1917, la Révolution russe

Un excellent documentaire, très instructif, de Paul Jenkins, en 2007, nous permettait de redécouvrir les événements de la Révolution russe de 1917, replongée dans son contexte historique.

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1917, la Révolution russe

Publié le 11 novembre 2017
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C’est la lecture de l’article de Nathalie MP sur la Révolution d’Octobre ou la négation de l’individu, ainsi que les analyses de Gérard-Michel Thermeau ou de l’Octobre Rouge de Philippe Fabry, entre autres,  qui m’ont fait repenser à ce documentaire que j’avais été heureux de découvrir ces dernières années. L’occasion d’apporter aussi ma petite contribution à ce triste centenaire.

Des analogies avec 1793

Ce qui m’est apparu frappant, pour commencer, sont les circonstances assez similaires que j’ai trouvées avec une autre révolution, celle de 1789 en France : un roi considéré comme relativement faible et initialement peu intéressé par le pouvoir dans un cas, un Nicolas II également considéré comme faible et peu attiré par le pouvoir dans l’autre ; une incapacité, dans les deux cas, à vouloir mettre en oeuvre des réformes et à écouter ceux qui, dans leur entourage respectif leur soufflent et les pressent d’en mettre en place de toute urgence, alors même qu’elles s’imposent de manière flagrante, et enfin des circonstances particulières qui vont déclencher l’insurrection.

Ici, pour ce qui est des circonstances particulières, tous les spécialistes s’accordent pour dire que, sans la guerre, la Révolution n’aurait pas eu lieu.

Pour le reste, Nathalie MP a raison de souligner dans son article un autre parallèle à établir avec la Révolution française : la Terreur de 1793 comme source d’inspiration de Lénine, et l’idée de populicide à travers l’épisode vendéen.

Le contexte de la Révolution et le coup d’État du 25 octobre 1917

Mais revenons au contexte de cette Révolution russe. Le régime, incapable de se réformer, autoritaire et extrêmement répressif, commet de multiples erreurs.

Les libéraux, jugeant le pouvoir fou et incontrôlable, en cette période de guerre mal maîtrisée par un État russe désorganisé, mal préparé et pas très moderne, pensent qu’il faut réagir (de même que durant la première partie de la Révolution française, les idées libérales joueront un rôle important, avant d’être étouffées par d’autres théories et idéologues féroces). Mais ils sont très vite dépassés par les éléments violents, qui l’emportent.

Ce fut d’abord la Révolution de février 1917, menée par Alexandre Kerensky, contre un pouvoir aveugle à plus d’un titre. Elle est très violente et se solde par 1500 morts, suite à la terrible répression musclée du pouvoir en place, qui n’hésite pas à tirer sur la foule. À l’époque, les futurs instigateurs du futur pouvoir soviétique se trouvent tous en exil à l’étranger et entendent parler de cette révolution avec retard et une certaine surprise.

Lénine ne se lancera véritablement dans les événements qu’en octobre, le 25 octobre 1917 s’apparentant d’ailleurs plus à un coup d’État opportuniste qu’à une véritable Révolution (nouveau parallèle que je suis tenté de faire avec le 14 juillet 1789, où la prise de la Bastille ne fut pas ce qu’on en dit trop souvent, contrairement à la légende forgée par la propagande ensuite, l’épisode fut peu sanglant, la résistance très faible).

L’argument de propagande le plus efficace trouvé par Lénine et les bolcheviques est alors le slogan « la paix, la terre », auquel Lénine ajoutera ensuite « du pain », qui eut un impact extraordinaire (plusieurs millions de déserteurs), ainsi que nous le rappelle, à juste titre, Vladimir Boukovsky dans son livre Les pacifistes contre la paix : Nouvelle lettre aux Occidentaux.

Les événements nous sont présentés, décortiqués par le documentaire dans leur complexité du moment, avec l’appui des explications précieuses de divers spécialistes éminents (Hélène Carrère d’Encausse, Marc Ferro, etc., dont on trouve aussi des interviews intéressantes en supplément du documentaire sur le DVD). La Révolution prend, la Tchéka, en quelque sorte l’ancêtre du KGB, se met en place, féroce et répressive dès les premières heures.

Et les morts s’accumulent, brisant petit à petit le mythe de la Révolution et les espoirs qu’il portait.

Le bilan humain de la Révolution

La guerre civile qui suit la Révolution durant trois ans cause entre 3 et 7 millions de morts. La terrible famine organisée, 5 millions de morts, le typhus 2 millions, alors que la guerre en avait déjà causé, elle, 2,5 millions. Dans certaines régions, nous montre le documentaire, on en revient au cannibalisme, dont on fait même commerce (!). Des gens nomment, à l’époque, leur fille « Dictature » ou même, durant la guerre civile « Terreur ». Inimaginable vu d’aujourd’hui.

Le documentaire rappelle aussi que c’est bien Lénine qui a inventé le goulag, et non Staline, qui n’a fait qu’en perfectionner le système. C’est également lui qui a mis en place la Terreur et utilisé l’arme de la famine. Les soviets sont écrasés par les bolcheviques en 1921, promouvant un pouvoir de plus en plus autoritaire.

Et Lénine ordonne la destruction de l’Église orthodoxe en 1922, ainsi que l’éradication du Clergé. « La place est prête pour une nouvelle foi », comme le dit le documentaire. Place à un monde nouveau, avec un Homme nouveau.

Et on connait la suite… L’émergence d’un monde totalitaire qui va perdurer durant 80 ans.

1917, La Révolution Russe, un documentaire de Paul Jenkins, arte éditions, 2007, 169 min

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