SNCF : comment l’État providence a rongé l’État investisseur

St Dié by Phil Richards-Repenser la SNCF(CC BY-SA 2.0)

La crise de la SNCF doit nous inviter à repenser l’organisation du service public.

Par Valéry Denis.

Certes, revenir sur l’avantageux statut des cheminots contribuera à créer les conditions d’un management plus efficace et donc à réduire les coûts d’exploitation de la SNCF.

La dégradation du service et du réseau de la SNCF

Mais, cela ne résoudra pas tout. La dégradation du service de la SNCF, que chaque Français constate depuis plusieurs années, a également pour cause le mauvais état du réseau ferré et la vétusté du matériel roulant.

Depuis des années, le réseau dit secondaire a été négligé par la SNCF et par l’État. Rendre le choix du « tout TGV » responsable de cette situation est commode mais cela reviendrait à admettre que notre pays ne peut se doter à la fois d’un réseau de lignes à grande vitesse et d’un réseau secondaire. Étrange résignation si l’on constate le haut niveau des dépenses publiques en France et la capacité d’autres pays à y parvenir.

La faillite de l’État investisseur

En fait, la crise que traverse la SNCF révèle la faillite de l’État investisseur, de l’État qui, grâce aux impôts des Français, finance des équipements structurants (lignes ferrées, autoroutes, routes, canaux, ports, aéroports, universités, hôpitaux, prisons…) indispensables à son développement.

Depuis une trentaine d’années, l’État a sacrifié les investissements au profit des dépenses de fonctionnement, et en particulier des dépenses sociales qui sont passées de 14% du PIB en 1959, à 24% en 1980, pour culminer à plus de 33% aujourd’hui, contre 22 % dans les autres pays de l’OCDE. En volume, les dépenses sociales s’élèvent aujourd’hui à 700 Md€ tandis que l’investissement public s’élève à 76 Md€ (dont 60% environ par les collectivités locales qui n’ont pas vocation à financer des voies ferrées ou des autoroutes).

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En quelques décennies, lentement mais sûrement, l’État providence a rongé l’État investisseur. Au début, ce processus fut indolore ; l’entretien d’un pont ou d’une voie ferrée peut être reporté d’une année ou deux sans que cela ne se voie trop. Mais aujourd’hui, la négligence est tangible et prend des formes diverses et très concrètes : retards chroniques à la SNCF, sous-équipement des armées et la police, vétusté des universités, pénurie de places de prison ou incapacité (souvent par manque de matériel) d’affronter un épisode neigeux comme cette nuit encore.

Repenser la SNCF

La crise de la SNCF doit nous inviter à repenser l’organisation du service public (sur le modèle de ce qui a été fait à la Poste), mais aussi et surtout à repenser la dépense publique, son volume et son allocation.

L’hypertrophie d’un État providence incapable de repenser la solidarité est aujourd’hui devenu un handicap. Handicap pour les entreprises qui paient une partie des charges sociales. Handicap pour les ménages qui paient une autre partie de ces charges (cf. la hausse de la CSG). Handicap enfin pour l’État qui, malgré un niveau exceptionnel de dépenses publiques (57% du PIB, contre 44 en Allemagne), se trouve dans l’incapacité d’assumer son rôle d’investisseur et donc de préparer l’avenir.