La BCE va-t-elle lâcher l’Italie ?

La BCE a annoncé réduire ses rachats obligataires. En cas de remontée des taux, les maillons faibles de la Zone euro sont l’Italie et la France.

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5:00 PM - Buzek meets Mario Draghi, the Governor of the Bank of Italy credits european parliament (CC BY-NC-ND 2.0)

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La BCE va-t-elle lâcher l’Italie ?

Publié le 2 novembre 2017
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Par Simone Wapler.

Mario Draghi, président de la BCE, a donc annoncé la semaine dernière qu’il allait réduire ses achats d’obligations initiés en mars 2015 de 60 milliards d’euros par mois à 30 milliards d’euros par mois.

Ces opérations monétaires aux appellations jargonneuses peuvent nous sembler toujours très ésotériques. Pourtant, elles ont une influence très concrète sur notre vie quotidienne.

La première est que l’épargne dite sûre est mal rémunérée. Les taux d’intérêt ne reflètent plus la réalité du stock d’épargne de vrai argent, celui qui a été gagné grâce à des activités rentables. En rachetant des obligations, la BCE fait croire à une demande qui n’existe pas en réalité (sur le marché obligataire, la demande fait monter les prix et donc baisser les taux).

La seconde est l’augmentation continue des impôts. En effet, la BCE rachète des obligations d’État de gouvernements qui financent par émission de dette leurs trains de vie, leurs dépenses de redistribution… Avec les taux bas, les gouvernements n’ont aucune incitation à dépenser moins. Ils empruntent beaucoup mais taxent aussi beaucoup pour faire croire que le train de vie national est raisonnable et supportable (par les « riches »). En France, les dépenses de l’État s’élèveront en 2018 à 425 Mds€. Les impôts sont attendus à 289 milliards d’euros. C’est la fuite vers le toujours plus de prestations, de déficits et d’impôts.

Les différents textes européens qui régissent les opérations monétaires de la BCE prévoient que les achats suivent plus ou moins les poids économiques des pays. Si la BCE achète une cuillère à café de titres italiens, elle doit acheter une cuillère à soupe de titres français et une soupière de titres allemands.

Voici ce que la BCE détient aujourd’hui :

Sources : Citigroup, BCE

Cela, ce sont les principes. Récemment, la BCE a favorisé la France et l’Italie pour des « raisons techniques », selon Les Échos.

L’Allemagne n’émet plus de nouvelles dettes, son budget est équilibré. Si les taux d’intérêt montent, les finances publiques allemandes le supportent. Pour les pays à gros déficit public que sont l’Italie et la France, si les taux d’intérêt montent, c’est la catastrophe.

L’Italie a un stock de dettes encore plus gros que la France (132,6% du PIB contre 96% du PIB pour la France).

Le maillon faible de l’Italie

Dans le cas de l’Italie, une étude de l’économiste Martin Schultz de Citgroup montre que les gros vendeurs de dette italienne à la BCE ont été les étrangers, les ménages italiens et les investisseurs particuliers. Les banques italiennes ont conservé leurs positions stables.

« La question est qui parmi ces vendeurs pourrait repasser acheteur si la BCE réduit son exposition et qu’est-ce que cela impliquera pour les rendements en Italie ? », s’interroge Martin Schultz.

Rendement de l’emprunt à 10 ans du gouvernement italien

Les opérations monétaires ont fait baisser le rendement de 2,4% à 1,1%. Elles sont ensuite remontées avec la première réduction de rachats de 80 milliards d’euros à 60 milliards d’euros.

Rappelons une implacable arithmétique. Pour que la dette de l’Italie ne grossisse pas, il faudrait que sa croissance soit supérieure à 2,72%, en supposant que les taux d’intérêt restent à 2%. S’ils passaient à 3%, il faudrait que la croissance de l’Italie atteigne 3,96%. Des chiffres jamais vus depuis 17 ans.

L’Italie a des élections en 2018. Les partis eurosceptiques montent dans les sondages. Il est improbable que les acheteurs étrangers se bousculent pour acheter la dette italienne.

Derrière l’Italie, le contexte électoral mis à part, la France n’est pas dans une situation très différente.

Mario Draghi s’est laissé toute latitude dans son discours de la semaine dernière, indiquant que les durées de ses programmes de rachat pourraient rallonger, les montants être revus, etc…

Les opérations monétaires sont inutiles et nuisibles

La mascarade va encore durer. Les opérations de rachats obligataires ou quantitative easing n’ont rien à voir avec le bien-être économique. Elles ont pour but de prolonger un système politique et monétaire qui consiste à distribuer de l’argent qu’on n’a pas en appelant « monnaie » de la dette garantie par des contribuables peu avertis des subtilités dudit système.

Ces manoeuvres sont nuisibles à l’économie et à notre vie quotidienne car elles favorisent les mauvais investissements (ceux qui sont sans aucun retour possible) et sapent la véritable épargne. Ces manoeuvres sont aussi politiquement nuisibles car elles maintiennent l’illusion selon laquelle « l’argent des autres » est disponible en quantité infinie pour une durée illimitée.

Un économiste de la Fed de Saint Louis, Stephen D . Williamson, indiquait en septembre 2017 :

Concernant le QE, il y a de bonnes raisons d’être sceptique que cela fonctionne comme cela nous a été vendu, et certains économistes ont bien établi que le QE était en réalité nuisible.

Depuis la nuit des temps, il n’y a jamais d’expérience de fausse monnaie ou d’argent gratuit qui ait bien tournée. Nul besoin d’avoir un doctorat d’économie pour le savoir ou d’empiler des données indigestes.

Cette fois ne sera pas différente.

Pour plus d’informations, c’est ici

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  • « Ces manœuvres sont nuisibles à l’économie et à notre vie quotidienne car elles favorisent les mauvais investissements (ceux qui sont sans aucun retour possible) et sapent la véritable épargne. Ces manœuvres sont aussi politiquement nuisibles car elles maintiennent l’illusion selon laquelle « l’argent des autres » est disponible en quantité infinie pour une durée illimitée. »

    Oh le joli tour de passe-passe : en quoi un taux nul ferait concurrence avec des placements à taux positifs ? En quoi un taux nul permettrait d’avoir accès à un capital illimité ? En quoi les taux directeurs ou le QE serait de l’argent des autres ?

    Bref du beau n’importe quoi !

    • « En quoi un taux nul ferait concurrence avec des placements à taux positifs ?  » -> les obligations d’état inondent le marché au détriment des actions et obligations de l’économie réel.
      « En quoi un taux nul permettrait d’avoir accès à un capital illimité ? » -> en diminuant le traitement de la dette souveraine, les états peuvent emprunter toujours plus.
      « En quoi les taux directeurs ou le QE serait de l’argent des autres ?  » -> par une augmentation de la masse monétaire supérieur à la croissance, la spoliation se fait soit par l’inflation, soit par dilution de l’épargne.

      • L’économie réelle, ça n’existe pas plus que l’économie irréelle.

        Inondez le marché tant que vous voulez avec des obligations qui rapportent rien, ça ne m’empêchera pas d’acheter des obligations qui rapportent.

        inflation et dilution de l’épargne ? Ah oui et où ? L’inflation avec une monnaie non indexée sur des métaux précieux n’est pas fonction du taux directeur absolu, mais du taux réel (différence entre le taux et l’inflation)

        Et clairement, il est impossible de monter une pyramide de Ponzi avec un taux nul, où alors, c’est juste idiot. Donc c’est clairement des taux hauts qui permettent d’avoir accès à un capital illimité … jusqu’à la chute.

        • Alors que fait vraiment la bce?

        • ça ne vous empêche peut être pas d’avoir une démarche active d’acheter des obligations qui rapportent, mais dans une optique plus passive, juste acheter une assurance vie auprès d’une banque ou d’une assurance, dedans, il y a obligation légale d’avoir de la dette de l’état déclarée « sans risque » par l’état lui même. donc les obligations d’état inondent bien le marché au détriment des obligations des entreprises.
          on empêche les entreprises d’investir à des taux raisonnables pour permettre à l’état d’investir dans des salaires de fonks et des retraites de fonks.

          • Et de où on empêche les entreprises d’investir ?

            • Ben entre confiscation des profits avant qu’ils n’aient pu être réinvestis et diminution par deux de la rentabilité des investissements prospectifs, sans parler des interdictions pures et simples genre exploration gaz de schiste, il me semblait que tout le monde était au courant.

        • Avec des taux hauts, oh oh, quelqu’un de sensé va réfléchir à un projet rentable pour rembourser. Il cherchera donc à emprunter le moins possible, ce qui n’est pas le cas avec un taux nul qui induit une PdP.

        • Et vous oubliez la concurrence que fait l’état aux prêteur privés.
          Les banques se gavant d’obligations dites sures, sous la pression de réglementations délirantes, elles ne prêtent plus aux PME, elles mêmes sous la pression de réglementations délirantes.

          • L’Etat fait plutôt la chasse que la concurrence aux prêteurs privés. Le financement des PME devrait être assuré par les investisseurs, en parts et actions, pour le long-terme, par les supports d’épargne en prêts et en obligations pour le moyen-terme, et les banques ne devraient avoir à financer que le court-terme. Or vu le matraquage fiscal et réglementaire des actionnaires et des épargnants, on demande aux banques de se consacrer à tout le spectre, pour des entreprises fragiles et donc risquées du fait de leur manque de capitalisation.

            • « les banques ne devraient avoir à financer que le court-terme. » : il y a des dizaines de vidéos d’extrême gauche sur youtube qui scandent ce slogan.

              • Sauf que j’imagine que l’extrême gauche veut réserver à l’Etat le moyen et le long terme, et accessoirement nationaliser les banques.
                Mais si vous avez des arguments proposant une répartition des financements autre que celle qui me paraît logique et consensuelle chez les gens qui acceptent l’économie de marché, je vous écoute.

                • Les entreprises Françaises, surtout les PME, sont sous-capitalisées parce que globalement sur-endettées et parce que les entrepreneurs préfèrent « garder le contrôle » sur le capital et payer des intérêts plutôt que des dividendes ou réinvestir.

                  • C’est évidemment l’opposé : les entreprises sont sur-endettées parce que sous-capitalisées, et les problèmes de pouvoir et d’ego des dirigeants y découlent de la difficulté à s’enrichir (faute de gains matériels, on cherche le pouvoir de petit chef pour satisfaire ses ambitions) et du manque de capital-risqueurs (quand on risque son capital, c’est qu’on fait confiance au dirigeant et on ne va donc pas remettre ses choix et son pouvoir en question).
                    Les entreprises ne préféreraient pas emprunter auprès de banques réticentes si elles disposaient d’alternatives jouant le jeu de s’intéresser aussi au business plutôt qu’aux seuls ratios du bilan. Et pour que de telles alternatives existent, il faut que l’enrichissement personnel, tant des dirigeants que des investisseurs qui les accompagnent, soit encouragé.

          • Absolument faux, le montant des prêts accordés aux entreprises et aux particuliers est en constante augmentation.

            La dette privée en France est de 122% du PIB

    • @ Stéphane Boulots
      Oui, je crois que S.Wapler n’a rien compris à ce que la BCE a fait!

      1° oui, le Q.E. est évidemment une manipulation ou une manoeuvre

      2° le Q.E. de la BCE n’a fait que suivre, après un temps, le Q.E. de la Fed’ U.S.: pas de dévaluation $/€ donc pas de diminution des exportations U.E. – USA

      3° le Q.E. a acheté des obligations d’état européens = de la dette (M.Draghi ne pense pas du tout que la BCE fait une bonne affaire! Ce n’est pas une banque commerciale!)

      4° Le Q.E. avec ses taux quasi nuls, nuls, ou négatifs permet d’emprunter donc de construire ou de consommer = relance de l’économie

      5° Ces taux bas permettent aux états U.E. et € de rembourser de la dette à taux plus élevés en empruntant à taux 0!

      6° Certains pays ont ainsi pu diminuer le déficit budgétaire (= critère du pacte de stabilité) grâce au prix moins élevé à payer pour leur dette (la France n’a pas profiter de cette opportunité dans ce but-là: elle a dépensé plus: pas très malin!)

      7° S.Wapler est celle qui vous a aussi conseillé d’acheter de l’or: action inutile et opposée à toute amélioration d’une économie, et même toxique en cas de reprise économique dynamique: l’or a une valeur « refuge » relative et liée inversement à celui de l’activité économique car l’or ne donne pas de revenu, parfois une plus-value (hors taxes!).

      Donc, souhaitons à S.Wapler que M.Draghi n’ait pas lu son article!

      • Y’a pas que S. Wapler de toute évidence.

      • l’or ne donne pas de revenu

        On se demande donc pourquoi il y a un marché de l’or et de l’argent.

        • L’or ne donne aucun revenu : arrêtez d’imaginer que l’on peut fabriquer de la monnaie.

        • @ Théo31
          Parce que l’or ne dévalue pas autant qu’une monnaie, car pas « manipulable »!

          Si vous voulez vous défendre contre une « dévaluation » possible del’€ mais pas du tout autant que le « nouveau » franc français dans les années ’60.

    • Il y a une sacrée différence entre prêter à 10 % pendant 10 ans et prêter à 1 % pendant 100 ans. Vous devinez laquelle ?

      • Ben oui, avec un taux à 10% vous n’avez comme option que de trouver des rendements à 10% ou plus, ce qui n’existe pas (plus) dans l’économie, donc Ponzi pour compléter l’écart, puis effondrement quand l’accumulation est trop importante. C’est exactement la voie sur laquelle les Etats et une bonne partie de l’économie industrielle étaient partis avant le QE.

        Raisonnez en prêt in fine, qui sont les prêts industriels les plus courants : la durée a aucune importance.

  • de toute manière ce que fait ce gouvernement en France.. c’est de dépenser de l’argent qu’il n’ont pas….
    la première chose que le gouvernement de ver faire réduire la depense publique.. là. .nous rêvons. .pas électorale !!!
    Et plus vous augmenter les impôts direct ou indirect vous créer des déficit.. .
    Si les ménages français font comme le gouvernement ..
    ce sont des incapables..

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