François Ruffin et le business politique du burn out

Comme Benoit Hamon pendant la campagne présidentielle, François Ruffin exploite les malades psychiques par intérêt politique.

Par Richard Guédon.

Benoit Hamon proposait, dans son programme présidentiel, de  « reconnaître le syndrome d’épuisement professionnel, dit « burn out », comme une maladie professionnelle. Grâce à cette mesure, les entreprises seront reconnues responsables de la souffrance au travail de leurs salariés ».

À son tour un député de la  France insoumise vient de déposer une proposition de loi, qui vise à « reconnaître comme maladies professionnelles les pathologies psychiques » liées au travail.

Ces propositions ont l’apparence de la vertu, mais ne sont en réalité que des opérations de communication populistes qui instrumentalisent la souffrance psychique.

La réalité du burn out est floue

Pour que le burn out soit reconnu comme maladie professionnelle, encore faudrait-il en avoir une définition claire et être sûrs que les troubles sont bien d’origine professionnelle.

Pour qu’une maladie soit reconnue comme telle il faut un consensus scientifique international basé sur des études, une définition précise, une liste de symptômes, une vision de son évolution si elle n’est pas soignée, et éventuellement un traitement. Or, les contours du phénomène connu sous le nom de burn out sont flous : quand quelqu’un développe un  « syndrome d’épuisement professionnel », nom français du burn out, cette personne s’épuise dans son travail, développe un cynisme inhabituel et, ensuite, se sent de plus en plus inefficace.

C’est un processus temporaire qui suit en général une période de stress professionnel et peut, chez les personnes prédisposées, se terminer par de vraies maladies, psychiques comme une dépression, ou physiques comme des troubles cardio-vasculaires.

Combien de patients ?

Cette imprécision explique qu’il soit très difficile de compter les gens atteints de burn out dans la population. Les études faites par recueil d’informations au niveau des médecins du travail ou des généralistes donnent des chiffres compris entre 30 000  et 100 000 personnes (Rapport de l’Académie de Médecine février 2016).

Des chiffres fantaisistes

Benoit Hamon, lui, donnait un chiffre de 3, 2 millions de personnes « qui seraient à risque de burn out » ; ce chiffre figure dans une enquête réalisée par un cabinet privé en conflit d’intérêt puisque son job est… de proposer des solutions aux entreprises dans ce domaine des risques psycho sociaux. (Étude burn out du cabinet Technologia 2014).

François Ruffin veut créer un  « nouveau tableau de maladie professionnelle permettant la reconnaissance des pathologies psychiques consécutives au syndrome d’épuisement professionnel » autrement dit le burn out.

Il estime qu’il y a chaque année « entre 200.000 et 500.000 cas de troubles psychiques liés au travail ». Il a donc divisé par 6 ou par 16 les chiffres de Benoît Hamon, ce qui donne la mesure du sérieux de ces chiffres.

La justice populaire de François Ruffin

Par rapport à Benoit Hamon, François  Ruffin franchit un palier dans le populisme,  puisqu’il verse dans la dénonciation publique :

J’ai un copain qui a été broyé par la direction de Lidl. Dans une Caisse d’Épargne de la côte d’Azur, une dame se jette sous un train avec 2 enfants, un salarié se suicide, un autre subit un accident vasculaire cérébral et ça ne produit aucun changement managérial. Les salariés comme les assurés payent pour des défaillances managériales

Comment un député de la République peut-il instrumentaliser de façon aussi cynique la souffrance d’autrui à propos de faits divers parfois vieux de 7 ans (la personne suicidée avec ses enfants) ? Comment peut-il proférer des accusations aussi graves envers des dirigeants parfaitement identifiables, sans aucune preuve de leur responsabilité ?

Et après le jugement populaire expéditif, voici le casse puisque Mr Ruffin, comme Mr Hamon, veut faire payer les grandes entreprises pour qu’elles soient « plus  bienveillantes à l’égard de leurs salariés », sans dire, bien sûr, qu’elles payent déjà puisqu’elles sont les plus gros financeurs de l’Assurance Maladie, avec près de la moitié des recettes de celle-ci.

Le nouveau management a bon dos

Là encore, outre le présupposé curieux que les entreprises sont par principe malveillantes avec leurs salariés, l’idée que les individus sont rendus malades par les nouvelles méthodes de management des grandes entreprises est une tarte à  la crème sans fondement. Le burn out n’est en effet pas réservé aux grandes entreprises mais concerne tout autant, sinon plus, la fonction publique et les travailleurs indépendants, ces derniers étant probablement les plus exposés.

Les chiffres les plus inquiétants ont été trouvés chez les médecins et les agriculteurs. Ce sont donc les professionnels indépendants, qui sont leur propre patron qui sont les plus exposés à la souffrance psychique au travail. En réalité, c’est l’isolement, pas le management, qui est dévastateur en cas de souffrance au travail.

La rencontre entre une personnalité et un environnement

Les raisons pour lesquelles on se retrouve en état d’épuisement professionnel ne sont jamais simples, au carrefour d’une trajectoire personnelle et d’un environnement au travail. On sait par exemple qu’une personne ayant déjà fait une réelle dépression présente davantage de risque de faire un burn out ; on sait aussi qu’une charge de travail excessive, une marge d’autonomie insuffisante ou une faible reconnaissance de ses efforts peuvent être délétères.

Le plus souvent on se sort du burn out

Dans la grande majorité des cas les personnes atteintes de burn out ne glissent pas vers une vraie maladie. Après une période de repos, avec le soutien des proches, une aide psychologique et l’attention du management, la reprise du travail est habituelle. Il faut alors veiller à ce que les mêmes causes, personnelles et professionnelles, ne reproduisent les mêmes effets.

Il n’est pas question de nier les difficultés psychiques au travail exprimées par de nombreuses personnes dans toutes les enquêtes et ce terme de burn out, récent et fortement médiatisé, est bien commode pour exprimer difficultés, ras le bol, exaspérations en tout genre. Mais militer pour que soit reconnu comme maladie professionnelle un état aussi flou, mal codifié, mal mesuré, qui rend compte de choses aussi différentes qu’une fatigue passagère, un ras le bol transitoire ou le début d’une dépression grave, et dont personne n’a aucune idée de ce que cela pourrait coûter est irresponsable et populiste.

Tentons la liberté plutôt que les contraintes

Pour améliorer le bien-être dans lA vie professionnelle il faut desserrer le carcan administratif et fiscal qui étrangle le monde du travail dans ce pays. On aurait une connaissance plus objective des risques psycho6sociaux et une prévention plus efficace en laissant, par exemple, les entreprises s’assurer librement auprès d’assureurs privés en matière de risques professionnels. Mais en France les entreprises ont l’obligation de s’assurer auprès de la branche « accidents du travail et maladies professionnelles » de la sécurité sociale.

Il y a mieux à faire

Un pays qui tolère que 10 000 personnes meurent chaque année en se suicidant a mieux à faire en matière de santé mentale.

Il est prouvé, par exemple, que les Thérapies Comportementales et Cognitives (TCC) sont les plus efficaces de toutes les psychothérapies. Ceci est vrai pour le burn out mais aussi pour le sevrage tabagique, la prise en charge des troubles anxieux, de la dépression, de la schizophrénie, associées ou non à des médicaments, et de certains cas d’autisme. Or, dans la plupart des cas les TCC ne sont pas remboursées et le nombre de thérapeutes très insuffisant. Voilà un bon combat pour un député.