BCE : la distribution populiste d’argent gratuit a commencé !

Publié Par Nathalie Janson, le dans Monnaie et finance

Par Nathalie Janson.
Un article de l’Institut économique Molinari

BCE

BCE By: yeowatzupCC BY 2.0

Il n’a pas fallu attendre longtemps pour que l’idée d’Helicopter Money soit reprise et appropriée par différents groupes de pression. La Fondation Nicolas Hulot vient de proposer d’utiliser la création monétaire de la Banque centrale européenne (BCE) pour financer la transition écologique ainsi que l’exclusion sociale. C’est le résultat de la position de faiblesse dans laquelle se retrouve la BCE aujourd’hui. Dans un contexte où le secteur bancaire et financier est décrié et où la reprise économique se fait attendre, les propositions les plus démagogiques sont permises. Preuve du faible ancrage théorique des politiques économiques menées. Face à un vide intellectuel tout est permis…

Les banques centrales désorientées, créent un terreau favorable

Dès lors qu’on laisse s’installer l’idée que la politique monétaire pourrait aller plus loin encore — alors qu’elle est déjà sans doute allée trop loin sans résultats probants —, il n’est pas surprenant de voir fleurir des propositions dans ce sens. La BCE a clairement fait état de son intention de cibler davantage son programme de rachats de crédit. Elle a lancé d’ailleurs le 8 juin son programme de rachat de dettes d’entreprises. N’oublions pas que Mario Draghi a précisé à diverses reprises que la BCE étudiait les moyens d’aller plus loin dans l’espoir que l’économie finira par réagir positivement à ses actions.

Comme le seul rachat d’actifs publics pourrait ne pas suffire à faire réagir le secteur privé, la BCE va essayer de stimuler plus directement le secteur privé sans attendre la reprise du crédit par le canal traditionnel des banques. Par ailleurs, lorsque l’idée d’ « helicopter money » a été lancée, plutôt que de balayer d’un revers de main cette proposition, Mario Draghi a répondu que l’idée était intéressante.

Le concept d’ « helicopter money » tel qu’il a été présenté, veut court-circuiter les banques en créditant directement le compte des particuliers. Il ne faut pas oublier que le seul impact jusqu’à aujourd’hui de la politique de QE est sur les marchés financiers… Les marchés et les banques à l’origine de la crise seraient donc aujourd’hui les seuls bénéficiaires de cette politique de QE… l’idée est tout simplement insupportable. Dans un contexte politique où le populisme bat son plein, il n’est pas étonnant que des groupes comme « QE4the people » se forment. En effet, rendons l’argent au peuple ! Une version revisitée de la Révolution Française… ?

Une idée fausse et dangereuse

L’erreur sans doute la plus grave de nos dirigeants est d’avoir fait croire que la banque centrale a constamment voulu faire croire qu’elle pouvait résoudre la crise économique… Présomption fatale… La banque centrale n’a jamais eu pour mission de résoudre une crise économique, elle ne crée rien en termes d’activité économique. Elle détermine et oriente les taux d’intérêt à court et long terme et par sa politique de rachat d’actifs, elle a une influence sur leur prix. En aucun cas la banque centrale ne peut se substituer aux milliers d’entreprises qui prennent des décisions tous les jours pour développer leur activité. Elle influence leur décision de financement à travers les taux d’intérêt et le prix des actions et des obligations.

Si l’objectif est de restaurer l’activité économique, la banque centrale devrait se contenter d’intervenir le moins possible pour éviter de créer des incertitudes permanentes sur sa prochaine action. L’incertitude et la volatilité sont les ennemies de la décision économique. En outre, l’activité économique n’est pas uniquement contrainte par son financement. Si l’on prend le cas de la France, il suffit de voir la complexité du marché du travail pour comprendre que la BCE n’a pas de prise sur ce sujet. La banque centrale est responsable des dérives sur les possibles moyens de son action. Elle n’aurait jamais dû laisser croire qu’elle avait des moyens d’action réelle.

Alors pas étonnant qu’aujourd’hui Nicolas Hulot et demain bien d’autres vont venir expliquer à la banque centrale ce qu’elle pourrait faire de mieux pour l’économie et le bien de tous !… Le populisme monétaire a de beaux jours devant lui !

Sur le web

  1. Je partage complètement et cela fait froid dans le dos. Le mur se rapproche de l’accident. Non je ne me suis pas trompé en écrivant ceci. En effet, le rôle d’une Banque Centrale doit être un rempart, un mur contre les errances des politiques en menant précisément une action qui soit de nature à rééquilibrer le système économique en fixant la valeur de l’argent à un niveau compatible au développement économique et non en distribuant de façon inepte la monnaie.
    Là le mur bouge dangereusement !

    C’est précisément l’inondation des marchés de valeurs monétaires, via la spéculation, qui a grippé le système. L’abondance de signes monétaires a ramené les taux à des niveaux bas inconnus jusqu’à présent. C’est pourquoi je suis surpris que le patron de la BCE ne comprenne pas que son action n’aura plus aucun impact sur la distribution du crédit. Ce dont ont besoin les agents économiques (entreprises en particulier), c’est d’un cadre stable, avec une parfaite visibilité de l’avenir pour pouvoir construire. Car sauf erreur de ma part ce sont pas les signes monétaires qui créent de la richesse mais la possibilité que ceux-ci offrent aux agents économiques de produire.

    « Fabriquer » de l’argent sans cause a toujours mené à la catastrophe, nous y sommes…

  2. Les commentateurs devaient être aussi perdus quand les entrailles de poisson des aruspices ont commencé à dire n’importe quoi…
    L’économie est une pseudo-science ne reposant que sur la confiance (la crédulité) des gens. Exercice qui trouve toujours sa limite…

    1. Très bien mais une fois qu’on a philosophé, on fait quoi CONCRETEMENT ? Gloser ne fait guère avancer les choses…

  3. Il me semble que c’est peu ou prou ce qui s’est passé en Australie sous le gouvernement Rudd où tous les Australiens majeurs ont reçu 960 euros. Ca n’a pas trop mal marché et ça a permis à l’Australie d’éviter la récession après la crise de 2008.

    1. bercade: « et ça a permis à l’Australie d’éviter la récession après la crise de 2008. »

      Allons donc…
      L’Australie est un des pays les plus libre de la planète, la suisse et d’autres pays aussi libre n’ont rien donnés à la populace et ce sont parfaitement remis aussi.
      Indice liberté économique – Classement des pays

      Je reformule:
      Malgré les 960 euros d’argent « gratuit », l’Australie libérale et bien gérée s’est aussi remise de la crise.

      1. Et la Suisse a conclu la crie en disant qu’elle ne pouvait plus respecter ses accords avec l’U;E. sur sa monnaie qui a donc été réévaluée à 1€ = 1 CHF, environ!

        Il est vrai que ce n’est pas compréhensible sans explications mais il ne faut pas oublier que seul l’argent des banques commerciales, provenant de ses dépôts et qui n’a pas donné lieu à emprunt subit obligatoirement 1% d’intérêt.

        Donc les banques commerciales « nourrissent » la BCE plutôt que de prêter aux entreprises comme aux particuliers, ce qui n’est que leur vrai métier pratiqué trop peureusement.

        Et si une banque commerciale refuse le risque, eh bien tant pis pour elle! La BCE qui a les moyens de créer sa monnaie le fait, à nouveau, à leur place. Pour quelle somme et jusqu’à quand? À la BCE de le dire!

        1. miky stouffs: « Et la Suisse a conclu la crie en disant qu’elle ne pouvait plus respecter ses accords avec l’U;E. sur sa monnaie qui a donc été réévaluée à 1€ = 1 CHF, environ! »

          ?
          La montée du franc suisse vient du fait que les investisseurs ont moins confiance dans l’euro et se ruent sur des valeurs bien plus sur comme le franc suisse.
          Ce n’est pas le franc suisse qui s’apprécie si vous préférez, c’est l’euro qui se casse la figure.

  4. Mesure totalement inutile vu l’état actuel des finances et qui ne créera aucune richesse comme d’habitude.
    Si l’argent injecté est sous forme de cash, il ira tout simplement sur les comptes d’épargne.
    S’il est distribué sous forme de bons de consommations, la population consommera pendant ce délai, oui, et après ???

    Bah et après, rien. Les banquiers centraux pensent réellement que cela va créer un cycle de consommation ?? Ils sont idiots à ce point ?

    Nous aurons juste gagné un creusement supplementaire des deficits.

    Il faut arrêter de vouloir diriger la volonté des consommateurs. Seuls eux décideront quand ils auront envie de consommer. Cela bien souvent lorsque le gouvernement assure une stabilité, la sécurité des personnes et encourage la création de richesses par l’entreprise individuelle.

    Pour l’Australie, la reprise des matières premières et la vigueur de l’économie chinoise voisine ont permis d’éviter la crise, certainement pas une allocation (dont je n’avais jamais entendu parler mais bon je vous croie).

    1. @ Lkahn

      Encore une fois,vous voyez trop la situation d’un point de vue en négligeant les pays qui respectant les « critères (de bonne gestion) de convergence » sont redevenus, eux, actifs mais sans moyens! Tant que la France n’en fait qu’à sa tête, sans respecter ces critères qui lui feraient pourtant du bien, elle joue contre l’ €, n’a plus de crédibilité européenne et reste « offside »! Vous avez perdu assez de temps à ne rin réformer: il faudra bien finir par y penser! Chaque année qui passe, votre secteur public « claque » 12 % de plus de son PIB et vous croyez naÏfvement que c’est à cause de « Bruxelles »????

      1. @ Lekahn

        Désolé, je corrige:1Ière ligne …point de vue national français…
        6Ième ligne: rien réformer
        7ième ligne: …12% de plus que l’Allemagne…

  5. donner aux banques ne sert a rien lorsque plus personne n’investit alors pourquoi pas donner (annulation de la TVA) aux consommateurs pour redonner confiance aux investisseurs ?

  6. Baisser les taux excessivement, c’est créer la crise de demain.

    La politique des banques centrales est un non sens. Le seul intérêt est d’éviter que ça explose sous leur mandat, ils préfèrent refiler la patate chaude (et plus grosse) au suivant, jusqu’à ce que ça explose encore plus fort.

    Les taux courts négatifs vont créer une hausse fictive des actifs, qui vont effectivement engendrer de la croissance, mais de la « fausse » croissance. Car les consommations, les entreprises, les emplois qui vont en découler, n’auront aucune pertinence dans un contexte normal. Il existe un temps ou les ajustements se referont, et ou le château de cartes que l’on a construit avec cet argent gratuit s’effondrera, en pire

    L’existence même d’une banque centrale qui dirige les taux courts est déjà douteuse a mon gout, mais alors une banque centrale qui rachète des obligs publiques et privées, c’est vraiment jouer avec le feu. Tout cela finira en crise majeure, je doute fortement que la croissance espérée, s’il elle existe dans le futur, soit persistante.

    Il faut en finir au plus vite avec le keynésianisme.

    1. Très bonne analyse…dont sont incapables ces dirigeants ineptes mais aussi et surtout ils défendent âprement leur pré carré personnel contre tout bon sens…
      C’est la politique du « après moi le déluge »…

      De vrais débiles !

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