LR : Wauquiez renonce à incarner le libéralisme

Jugeant le créneau libéral occupé par Emmanuel Macron, Laurent Wauquiez fait le choix d’une synthèse conservatrice-populiste incapable de répondre aux maux dont souffre la société française.

Par Trevor Smith.

Le dimanche 10 décembre 2017, Laurent Wauquiez a écrasé la concurrence en étant élu Président du parti Les Républicains dès le premier tour, avec un score sans appel : 74,64 % des voix.

Bien que cette victoire puisse être relativisée par l’absence de concurrent de poids, Xavier Bertrand et Valérie Pécresse notamment ayant choisi de ne pas concourir, elle offre au Président de la région Auvergne-Rhône-Alpes une pleine liberté pour remodeler la droite à son idée.

Malheureusement, de liberté il n’est guère question dans le projet porté par Laurent Wauquiez : jugeant le créneau libéral occupé par Emmanuel Macron (ne vous étouffez pas), il fait le choix d’une synthèse conservatrice-populiste incapable de répondre aux maux dont souffre la société française.

Pour Laurent Wauquiez, le créneau libéral est occupé par LREM

Nathalie MP l’a récemment démontré avec brio : Laurent Wauquiez n’a pas peur des contorsions idéologiques, pourvu qu’elles lui permettent de grimper une marche de plus et de s’imposer comme la principale alternative à Emmanuel Macron en vue de l’élection présidentielle de 2022. La question qu’il peut se poser est donc : où existe-t-il le meilleur espace politique pour pouvoir se revendiquer comme premier opposant ?

Son évaluation, me semble-t-il, est que le créneau libéral est occupé par La République En Marche : par son positionnement central, la majorité présidentielle aurait réuni les électorats libéraux (comprendre : centraux) de gauche et de droite, asphyxiant ainsi une partie de la droite.

Cette dernière s’est ainsi retrouvée délestée de certains représentants réputés « libéraux » comme Bruno Le Maire ou les juppéistes, mais également d’une partie de l’électorat attachée à un minimum de sérieux économique.

De fait, en tenant certaines promesses de son programme, comme la libéralisation (très relative) du Code du travail ou la transformation de l’ISF, Emmanuel Macron met en œuvre une politique que n’aurait pas reniée le centre-droit.

Les lecteurs réguliers de Contrepoints seront à raison très dubitatifs quant au caractère libéral des politiques mises en œuvre par le Gouvernement actuel, toutefois c’est le raisonnement qui est fait, me semble-t-il, par Laurent Wauquiez.

La critique d’un Emmanuel Macron présenté comme « libéral »

C’est pourquoi il sort l’artillerie lourde concernant Emmanuel Macron, avec tous les classiques de la critique / caricature du libéralisme, de manière à lui attacher une étiquette jugé péjorative : « Ne vous trompez pas, ce Président n’est ni de droite ni de gauche, c’est le président des golden boys de la mondialisation », pérore ainsi Laurent Wauquiez.

Emmanuel Macron est le représentant de la « technocratie parisienne, cosmopolite, individualiste, inculte, consumériste, mondialiste, déracinée, anhistorique » (rien que ça !), par opposition à la (vraie) France des régions, en rajoute son nouveau Vice-Président, Guillaume Peltier.

Et le nouveau Président du parti Les Républicains de dénoncer « les ravages provoqués par l’idéologie de la concurrence », une sortie que ne répudierait pas une Marine Le Pen ou un Jean-Luc Mélenchon !

La droite abandonne les idées libérales

Les gouvernements étiquetés « de droite » des dernières décennies n’ont pas franchement brillé par leurs politiques libérales, toutefois l’UMP puis Les Républicains pouvaient toujours gagner à la comparaison avec les programmes souvent fantaisistes des dirigeants issus du Parti Socialiste.

Une nouvelle étape est cependant franchie lorsque « la jeune garde LR assume ne pas être libérale » : ainsi, Aurélien Pradié et Pierre-Henri Dumont ont-ils pu reprocher à la réforme du Code du travail de ne pas être suffisamment protectrice des salariés !

Ce faisant, ils ne détonnent pas par rapport à un Laurent Wauquiez qui, dans un portrait du journal Libération de 2005, était déjà présenté comme étant de « tendance catho social », « à rebours de l’idéologie libérale qui domine la droite sarkozyste ».

Et lorsqu’il reprend à son compte le mot « libéralisme », c’est pour opposer un « libéralisme à la française », protecteur (le sien), à un « libéralisme anglo-saxon ouvert aux quatre vents » (celui d’Emmanuel Macron). Ou encore, pour vendre « une droite qui mène une vraie politique de droite en matière économique », qui commence par… unifier / étatiser les différents régimes de retraite.

Pas grand-chose à voir, donc, avec un quelconque libéralisme, comme en atteste sa politique à la tête de la région Auvergne-Rhône-Alpes…

Le principal parti de droite rejette ainsi des idées qui étaient censées former une partie de son socle doctrinal : Virginie Calmels, en tant que libérale, risque de se sentir bien seule.

Deux erreurs et une faute

Ce faisant, Laurent Wauquiez commet une erreur sur l’électorat qui pourrait rester fidèle aux Républicains : les plus de 4 millions de votants qui ont porté François Fillon lors de la primaire de la droite et du centre il y a un an ne se sont pas évanouis dans la nature.

En dépit d’une image particulièrement écornée par les affaires mais avec un programme mâtiné d’un certain libéralisme, l’ancien Premier ministre n’était pas passé loin d’une qualification pour le second tour.

Contrairement à ce que semble penser le Président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, il existe donc un électorat libéral qui n’a pas pour autant donné sa voix (au premier tour) à Emmanuel Macron. Il représente peut-être un cinquième du pays.

Seconde erreur, Laurent Wauquiez part du principe qu’Emmanuel Macron va demeurer statique idéologiquement, alors qu’il a amplement démontré jusqu’ici sa maîtrise tactique et sa capacité à se jouer des clivages.

Le nouveau chef des Républicains cherche à enfermer le Président comme le représentant d’un mondialisme honni ? Qu’à cela ne tienne, à une Marocaine lui demandant des papiers, il répond : « Si vous n’êtes pas en danger, il faut retourner dans votre pays », reprenant à son compte une thématique identitaire et migratoire chère à Laurent Wauquiez.

Ou encore, dans le domaine de l’éducation, il laisse Jean-Michel Blanquer jouer sur la corde de la nostalgie : rétablissement du redoublement, de la dictée quotidienne, interdiction des portables, encouragement du port de l’uniforme dans les établissements, etc. En sur-jouant le retour à l’autorité après des années de laxisme à l’école, Emmanuel Macron marque facilement des points auprès de ceux que Laurent Wauquiez prétend représenter.

Maintenant que La République En Marche est bien ancrée au centre de l’échiquier politique, elle peut facilement jouer du balancier en fonction de l’avancée de la reconstruction à droite et à gauche. Il sera compliqué de se sortir de ce piège.

Enfin, le nouveau chef des Républicains commet une faute politique en faisant primer une stratégie politicienne, qui plus est erronée, sur la résolution des maux qui rongent la France. Emmanuel Macron applique un projet social-démocrate, avec une dose homéopathique de libéralisme, mais ça ne fait aucunement de lui un libéral. Une lecture régulière de Contrepoints vous en aura convaincu…

Pourtant, un vaste programme de réformes profondes, authentiquement libérales, serait indispensable pour permettre au pays de repartir de l’avant après des décennies d’étatisme qui l’ont rendu moribond. Malheureusement, la droite de Laurent Wauquiez n’incarnera pas cette alternative.