Rapport Mathiot : la victoire du pédagogisme

Réforme du Bac : le pédagogisme entériné et défendu par le rapport Mathiot va finir de détruire une école qui prend l’eau de toute part.

Par André Najac.

Pierre Mathiot a remis au ministre de l’Éducation nationale son rapport sur la réforme du bac et du lycée. Le ministre devrait annoncer sa réforme le 14 février, afin qu’elle entre en vigueur dès la rentrée 2018.

Ce rapport consacre la victoire du pédagogisme et tout laisse à penser que le ministre le suivra. Ce n’est pas la réforme Blanquer a proprement dit. Toute autre personne qui aurait été ministre à la place de Jean-Michel Blanquer aurait proposé peu ou prou la même réforme.

Najat Vallaud-Belkacem voulait elle aussi réformer le lycée, après le collège, et les pistes qu’elle avait évoquées recouvraient celles annoncées par le rapport Mathiot. Les idées énoncées étaient en cours depuis longtemps dans les couloirs de l’Éducation nationale. Cela démontre que le ministre, quel qu’il soit, n’a pas de réel pouvoir sur l’état profond de l’Éducation nationale.

La dernière grande réforme du lycée date de la rentrée 2011 (Seconde) et sa mise en place a pris fin à la rentrée 2013 (avec les Terminales). Cinq ans plus tard, et alors que cette réforme est à peine digérée, une autre est proposée. On peut d’ores et déjà parier que celui qui sera à la tête du ministère dans cinq ans proposera lui aussi « un nouveau lycée ».

Tout changer pour ne rien changer

Le but de la mission Mathiot était de proposer des pistes de réformes pour le baccalauréat. Mais toucher au bac implique nécessairement de toucher au lycée. Ce que dénonçait déjà Frédéric Bastiat : celui qui contrôle l’examen terminal contrôle l’enseignement qui y conduit. Or, où est le problème ?

Dans le fait que l’université n’a toujours pas le droit de sélectionner à son entrée et que, de ce fait, seuls 30% des étudiants passent de la L1 à la L2. Alain Devaquet, décédé cette semaine, avait tenté d’autoriser les universités à sélectionner. C’était en 1986.

Sur Twitter, Jean-Michel Blanquer a eu un hommage pour le moins étrange : « Lire ou relire L’Amibe et l’étudiant. Alain Devaquet était un grand universitaire et un honnête homme à la recherche de l’intérêt général ». Pas un mot sur sa réforme, alors que Valérie Pécresse et Luc Chatel l’ont défendue : « Il défendit trop tôt une réforme qui aurait changé le visage de l’université française » et « Hommage à Alain Devaquet qui avait eu raison trop tôt. Fier a posteriori d’avoir soutenu son projet de réforme de l’université en 1986… ».

À partir du moment où le gouvernement refuse que les universités puissent sélectionner à l’entrée de la L1, toute réforme du bac, donc du lycée, ne peut que manquer son but.

On va donc changer le lycée pour donner l’illusion d’avoir fait une réforme alors que le problème de fond, l’autonomie des universités, n’est pas tranché. La réforme de 2007 portée par François Fillon et Valérie Pécresse va dans ce sens, mais depuis dix ans plus rien n’a été fait et, visiblement, ce gouvernement ne semble pas intéressé à faire quelque chose.

Les grandes lignes du rapport Mathiot

Le rapport propose de supprimer les séries générales (L, ES, S) pour les remplacer par des mineures et des majeures : neuf majeures au total dont lettres-langues, sciences économiques-histoire, mathématiques-physique, etc. On voit bien ici que c’est supprimer les séries pour les recréer sous une autre forme. C’est revenir aux anciennes dénominations du bac : A, B, C, D… Comme pour le passage d’APB à Parcoursup, on repeint la forme, mais on ne change pas le fond.

Les vrais changements interviennent dans l’organisation du cours : des semestres plutôt que des trimestres, comme à l’université. Des majeures et des mineures. Avec 15h pour six matières dans le tronc commun, cela représente 2h30 par matière. Il faudra donc compléter par les mineures, mais sur quelle base ?

Les disciplines sont fusionnées pour donner un ensemble informe : physique-sciences de la vie et de la terre, mathématiques-informatiques, lettres-langues. Le but non avoué est de pallier les difficultés de recrutement. Des professeurs d’informatique pourront ainsi enseigner les mathématiques et des biologistes faire des cours de physique. C’est là que le pédagogisme s’introduit de façon massive au lycée.

Cela va induire des niveaux de classe très disparates, avec des professeurs qui maîtrisent plus ou moins la discipline allouée. La seule solution sera donc d’appliquer la classe inversée, largement promue par les textes officiels et les inspecteurs.

Dans la classe inversée, l’élève construit son savoir, va chercher ses informations, perd son temps sur l’ordinateur et les sites de ressources en ligne. La classe inversée est le nouveau nom du pédagogisme. C’est la mort du professeur qui devient, selon les termes officiels, un « enseignant-leader-manager guide, qui coache, manage et anime des communautés d’apprentissage ».

On retrouve là les méthodes typiques de l’Éducation nationale : agir par la contrainte et la violence et ne laisser aucune liberté aux professeurs. Le rapport parle toutefois d’autonomie régulée, qui est à la liberté scolaire ce que les démocraties populaires étaient à la liberté politique.

La réforme du bac : le grand saut

Pour le bac, il reste deux épreuves de français en Première. Mais, en Terminale, quatre épreuves finales : philosophie et un oral en juin, et deux épreuves écrites sur les majeures en avril. Cette dernière proposition est typique d’une personne qui n’a jamais mis les pieds dans une classe, illustration parfaite du pédagogisme.

Le rapport Mathiot souhaite qu’il y ait deux épreuves en avril pour que les notes soient inscrites dans Parcoursup. À quoi bon puisque les universités ne peuvent pas sélectionner ? Quant aux prépas et aux filières sélectives, elles ont déjà fait leurs choix en mars, sur la base des notes de Première et de Terminale.

Surtout, si les épreuves ont lieu en avril, cela signifie qu’il faut avoir terminé le programme en avril. Belle contradiction pour un ministère qui voulait reconquérir le mois de juin ! Et si le programme est terminé en avril, que fait-on entre avril et juin ? Il est difficile de croire que les élèves viendront en cours.

Autre incohérence : le vrai faux contrôle continu. Il est proposé un contrôle continu pour les épreuves qui ne sont pas passées en contrôle final. On entend déjà les cris effrayés de ceux qui vont dire que cela crée des inégalités entre les établissements. C’est déjà le cas puisque les filières sélectives recrutent sur les bulletins scolaires.

Qui croit encore que tous les établissements se valent ? Sûrement pas les ministres de l’Éducation nationale qui tous, sans exception, ont inscrit leurs enfants dans des écoles privées. Pour éviter les critiques sur le contrôle continu, le rapport Mathiot propose d’organiser des partiels lors de semaines banalisées, avec des sujets nationaux et des corrections anonymes.

Une vraie usine à gaz ! Cela signifie que les professeurs devront tous aller au même rythme pour être exactement au même point du programme lors de ces partiels. Le ministre nous annonçait plus de liberté et d’autonomie, nous avons plus de rigidité et de contraintes.

La nouveauté du bac est le passage d’un oral de trente minutes, sur le modèle des TPE (Travaux personnels encadrés). C’est une épreuve floue, probablement aussi utile et intéressante que le sont les TPE. Si vous voulez savoir ce que sont les TPE, interrogez des élèves qui les ont passés et observez leur réaction ; vous ne serez pas déçu.

Il est proposé que le jury soit composé de trois personnes : deux professeurs et une personne extérieure à l’Éducation nationale. Ces personnes invitées vont ainsi découvrir la supercherie de ces épreuves et elles risquent d’être surprises. Je fais le pari que la préparation de l’oral sera faite après les épreuves écrites d’avril, afin d’occuper les lycéens. Plus que jamais, le métier de professeur est transformé en grande nurserie.

Diminuer le nombre de professeurs pour sauver le radeau

Le point le plus intéressant figure dans les non-dits. Le rapport Mathiot entérine une baisse des horaires de 2 à 3 heures par semaine, ce qui représente une suppression de 20 000 postes d’enseignants. Le passage à la semestrialisation va obliger à annualiser le temps de travail, donc à faire travailler davantage les professeurs, pour un salaire équivalent.

Cette suppression des postes est essentielle, car l’Éducation nationale n’arrive plus à recruter. C’est donc une manière habile d’apporter une rustine sur l’hémorragie de professeurs et de tenter de combler les trous. Cela marchera quelques années, mais ils n’y arriveront pas. Devoir travailler plus en étant payé moins va réduire l’attractivité d’un métier déjà disqualifié, et donc accroître le manque de professeurs.

Jean-Michel Blanquer a proposé de recruter les professeurs dès la licence, en leur faisant faire leur master au sein de l’Éducation nationale. C’est une tentative désespérée pour attirer des personnels. Mais les gens qui viendront seront encore moins formés et moins compétents que leurs prédécesseurs : le niveau ne risque pas de monter.

Le pédagogisme entériné et défendu par le rapport Mathiot va finir de détruire une école qui prend l’eau de toute part. Le choix de modules que les élèves pourront choisir tous les six mois va émietter et désagréger les savoirs. Les cours vont se réduire à de courtes séquences de travail en groupe, avec un étudiant sorti de licence chargé d’animer la classe, conformément aux préconisations de certains textes officiels.

Seule l’acquisition de compétences sera contrôlée, en des termes tellement flous que tous les élèves pourront les acquérir. Fini donc la baisse du niveau, les redoublements et les échecs. On pourra présenter un beau tableau, quand la réalité sera désastreuse.

Ce qu’il faut faire

Que faut-il faire alors ? Autoriser les universités à sélectionner, supprimer le monopole de la collation des grades, devenu obsolète avec les accords de Bologne et supprimer le baccalauréat. C’est-à-dire libérer l’école. Non pas une autonomie régulée, mais une complète et totale liberté scolaire.

Ensuite, établir le chèque éducation pour favoriser la création d’écoles libres et indépendantes. De toute façon, compte tenu de ses grandes difficultés à recruter, l’Éducation nationale n’en a plus que pour quelques années à vivre, et le rapport Mathiot ne fait rien pour enrayer la chute. C’est la seule bonne nouvelle de ce rapport.