Police : besoin d’un recentrage pour améliorer sa santé

French Police by Bob White (CC BY-NC-ND 2.0) — Bob White, CC-BY

OPINION : il faut offrir à la police les moyens d’accomplir sa mission de prévention et son rôle de dissuasion.

Par Laurent Sailly.

En fin de semaine dernière 150 agents sur 350 étaient en arrêt maladie dans les compagnies de sécurisation des manifestations.

Les grèves des policiers se sont multipliées ces dernières années alors que le nombre de manifestations en France a connu une augmentation importante et par conséquent que la pression sur les forces de l’ordre s’est également accrue.

Héros en 2015 suite aux attentats terroristes, zéros depuis 2019 avec les manifestations des Gilets jaunes, depuis 6 ans la police fait le yoyo dans le cœur des Français.

Burn-out et suicides dans la police, au-delà des chiffres

Journées décalées, rappels à répétition pendant les jours de congés, désordres dans le commandement, lieux de travail vétustes, moyens matériels inadaptés, absence de soutien de la hiérarchie, heures supplémentaires non payées et nouvelles contraintes régulières au nom du « pas de bavure » au risque de mettre les policiers en danger, 150 agents sur les 350 chargés de sécuriser les manifestations à Paris se sont déclarés en arrêt maladie pour cause de burn-out relate France Bleu.

Mais le malaise policier n’est pas que parisien.

En 2018, année où 35 policiers et 33 gendarmes se sont donné la mort, le Sénat a publié un rapport sur cette problématique. Le texte faisait le constat inquiétant d’un taux de suicide anormalement élevé chez ces professionnels dont le moral est en berne. Le document fait notamment état d’un taux de suicide dans la police supérieur de 36 % à celui de la population générale et des risques psychosociaux avérés.

L’insécurité n’est pas qu’un sentiment

Selon le service statistique de la place Beauvau, les homicides ont augmenté de 175 % en 10 ans, +249 % de coups et blessures depuis 1996 et +136 % des violences sexuelles.

Parallèlement, la lourdeur de la procédure pénale a pesé ces dernières années au point qu’un rapport sénatorial dénonce ainsi des comptes-rendus dont la rédaction est souvent trois à quatre fois plus longue que l’intervention elle-même. Il faut aussi ajouter les gardes statiques devant les ministères qui pourraient être confiées à des sociétés privées.

L’État a troqué ses missions de sécurité pour des missions de répression

Parce que l’État assure notre sécurité, la première des libertés, le citoyen accepte de payer des impôts. Nos dirigeants ont oublié que le régalien est la seule raison d’être de l’État ! La garantie de la sécurité a été remplacée par la négation des libertés. À l’État sécuritaire s’est substitué un État répressif, l’État régalien a ainsi cédé la place à un État de compassion.

À cette déliquescence du régalien s’ajoute un flicage de plus en plus fort de la vie quotidienne. En matière de santé, la répression est privilégiée. En matière de sécurité, on favorise les rapports, les tables rondes, les consensus. Ces choix éloignent les citoyens de ceux en charge de leur sécurité.

Il faut offrir aux forces de l’ordre les moyens d’accomplir leur mission de prévention et leur rôle de dissuasion d’une part par une augmentation des effectifs et du matériel disponible et d’autre part par une simplification de la procédure pénale. Le prochain président devra, pour reprendre une expression d’Agnès Verdier-Molinié, programmer « un budget de la sécurité à la hauteur des périls. »

 

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