministre mais a décidé lui-même de quitter Fr.Hollande! Tenir compte de l’un sans tenir compte de l’autre est déjà assez injuste!

      Ne pas du tout tenir compte de sa déclaration solennelle et sa préparation d’un parti centriste majoritaire « ni de droite ni de gauche » ne fait qu’aggraver votre position plutôt ridicule surtout quand on l’appelle le président des riches!

  • La première action du gouvernement serait de supprimer les statut public pour tout ce qui n’est pas régalien et de respecter l’argent du contribuable en rendant des comptes comme gravé dans notre constitution. Il est temps de mettre fin à l’absurdité qui fait que ceux qui devraient servir l’état sont ceux qui le menacent le plus ((Général Charles de Gaulle)

  • L’expression « service public » n’est pas ma tasse de thé.

  • Profitons-en pour rappeler à tous ces gauchistes qui ont la haine de l’actionnaire que le premier actionnaire de France, c’est l’état qui capte en moyenne plus de 4 milliards d’euros de dividendes par an. Ca les calme généralement.

  • quand bruno le Maire parle de stratégie; laquelle ? s’il en avait une fiable et efficace ça se saurait ses compétencesdet ses performances on les connait par coeur !
    par contre c’est une des meilleures girouettes au monde !

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don
0
Sauvegarder cet article

Par Romain Delisle. Un article de l'Iref-Europe

 

Comme nous l’avons déjà exposé, les politiques publiques actives de l’emploi (assurance-chômage non comprise donc) ne brillent pas par leur efficacité. Une situation que la crise sanitaire n’a pas substantiellement modifiée, même si les dispositifs spéciaux mis en œuvre se doivent d’être étudiés à part.

Il s’agit surtout de savoir si des conséquences pérennes pourraient s’observer sur le marché du travail et d’examiner l’impact des politiques publiques anciennes et no... Poursuivre la lecture

Fin octobre, dans la version révisée de son Projet de loi de finances pour 2022, le gouvernement annonçait les chiffres suivants pour 2021 : croissance à 6,25 %, déficit public à 8,1 % du PIB et dette publique à 115,3 % du PIB. Alors forcément, quand l’Insee a publié la semaine dernière sa première évaluation des comptes nationaux 2021, c’était la joie à Bercy. Croissance ? Un immense 7 %. Déficit ? Un tout petit 6,5 %. Dette publique ? Ramenée à 112,9 %. Du mieux partout, partout, partout !

 

Bonne nou... Poursuivre la lecture

Poser la question c’est y répondre : il n'en reste rien ou presque après 40 ans !

Mais quelles étaient ces grandes réformes structurelles du premier Président de gauche de la Ve République élu en 1981 ? Quatre réformes nous semblent emblématiques :

Les nationalisations des entreprises et des banques La retraite à 60 ans La réduction du temps de travail L’impôt sur les grandes fortunes (IGF)

 

Nous passons volontairement sur les réformes économiques conjoncturelles comme l’augmentation du SMIC de 10 %, le premier bl... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles