SNCF : derrière les « résultats », la quasi-faillite

Cumulant une dette supérieure à son chiffre d’affaires malgré un total de subventions de 28 000 millions €, une situation de monopole et des facilités comptables, la SNCF est aujourd’hui une société exsangue.

Par Jean-Baptiste Boone.
Un article de l’Iref-Europe

Il y a quelques mois, la SNCF a publié ses résultats financiers 2016, évidemment repris par les journaux spécialisés. 0n pouvait lire : « SNCF a sauvé son année 2016 en maîtrisant ses coûts » dans Les Échos ou dans Le Figaro. Les articles soulignaient une année difficile mais des résultats améliorés et encourageants.

Rassurant donc, l’entreprise est bien gérée. Cependant, les papiers se terminaient parfois par une note négative, effleurant un problème concernant SNCF réseau dont la dette aurait augmenté.

Dette et déficit de SNCF réseau

Et en effet tous ces titres flatteurs ne concernaient que SNCF mobilité, laissant de côté SNCF réseau (ex RFF) qui cumule dette et déficit. De plus, la création de la Caisse autonome de Prévoyance et de Retraite du Personnel de SNCF (CPRPSNCF), le 30 juin 2007, a eu pour conséquence de dégager SNCF de ses engagements de retraite et de prévoyance.

C’est ainsi que SNCF mobilité dégage 511 millions € de résultat net, ce qui explique ces titres optimistes. D’autant plus que l’année passée s’était refermée par une perte de 2 187 millions €.

Il n’y a cependant pas de quoi pavoiser, puisqu’il ne s’agit que d’une rentabilité commerciale de 2,9%. Quant au chiffre d’affaires, à périmètre et effet de change constant, il enregistre une baisse de 1,4%. Il s’établit à 30 517 millions €.

Une situation précaire

La dette augmente de 202 millions € à 7 974 millions €, soit un gearing de 1,7 quand l’attention doit être éveillée au-dessus de 1, soit 100% de dettes rapportées aux capitaux propres. Tout cela en recevant 1 481 millions de subventions et en encaissant 138 millions de revenus de cessions. La situation n’est donc pas si brillante de ce côté-là !

Qu’en est-il chez SNCF réseau ? L’ex-RFF (de 1997 à 2014) publiait ses résultats également : ici on enregistre une perte de 157 millions tandis que la dette augmente de 2,6 milliards pour s’établir à 44,9 milliards. C’est 6,5 fois le CA et 40 fois le résultat opérationnel !

En faillite du point de vue de toute société normale

Un endettement qui a coûté 1 408 000 000 € d’intérêts en 2016. Et là aussi le CA est déclinant, de 1%. Pourtant SNCF réseau bénéficie de 1 207 millions € de subventions et elle enregistre des impôts différés à hauteur de 3,8 milliards. Enfin, cette société a des capitaux propres négatifs, à hauteur de 9,87 milliards €, ce qui est un motif de faillite pour toute société normale.

Cumulant une dette supérieure à son chiffre d’affaires malgré un total de subventions 28 000 millions €1, une situation de monopole et des facilités comptables, la SNCF est une société exsangue qui ne trouverait pas beaucoup de soutien si elle était privée. Son chemin boursier ressemblerait alors probablement à celui d’EDF ou d’AREVA, voire à celui de THOMSON.

Sur ces 44,9 milliards de dettes portées par SNCF réseau, on apprend d’ailleurs que seulement 25% en sont rapportés à la dette publique2.

Malgré toutes les restructurations ou réorganisations opérées, la SNCF est une société en faillite qui poursuit son déclin. Ce n’est pourtant pas une fatalité, de nombreuses compagnies ferroviaires réussissant à créer de la valeur, à commencer par la Deutsche Bahn ou la Central Japan Railway Company.

Cet article a été publié une première fois le 1 avril 2017.

Sur le web

  1. L’État verse à SNCF Réseau des subventions d’exploitation ainsi que des subventions d’investissement dont 26 807 milliards € en 2016 sont inscrites au bilan qui viennent compenser les capitaux propres négatifs, le reste étant des subventions d’exploitation au titre de l’année 2016.
  2. Entre les publications des comptes nationaux de mai 2013 et mai 2014, la dette des administrations publiques (APU) au sens de Maastricht est revue en raison de l’intégration de nouvelles données sources et de changements de traitements. Elle est ainsi révisée de +19,5 Md€ à la fin 2010, +21,0 Md€ fin 2011 et +21,6 Md€ fin 2012.