Interdiction du glyphosate : que dit la science ?

Round up By: Mike Mozart - CC BY 2.0

Les politiciens ne savent plus quoi décider : pourtant, l’Union Européenne, les États-Unis et le Canada ont considéré le glyphosate comme étant non-cancérigène.

Par István E. Markó.1

Il y a quelques mois, une pétition regroupant plus d’un million de signataires est déposée au siège de l’Union Européenne à Bruxelles. Portée par diverses ONG environnementales, elle demande purement et simplement la suppression du glyphosate, le principe actif de nombreux herbicides, dont le célèbre RoundUp de Monsanto.

Quelques semaines avant, le ministre Borsus décide d’interdire la vente et l’utilisation des produits contenant du glyphosate aux particuliers, illustrant le manque de courage de nos décideurs politiques face aux lobbies écologistes. Ce choix expose également l’inculture scientifique de nos politiciens ainsi que le peu de cas qu’ils font des résultats d’organismes aussi sérieux que ceux qui ont conduit l’Union Européenne, les États-Unis et le Canada à considérer le glyphosate comme étant non-cancérigène.

Le glyphosate : toxicité et dose

Examinons les faits de manière scientifique et non idéologique. Depuis sa préparation et sa mise sur le marché (et même bien avant), des centaines d’études scientifiques ont été menées afin de déterminer la toxicité du glyphosate. Rappelons ici que tout produit, d’origine naturelle ou synthétique, est toxique et que c’est la quantité (la dose) qui détermine sa toxicité. Cet effet est notamment à la base de la vaccination au cours de laquelle on inocule au patient des composés extrêmement toxiques, voire mortels, mais à des doses tellement faibles qu’il n’en décède heureusement pas.

La toxicité d’un produit se définit sous la forme du LD50 (dose létale 50), la quantité nécessaire pour tuer 50% des sujets tests. Dans le cas du glyphosate, le LD50 est de 5,6 gr par kg. En d’autres mots, un humain de 80 kg devrait avaler en une seule fois 448 gr de glyphosate pour qu’il ait un risque sur deux de mourir !

À titre de comparaison, le sel de cuisine, que nous consommons tous les jours, possède un LD50 de 3,0 gr par kg. Il est donc 2 fois plus toxique que le glyphosate. La caféine, avec son LD50 de 0,185 gr par kg est, quant à elle, plus de 30 fois plus létale que le glyphosate. Appliquer le sacro-saint principe de précaution, si cher aux politiques, ne devrait-il pas conduire à supprimer la caféine et le sel de cuisine bien plus toxiques que le glyphosate ?

Toxicité des effets cumulatifs du glyphosate ? Même pas…

En plus de la dose létale 50, qui est une mesure de la toxicité immédiate d’un produit, il est aussi important de connaître les effets néfastes cumulatifs de ce composé, naturel ou synthétique, lorsqu’il est absorbé sur une longue période. Ce paramètre est défini comme étant la dose journalière à laquelle aucune toxicité n’est observée, si le composé est ingéré tous les jours durant toute une vie.

Cette valeur est de 0,002 gr par kg pour le glyphosate. La quantité de glyphosate résiduel tolérée sur les fruits et les plantes est de 2 ppm, c’est-à-dire 2 molécules d’herbicide par million de molécules de fruits ou légumes. Si un humain de 80 kg mangeait tous les jours, durant toute sa vie, 40 kg de fruits et légumes (une impossibilité physique), il avalerait au total une quantité de glyphosate qui n’aurait aucun effet toxique sur son organisme.

« Cancérigène probable », comme tant d’autres

Le classement par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) du glyphosate dans la catégorie « cancérigène probable » est tout à fait logique, même si elle est entachée d’une erreur majeure due au président du comité. Elle ne signifie en rien que ce produit soit un dangereux promoteur de tumeur.

Tant s’en faut. Il suffit de vérifier qui sont les voisins du glyphosate dans cette catégorie pour mieux comprend ce que signifie ce classement. On y trouve pêle-mêle : la caféine, la théophilline (présente dans le thé et le chocolat), le cholestérol, l’alcool, le safrole (composant du safran), l’eugénol (en grande quantité dans les clous de girofles), le paracétamol, l’oxyde de fer (la rouille), le charbon, la cendre, les tannins (plus de vin rouge), le talc, le nylon, le concentré de noix de coco et le limonène (principe odorant du citron et de l’orange), pour n’en citer que certains. Peler une orange projette dans l’air des microparticules contenant du limonène qui sont considérées cancérigènes.

Le chocolat est-il un « cancérigène probable » ? Selon les critères du CIRC : oui, au même titre que le glyphosate. Le classement par le CIRC est-il absurde ? Absolument pas. En effet, le CIRC ne juge que du danger et non du risque ; il ne tient donc absolument pas compte de l’importance de l’exposition au produit.

Signalons que les trois autres organismes de l’OMS, le Programme International pour la Sécurité Chimique, le Guide pour la Qualité de l’Eau Potable et le Groupe Principal d’Évaluation des Pesticides ont tous estimé que le glyphosate n’était pas cancérogène. C’est aussi l’avis de l’EFSA, l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments, de la EPA, l’Agence Américaine pour la Protection de l’Environnement, de l’Institut Fédéral de l’Evaluation des Risques (BfR) Allemand et des organismes Canadiens apparentés.

Quant aux herbicides naturels et aux remèdes de grand-mère, leur toxicité dépasse souvent très largement celle du glyphosate. Le vinaigre et le sel de cuisine tuent les organismes vivant dans le sol, le rendant stérile. Ce n’est pas le cas du glyphosate et l’on peut semer quelques jours après son utilisation. Rappelons ici que les Romains, après avoir vaincu les Carthaginois, ont répandu du sel sur le sol, le rendant impropre à la culture pendant des années.

L’Union Européenne, qui doit rendre bientôt sa décision de prolonger l’utilisation du glyphosate est soumise à la pression énorme de groupes écologistes et d’ONG environnementales qui abhorrent Monsanto et ne rêvent que de sa disparition. À l’inverse de Monsieur Borsus, nos euro-ministres auront-ils le courage de faire face à ces organisations qui rabotent chaque jour un peu plus de nos libertés individuelles ? Écouteront-ils l’avis éclairés de scientifiques sérieux et compétents ou succomberont-ils aux sirènes du populisme facile et du politiquement correct ? Rien n’est moins sûr.

Cet article a été publié une première fois le 3 juillet 2017.

  1.  L’auteur s’exprime à titre personnel.