Le burn out, maladie professionnelle ? La fausse bonne idée de Benoît Hamon

Le « burn out », reconnu comme maladie professionnelle ? Cette proposition de Benoît Hamon est démagogique et irresponsable.

Par Richard Guédon.

Benoit Hamon propose, dans son programme présidentiel, de

reconnaître le syndrome d’épuisement professionnel, dit « burn out », comme une maladie professionnelle. Grâce à cette mesure, les entreprises seront reconnues responsables de la souffrance au travail de leurs salariés.

Cette proposition a l’apparence du bon sens, mais ce n’est qu’une déclaration populiste et voici pourquoi.

La maladie « professionnelle » est d’abord une « maladie »

Pour qu’une maladie soit reconnue comme ayant une origine professionnelle encore faut-il qu’elle soit connue comme étant une maladie. Aucune des nombreuses équipes scientifiques et instances réglementaires en France, en Europe ou dans le monde, qui ont travaillé sur le burn out ne l’ont mis dans la catégorie des « maladies ».

Aujourd’hui,  pour qu’une maladie soit reconnue comme telle il faut un consensus scientifique international s’appuyant sur des études, une définition précise, une liste de symptômes, une vision de son évolution si elle n’est pas soignée, et éventuellement un traitement.

Or les contours du phénomène connu sous le nom de burn out sont flous : quand quelqu’un développe un  « syndrome d’épuisement professionnel », nom français du burn out, cette personne s’épuise dans son travail, développe un cynisme inhabituel et, ensuite, se sent de plus en plus inefficace.  C’est un processus temporaire qui suit en général une période de stress professionnel et peut, parfois, se terminer par de vraies maladies, psychiques comme une dépression, ou physiques comme des troubles cardio-vasculaires.

Un nombre de cas difficile à évaluer

Cette imprécision explique qu’il soit très difficile de compter les gens atteints de burn out dans la population. Les études faites par recueil d’informations au niveau des médecins du travail ou des généralistes donnent des chiffres compris entre 30 000  et 100 000 personnes (Rapport de l’Académie de Médecine février 2016).

M. Hamon, lui, donne un chiffre de 3,2 millions de personnes « qui seraient à risque de burn out » qui figure dans une enquête réalisée par un cabinet privé dont le travail est… de proposer des solutions aux entreprises dans ce domaine des risques psycho sociaux (étude « burn out » du cabinet Technologia 2014). Non seulement les contours du burn out sont flous mais M. Hamon compte à partir d’une idée encore plus floue, « les risques de burn out » !

Les entreprises doivent payer pour le burn out

Dans une émission de télévision récente, M. Hamon a déclaré,  parlant du burn out, qu’il fallait

faire payer les grandes entreprises pour qu’elles soient plus  bienveillantes à l’égard de leurs salariés.

Là encore, outre le présupposé curieux que les entreprises sont par principe malveillantes avec leurs salariés, l’idée que les gens sont rendus malades par les nouvelles méthodes de management des grandes entreprises est un lieu commun qui ne s’appuie sur aucune analyse sérieuse.

Le burn out n’est pas réservé aux grandes entreprises mais concerne tout autant, sinon plus, la fonction publique et les travailleurs indépendants, ces derniers étant probablement les plus exposés. Les chiffres les plus inquiétants sur ce sujet ont même été trouvés chez les… agriculteurs, dans l’étude même à laquelle se réfère M. Hamon.

Le burn out n’entraîne pas forcément une maladie

En réalité, les raisons pour lesquelles on se retrouve en état d’épuisement professionnel ne sont jamais simples, au carrefour d’une trajectoire personnelle et d’un environnement au travail. On sait par exemple qu’une personne ayant déjà fait une dépression vraie a plus de risque de faire un burn out ; on sait aussi qu’une charge de travail excessive, une marge d’autonomie insuffisante ou une faible reconnaissance de ses efforts peuvent être délétères.

Dans la grande majorité des cas, les personnes atteintes de burn out ne glissent pas vers une « vraie » maladie. Après un repos de quelques semaines, avec le soutien des proches et éventuellement une aide psychologique, la reprise du travail est habituelle. Il faut alors veiller à ce que les mêmes causes, personnelles et professionnelles, ne reproduisent les mêmes effets.

Un classement en maladie irresponsable

Il n’est pas question de nier les difficultés psychiques au travail exprimées par de nombreuses personnes dans toutes les enquêtes et ce mot de « burn out », récent et fortement médiatisé, est bien commode pour exprimer difficultés, ras-le-bol, exaspérations en tout genre.

Mais militer pour que soit reconnu comme maladie professionnelle un état aussi flou, mal codifié, mal mesuré, qui rend compte de choses aussi différentes qu’une fatigue passagère, un ras-le-bol transitoire ou le début d’une dépression grave, et dont personne n’a aucune idée de ce que cela pourrait coûter est irresponsable et populiste.

La liberté plutôt que les contraintes

Pour améliorer le bien-être des gens dans leur vie professionnelle, il faut desserrer le carcan administratif et fiscal qui étrangle le monde du travail dans ce pays.

On aurait une connaissance plus objective des risques psycho-sociaux et une prévention plus efficace en laissant, par exemple, les entreprises s’assurer librement auprès d’assureurs privés en matière de risques professionnels. Mais, en France, les entreprises ont l’obligation de s’assurer auprès de la branche « accidents du travail et maladies professionnelles » de la Sécurité sociale.

Militer contre ce monopole serait sans doute beaucoup plus efficace, à terme, pour diminuer les risques psycho-sociaux, qu’une mesure de reconnaissance du burn out comme maladie professionnelle qui n’est rien de plus qu’une opération de communication.

Un pays qui tolère que 10 000 personnes meurent chaque année en se suicidant a mieux à faire en matière de santé mentale.