Loi Pacte : au secours, on privatise aujourd’hui pour nationaliser demain !

S’il se désengage de certaines entreprises, l’État serait mieux inspiré de le faire pour se désendetter.

Par Erwan Le Noan.
Un article de Trop Libre

Le gouvernement vient d’annoncer, dans le cadre du projet de loi «Pacte» qui sera présenté ce lundi en Conseil des ministres, qu’il allait se séparer de trois participations de l’État. C’est une bonne nouvelle car, comme le dit le ministre de l’Économie, « l’État n’a pas vocation à diriger des entreprises concurrentielles ». Il aurait pu ajouter : ni même de se substituer aux opérateurs privés. Or il ne l’a pas dit, et pour cause : à l’entendre, les privatisations d’aujourd’hui préparent les nationalisations de demain…

Trois entreprises c’est bien, mais c’est peu au regard du portefeuille de l’État : selon l’Insee, l’État contrôle 85 sociétés françaises et, par le biais de leurs filiales, 1 702 au total, qui emploient 778 000 salariés. En outre, l’État détient des participations minoritaires dans d’autres entreprises comme Orange ou Renault. En cédant ses parts dans ADP (50,63 % du capital), FDJ (72 %) et Engie (26,85 %), il fait un premier pas à saluer, mais timide.

D’autant que ce pas en avant a été immédiatement suivi par deux autres en arrière. Bruno Le Maire a ainsi vanté l’« État stratège », notion défendue depuis des générations pour justifier des aventures industrielles calamiteuses. Air France en serait-elle là, si l’État n’avait pas été à son capital ? EDF serait-elle empêtrée dans tant de contradictions ? La Cour des comptes, qui le décrit comme plus rapace que le CAC40, aurait-elle à dénoncer que l’État privilégie « un rendement à court terme de ses participations au détriment, potentiellement, des intérêts de long terme des entreprises » ? Les économistes Augustin Landier et David Thesmar avaient raison de placer ce slogan d’État stratège parmi les 10 idées qui coulent la France (Flammarion, 2013).

De façon classique, le ministre promet « un État capable d’inventer » et, avec l’argent de ces privatisations, « de financer les investissements dans l’innovation et les secteurs d’avenir ». Mais par quelle magie, autre que la prétention des hauts fonctionnaires, l’État serait-il en capacité de prédire l’avenir ? Il ne le peut pas, évidemment, pas plus que le secteur privé.

Avec cet argent, l’État ferait mieux de financer les services publics. Sur l’ensemble du territoire, ils dépérissent, alimentant le mal-être social, laissant prospérer le communautarisme et nourrissant le populisme.

Pire, il a des incitations à le faire moins bien : lorsqu’un comité de technocrates tire à pile ou face les secteurs qui feront notre futur, il n’engage pas sa fortune mais l’argent du contribuable ; s’il se trompe, à la différence du privé, il n’en assumera jamais aucune conséquence. Privatiser pour nationaliser des pans de recherche n’a pas de sens : c’est un peu comme un alcoolique qui lâcherait un vieil alcool pour s’enivrer avec un nouveau à la mode.

S’il se désengage de certaines entreprises, l’État serait mieux inspiré de le faire pour se désendetter. Il pourrait aussi envisager de financer des réformes d’ampleur ou en indemniser les perdants. Il pourrait surtout le faire pour financer des activités où la puissance publique est nécessaire : les services publics. Sur l’ensemble du territoire, ils dépérissent, alimentant le mal-être social, laissant prospérer le communautarisme et nourrissant le populisme. Emmanuel Macron n’en dit rien, ou pas grand-chose. La cohésion sociale et politique demande pourtant de les repenser profondément, ce qui peut passer par la mobilisation du privé1.

La mission Cap 22 y réfléchit peut-être, mais elle se fait cruellement attendre. S’il y a un sujet sur lequel l’État doit « inventer », il est là : dans sa dépense publique et l’efficience de ses dépenses sociales. Il y gaspille « un pognon de dingue ».

Sur le web

  1.  Voir Fondation croissance responsable, Public-privé : balles neuves, et Terra Nova, Pour une République des services publics