Et si vous faisiez la grève du Livret A ?

Le Livret A finance la gabegie de l’État. De plus, il sert des taux d’intérêt réels négatifs. Cependant, vous pouvez retrouver du rendement avec un risque acceptable.

Par Simone Wapler.

Le calme est revenu sur les marchés financiers. Cela permet de parler de choses plus utiles et concrètes que le XIV. Vous savez, ce produit structuré négocié qui spécule sur l’inverse de la volatilité (VIX) et qui a donné des sueurs froides au Crédit Suisse.

Ces choses plus utiles et concrètes sont votre argent, ce que vous choisissez de financer et le rapport rendement risque.

Quand nous mettons de l’argent de côté, c’est en général pour faire face à un imprévu – épargne dite de précaution. Ou bien pour financer un projet futur. En général, quand on est Français, le support choisi est le Livret A.

L’argent déposé est rémunéré à 0,75% par an. Et ce taux sera maintenu jusqu’en 2020. Le montant maximal est de 22 950 €. Dans son immense générosité, l’État vous dispense d’impôts sur les généreux intérêts versés. Cela représente 172 € par an si vous êtes au plafond. La belle affaire.

Une double punition en tant qu’épargnant et en tant que contribuable

Dans le même temps, l’inflation estimée en 2018 sera de 1,1%. Donc votre argent aura  perdu (1,1- 0,75 = 0,35) de son pouvoir d’achat, soit 80€. Votre épargne est punie au lieu d’être récompensée. Comme vous le savez, c’est le résultat de la politique de taux bas voulue par la Banque centrale européenne et les États faibles de la Zone euro. Il faut sauver les banques, les entreprises et les gouvernements dépensiers. Vous savez, ces zombies financiers incapables d’honorer les intérêts de leur dette si les taux étaient à des niveaux normaux (historiquement, de l’ordre de 4%).

C’est une punition, mais au risque de vous choquer, je dirai que c’est une punition méritée.

Livret A : votre argent sert à financer des futures sources de coût pour le contribuable

Lorsque vous déposez de l’argent sur un Livret A, ou le Livret de développement durable et solidaire, vous mettez votre argent au service de la gabegie des finances publiques. Surtout, vous lui permettez de durer ! Ces deux placements cumulaient 376 Mds€ en 2017.

Le Livret A finance le logement social : offices publics d’aménagement et de construction (OPAC), offices publics de l’habitat (OPH), entreprises sociales pour l’habitat (ESH). Au lieu d’être au service des forces vives de l’économie (les entreprises), votre argent sert à financer des futures sources de coût pour le contribuable.

Évidemment, on vous fait miroiter la sécurité incomparable de ces livrets. C’est l’État, vous serez toujours remboursé. Zéro risque vaut bien de payer un peu (puisque le rendement est négatif) ? Non. Certainement pas. Vous feriez mieux de mettre 22 950 € dans une enveloppe au coffre. Finalement, cela coûterait moins cher à la partie de vous-même qui est un contribuable que de confier votre argent à la Parasitocratie.

Mais il existe une porte dérobée…

Alors, pour retrouver du rendement, il faut évidemment faire un petit effort. Mais pas si considérable que cela.

Emmanuel Macron tient des discours grandiloquents sur le fait d’aider les entreprises. Mais, en général, les entrepreneurs ne sollicitent pas d’aides. Ils ont besoin :

  • qu’on ne leur mette pas de bâtons dans les roues (moins de paperasse, de règlements, de barrières administratives…) ;
  • de financer leurs projets de façon fluide et facile.

Sur les sites de financement participatif, vous pouvez prêter en direct à des entreprises qui ont des clients, un chiffre d’affaires, des bénéfices et cherchent de l’argent pour des projets de développement.

C’est risqué ? Moins que ce que vous pensez…

Aujourd’hui, si vous prêtez à l’État grec pour 10 ans, vous serez rémunéré à 4,30%. En Italie, vous toucherez 2,06%. Ce sont deux pays si fortement endettés qu’ils sont incapables de faire face à une hausse des taux d’intérêt, tout comme la France d’ailleurs.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les prêts aux entreprises matures ne sont pas si risqués que cela – à condition de respecter la règle de diversification « pas tout vos oeufs dans le même panier ».

Vous devez également veiller, en plus des habituels critères comptables, que l’entrepreneur soit lui-même « mouillé » et exposé au risque. Il ne suffit pas d’avoir une récompense lorsque tout va bien, il faut aussi avoir une punition lorsque tout va mal.

Alors, pensez vous aussi à vous mettre en grève du Livret A. Le ratio risque-rendement de l’économie réelle est meilleur que vous ne le pensez. À l’opposé, le ratio risque-rendement des entreprises zombies incapables de supporter une remontée des taux longs est bien plus mauvais que vous le pensez.

Pour plus d’informations, c’est ici