Le Livret A ou l’archaïsme de l’épargne administrée

Faut-il s’étonner de la faiblesse de la croissance française alors que notre économie est paralysée par l’omniprésence de l’État ?

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Le Livret A ou l’archaïsme de l’épargne administrée

Publié le 13 décembre 2015
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Par Jean-Yves Naudet

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tirelires by Lilly Darma (CC BY-SA 2.0)

 

Pour le huitième mois d’affilée, les retraits ont dépassé les dépôts sur le livret A, pourtant réputé la forme préférée d’épargne liquide des Français. Le faible taux de rémunération (0,75%), fixé arbitrairement, n’est pas la seule cause de ce désamour. Les Français découvriraient-ils que le livret A est un archaïsme, celui de l’épargne administrée, dont le but est de détourner l’épargne des investissements productifs, au profit de priorités étatiques improductives, aussi arbitraires que le taux de rémunération ?

Recul des dépôts, recul des taux

Les Français semblaient attachés au Livret A : une épargne liquide, ancrée dans les habitudes (il existe depuis 1818), désormais disponible dans toutes les banques et plus seulement à la Caisse d’épargne ou à la Banque Postale, non soumise à l’impôt, ni aux prélèvements sociaux. Presque tous les Français disposent d’un livret A (plus de 61 millions de comptes) ou de son équivalent comme le Livret Bleu du Crédit Mutuel. Pourtant, depuis des mois, les comportements changent et les retraits l’emportent désormais sur les dépôts : 2,38 milliards de moins en septembre, 2,29 en octobre, 8,50 milliards de moins sur les dix premiers mois de l’année, plus que le recul de tout 2014 (6,13 milliards). Certes, il restait encore 254,5 milliards sur ces livrets fin octobre 2015, mais le recul est indiscutable.

Une des explications vient de la baisse du taux de rémunération, 2,25% en août 2011, 1,75% en février 2013, 1,25% en août 2013, 1% en août 2014, 0,75% aujourd’hui, depuis août 2015. Certes, il s’agit du taux nominal, qui doit être comparé à l’inflation, mais celle-ci ne reflète pas la réalité, car il faudrait y ajouter la hausse des prélèvements obligatoires, qui pèse sur le pouvoir d’achat. En réalité, le problème n’est pas de savoir si le taux est faible ou élevé, mais s’il correspond à la réalité des marchés : est-il fixé librement ou non ? En effet, le taux d’intérêt est un prix, sur les marchés des capitaux, comme le salaire est le prix du travail ou comme le prix d’une marchandise. Un prix n’est pas en soi élevé ou non, il correspond à la réalité des offres et des demandes s’il est libre et il devient un « faux prix », au sens de Jacques Rueff, s’il est fixé arbitrairement.

Un mode de calcul du taux arbitraire

Le Livret A fait partie de l’épargne administrée, contrôlée par les pouvoirs publics. Les modes de calculs ont changé, mais la formule est toujours bureaucratique, et le taux fixé s’impose à toutes les banques. Depuis le 1er février 2008, la formule retenue a de quoi laisser rêveurs les Français, pourtant habitués à la « créativité » des énarques. En effet, le taux est égal, après arrondi au quart de point le plus proche ou à défaut au quart de point supérieur, au chiffre le plus élevé entre 1) la moyenne arithmétique entre, d’une part, la moitié de la somme de la moyenne mensuelle de L’Euribor 3 mois et de la moyenne mensuelle de l’Eonia (exprimées avec deux décimales) et, d’autre part, l’inflation en France mesurée par la variation sur les douze derniers mois connus de l’indice INSEE des prix à la consommation de l’ensemble des ménages hors tabac (exprimé avec une décimale) et 2) l’inflation majorée d’un quart de point.

C’est avec ce genre de formule que l’on voit que l’administration française n’a plus d’équivalent dans le monde depuis la chute du système soviétique. Mais le plus extraordinaire n’est pas dans la formule, mais dans le fait que le Gouverneur de la Banque de France fait alors une proposition au gouvernement, qui décide d’appliquer ou non la formule. C’est ce qui s’est passé pour les dernières fixations. Non seulement une formule arbitraire a été choisie, mais le Gouvernement fait in fine ce qu’il veut ! Le taux est donc un « faux prix » déconnecté des réalités.

Un détournement de l’épargne des Français

Si les Français sont sensibles au taux, il y a derrière le Livret A quelque chose d’encore plus arbitraire. Dans une économie de marché, quand un organisme financier reçoit l’épargne des ménages, il s’en sert pour financer des crédits correspondant aux besoins de l’activité économique et notamment les investissements productifs rentables. Avec le Livret A, rien de tel. L’essentiel des dépôts (65% aujourd’hui et il en va de même pour le LDD, Livret de Développement Durable) doit aller à la Caisse des Dépôts et Consignations, le plus gros établissement financier public. L’épargne est donc détournée de la finalité que lui donneraient les signaux d’un marché libre.

La CDC se finance ainsi à un taux très bas, sur le dos des banques, qui ne reçoivent qu’un faible commissionnement au titre de la distribution du Livret A. Dans quel but ? Pour financer le logement social (HLM) et des crédits accordés aux collectivités locales. Il y a donc un détournement de l’épargne des Français vers les priorités fixées arbitrairement par la puissance publique, financées à des taux privilégiés, sur le dos des épargnants. On comprend mieux pourquoi François Hollande avait souhaité, dans ses promesses de campagne, augmenter le plafond des dépôts du Livret A : pour booster encore cette épargne, captée par la CDC. Système doublement pervers : de faux taux d’intérêt finançant des projets bureaucratiquement déterminés, ce qui cache le coût réel de l’opération.

Un mode archaïque d’épargne administrée, aux effets pervers

Si les Français se détournent du Livret A, en dehors des considérations économiques générales influençant le montant de l’épargne (poids des impôts ou volonté de maintenir la consommation alors que le pouvoir d‘achat recule), c’est en partie en raison des taux de 1%, puis de 0,75%, parfaitement arbitraires. Mais ils devraient réaliser que le problème est plus profond : la France a conservé un système totalement archaïque d’épargne administrée, qui exerce des effets pervers sur le financement de l’économie. L’économie française subit là un lourd handicap, qui s’ajoute à bien d’autres, comme le poids des prélèvements obligatoires ou la lourdeur du Code du travail. Faut-il s’étonner des faiblesses de l’économie française en matière de croissance ou d’emploi, alors que notre économie est paralysée par l’omniprésence de l’État et des réglementations arbitraires, dont le Livret A n’est qu’un exemple ?

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  • Les livrets bancaires ne sont pas plus intéressants que le livret A.

    Pourquoi ?
    1/ Tenant compte des prélèvements obligatoires leurs taux diminuent presque de moitié.
    2/ Ils n’ont pas de taux garanties mais des taux variables indexés sur des indices forts peu clairs pour le commun des mortels.

    Au final, votre livret bancaire vous rapporte potentiellement 3 bananes de plus, ou de moins, pour un risque bien plus important. Conclusion, vue la médiocrité de l’offre bancaire et le racket des autorités, autant rester sur le livret A ou partir à l’étranger.

  • Cher auteur vous avez dit « un détournement de l’épargne des français ». J’y ajouterais un abus de confiance des français.
    La France produit des princes « républicains » qui savent faire la guerre sans faire prendre trop de risques à nos militaires; des princes qui savent, à l’occasion, avoir le sens de la mise en scène dans des réunions internationales…
    Mais les princes « républicains » – de gauche et de droite – se montrent incapables de promouvoir une politique économique orientée vers le développement industriel avec tout ce que cela comporte de promotion des PME et PMI et, tout ce que cela comporte de conditionnement de nos outils éducatifs – apprentissage, instituts technologiques, écoles d’ingénieurs etc… – pour occuper les emplois qui pourraient être générés par une telle politique industrielle.
    Notre système éducatif est orienté vers la production de fonctionnaires et de demandeurs d’emplois.
    Dans ce contexte constituant « l’exception française » l’essentiel de l’épargne des français sert essentiellement à assurer le train de vie des rouages de la « république » et à payer les intérêts de la dette.
    Dans ce même contexte, la planche de salut des princes « républicains » consiste à augmenter sans arrêt les prélèvements fiscaux et sociaux pour faire de la France un pays en voie de sous développement !!.

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