Les Républicains : les deux défauts de la stratégie politique de Laurent Wauquiez

Les républicains sous la houlette de Laurent Wauquiez entre en campagne ce week-end. Déjà, on lui reproche sa droitisation. Et si ce n’était que l’arbre que cache la forêt de la crise d’identité de la droite française ?

Par Frédéric Mas.

Ce weekend, les Républicains, sous la houlette de Laurent Wauquiez, commence une nouvelle campagne, le « printemps des républicains », par une distribution de tracts qui fait déjà parler d’elle. Titrant sur le thème « Pour que la France reste la France », les tracts sont accusés par certains observateurs de braconner sur les terres nationalistes de Marine Le Pen, bien que ses promoteurs s’en défendent. Cette micropolémique n’est qu’un épisode d’une longue série qui nous ramène toujours aux mêmes questions : où va la droite ? Quelle stratégie est-elle en train de suivre ? Sa stratégie est-elle vraiment la meilleure pour gagner ?

Depuis l’élection présidentielle, comme le Parti socialiste, Les Républicains tentent d’exister face au rouleau compresseur médiatico-politique Emmanuel Macron. Malheureusement, écartelée entre plusieurs clientèles électorales aux intérêts et aux passions divergentes, la formation peine à se positionner entre le Rassemblement national de Marine Le Pen et le parti présidentiel.

D’un côté, la demande électorale sécuritaire et identitaire n’a jamais été aussi forte. Les multiples attentats, la crise des migrants, la peur du déclassement et la situation explosive de certaines banlieues alimentent à leur manière l’insécurité culturelle de larges fractions de la population française.

Diriez-vous que vous êtes tout à fait d’accord, plutôt d’accord, plutôt pas d’accord ou pas d’accord du tout avec les phrases suivantes ? (source sondage BVA 2018)

De l’autre, l’impératif de réformer les institutions pour rendre l’économie nationale capable de générer emplois et pouvoir d’achat, tout en s’intégrant à la nouvelle donne mondiale, demeure la grande priorité des Français. Dans ce dernier domaine, force est de constater qu’aux yeux des Français, l’actuel président s’en sort bien, puisque, malgré des sondages plus ou moins bons, il semble apparaître comme un réformateur.

Pour chacun des qualificatifs suivants, diriez-vous qu’il s’applique très bien, plutôt bien, plutôt mal ou très mal à Emmanuel Macron ? (source BVA 2018)

Sur les deux tableaux, la droite modérée conduite par Laurent Wauquiez a du mal à exister, les deux créneaux étant largement occupés par l’extrême-droite et le centrisme macronien. Pire encore, face au problème, elle ne semble pas trouver le logiciel innovant qui pourrait lui permettre de se construire comme une alternative viable et identifiable dans le champ politique.

Prisonnier de la stratégie Buisson-Sarkozy

Laurent Wauquiez semble miser sur l’expérience de la présidence de Nicolas Sarkozy pour placer son produit électoral. Selon cette stratégie, largement inspirée et relayée par son ancien conseiller de l’époque Patrick Buisson, l’élection de Nicolas Sarkozy n’a pu se faire qu’en séduisant les classes populaires, plus sensibles aux enjeux liés à l’insécurité culturelle (immigration, identité) qu’à ceux purement économiques (pouvoir d’achat, chômage, emploi).

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Cette stratégie est d’autant plus plausible aux yeux des dirigeants actuels de LR que l’aile « social-libérale » ou modérée de sa formation paraît aujourd’hui perdue pour la droite. Malgré les initiatives minoritaires de Valérie Pécresse ou Virginie Calmels, Laurent Wauquiez a acté la perte de cette frange de la droite hier regroupée derrière la candidature d’Alain Juppé, désormais plus proche d’Édouard Philippe et donc de l’exécutif.

Seulement le créneau identitaire-sécuritaire est très largement occupé aujourd’hui dans le débat public, de Marine Le Pen à Florian Philippot, et on voit mal ce que la droite modérée peut apporter de plus sur le sujet. Depuis quelques mois ses ténors se font surtout remarquer en distillant slogans et remarques simplistes sur la nécessité de pénaliser les incitations à la haine de la République ou d’enfermer dans des camps de rétention les fichiers S, sans que cela ne fasse véritablement remonter leur cote de popularité.

Plus encore, en se focalisant sur l’électorat « sécuritaire », le danger est de négliger les autres franges de la population rebutées par la droitisation. LR peut se trouver dans l’incapacité d’élargir sa base électorale jusqu’à atteindre une coalition suffisamment large pour atteindre la majorité électorale. Sur ce point, la défaite de Nicolas Sarkozy devrait être autant instructive que sa victoire : l’étroite association entre Sarkozy et le discours identitaire a réussi le tour de force de mobiliser la gauche autour de la figure du pourtant très falot François Hollande.

La tactique idéologique du coucou

Comment, dès lors, différencier l’offre politique LR de celle du pas si nouveau Rassemblement national de Marine Le Pen pour ne pas trop rebuter les modérés ? Là encore, plutôt que d’innover, la droite préfère imiter, pour ne pas dire plagier, cette fois-ci, la gauche républicaine et laïque. En effet, le « printemps des républicains » de Laurent Wauquiez n’est pas sans rappeler le « printemps républicain », ce mouvement créé en 2016 par un collectif de politiques et d’intellectuels venus de la gauche.

Par sa défense vigoureuse de la laïcité, le printemps républicain est devenu l’une des principales voix en défense de l’universalisme républicain au sein d’une gauche devenue au fil des années très largement acquise aux idéaux du multiculturalisme et de la politique identitaire.

Parce que ce discours plait aussi au sein de la droite républicaine, et qu’il suscite l’ire de l’extrême-gauche identitaire, il n’est pas impossible que les stratèges actuels de LR le pensent récupérable, pour de plus ou moins bonnes raisons. Un peu à l’image de certaines sous-marques de Cola vendues chez Lidl comme du presque Coca cola, LR espère peut-être que, sur un malentendu, l’électeur confondra les deux formations.

Là encore, face au rouleau-compresseur Macron, la droite n’innove pas : sur le plan des idées, c’est ailleurs qu’elle cherche les siennes, en les imitant plus ou moins habilement.

Qu’est-ce qui coince ?

La droite a des difficultés à se repenser au niveau national pour les mêmes raisons que le Parti socialiste, et devrait sans doute étudier un peu plus attentivement ce que furent les clefs de la réussite de l’élection d’Emmanuel Macron pour en tirer les leçons, au-delà de ses talents de communication incontestables.

Premièrement, la victoire de Macron a été portée par une formation beaucoup plus légère que les partis politiques traditionnels. Alors que beaucoup d’observateurs voyaient cette situation comme un handicap au début de sa campagne en 2016, elle s’est révélée beaucoup plus flexible, voire anti-fragile au sens de Nassim Nicolas Taleb : au lieu de l’affaiblir, elle a été le lieu privilégié pour rassembler les nouveaux talents politiques et de nouvelles idées.

Fondamentalement, il a réussi l’espace d’une campagne électorale à fédérer les groupes sociaux ayant intérêt au changement politique et économique1. À l’inverse, les partis traditionnels sont aussi porteurs d’intérêts propres, ceux d’élus et de professionnels de la politique qui sont en place depuis des décennies, ce qui les rend à la fois peu sensibles aux idées neuves et à la prise de risques. Plutôt que de changer de paradigme, il y a de fortes incitations à se concentrer sur les « solutions qui marchent », ou du moins qui semblent marcher en attendant que la tempête se calme, ce qui est loin d’être évident2.

Deuxièmement, la formation du président Macron a placé son combat sur le plan des idées autant que de la communication. En choisissant de faire sauter la cloison entre la pratique politicienne et l’innovation dans le domaine intellectuel, il a mis fin à une manière très française d’envisager le débat public, avec d’un côté une classe de professionnels close sur elle-même et de l’autre les réformateurs condamnés à fréquenter les universités et les plateaux télé sans jamais vraiment être écoutés.

L’alternative libérale

Le choc Macron devrait inciter la droite à prendre les idées au sérieux et à s’interroger sur l’intelligence de son discours politique, calibré pour reproduire à l’identique la victoire de Sarkozy, alors que les circonstances ne sont plus les mêmes. Peut être pourrait-elle incarner la réforme libérale que le macronisme peine à mettre en œuvre en pratique ?

Le choc de la campagne passée, le gouvernement Macron ressemble de plus en plus à son prédécesseur : timide sur les réformes, incapable de maîtriser les dépenses publiques, dangereux en matière de liberté d’expression et servile sur le capitalisme de connivence. Il y a un travail de pédagogie politique et de vraies réformes à engager qui ne peuvent se faire qu’à l’aune du libéralisme politique authentique. C’est sans doute le seul programme authentiquement réformateur sur le marché des idées, et la droite aurait tort de le mépriser.

  1. Bien entendu, cette coalition ne durera que le temps de l’élection. L’exercice du pouvoir l’a en partie faite éclater.
  2. Notons que la flexibilité du mouvement macronien pourra se révéler être un handicap pour les élections locales. Sans implantations sur le terrain, le mouvement présidentiel pourrait se trouver balayer par des formations plus classiques de type LR ou PS. C’est sans doute aussi l’enjeu des négociations actuelles entre LREM et LR pour les élections à venir, et l’attentisme relatif des formations classiques à droite comme à gauche.