Université : le tabou égalitariste doit sauter

Le changement politique qui vient d’avoir lieu permettra-t-il de cesser de rendre l’Université victime de l’égalitarisme improductif ?

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Université : le tabou égalitariste doit sauter

Publié le 19 juillet 2017
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Par Yves Montenay.

L’université est une vache sacrée. Les pays sont jugés par le pourcentage de jeunes passés par l’enseignement supérieur. Mais, quand on vit dans le système, on a des doutes. Comme les vaches sacrées squelettiques de l’Inde, l’université est étranglée par des tabous. Le principal est l’égalitarisme.

Le ministre a lancé un projet de (petit) changement avec l’idée de « prérequis » conditionnant l’entrée des bacheliers à l’université. Il faut aller beaucoup plus loin.

L’égalitarisme en France : tous étudiants !

Rappelons d’abord que l’admission est quasi automatique après le bac, admission encore facilitée par le très faible niveau des droits d’inscription. Rappelons aussi que le pourcentage de reçus au bac est d’environ 90 % après rattrapage, notamment du fait de consignes d’extrême indulgence relevées par de nombreux enseignants.

Cet accès pour tous à l’université est jugée normal par ceux de nos responsables qui donnent priorité à l’égalité, mais les moyens de l’État étant limités, cela pèse à la fois sur les infrastructures (les universités n’étant pas toutes extensibles) et sur le niveau de salaire des enseignants : cela explique en partie la fuite de nos meilleurs cerveaux vers les universités étrangères.

Résultat, la majorité des élèves, pour qui ont été bâtis de nombreux locaux et recrutés de tout aussi nombreux enseignants, redouble puis abandonne sans obtenir sa licence.

Certes, la situation est très variable d’une discipline à l’autre, certaines sont choisies par défaut. Rajoutons la disparition brutale de la discipline scolaire et on multiplie les décrochages.

Pourquoi alors aller à l’université ? « Parce qu’on est moins souvent chômeur avec un diplôme universitaire que sans. » Exact… à condition d’obtenir ce diplôme, ce qui n’est souvent pas le cas !

C’est donc un gâchis général tant pour les étudiants que les enseignants, dont, de plus, certains ne comprennent pas toujours que l’étudiant cherche « ce qui est utile pour l’emploi » et non « la connaissance ».

Il serait par exemple très utile de perfectionner la qualité du français de nombreux étudiants, mais les enseignants se voient mal faire un travail de prof de lycée, voire d’instituteur !

Bien entendu les disciplines à sélection affichée (médecine) ou en œuvre dès le secondaire (sciences dures) sont beaucoup moins concernées. Mais elles pâtissent du gaspillage des moyens dans les autres.

Les réactions à l’idée des prérequis à l’entrée à l’université

Le changement politique qui vient d’avoir lieu permettra-t-il de cesser de rendre l’Université victime de cet égalitarisme improductif ? Le nouveau ministre de l’Éducation nationale vient de lancer l’idée de « prérequis » pour l’accès à l’université dans le cadre de la réforme du baccalauréat.

Les réactions des syndicats d’étudiants et d’enseignants vont de la prudence à l’hostilité.

  • Si ces « prérequis (…) sont coercitifs et mettent des jeunes hors du système, on sera dans la rue à la rentrée. » déclare la FAGE. Cette organisation étudiante a depuis peu dépassé l’UNEF, plus à gauche, et, à mon avis, se montre particulièrement réactionnaire et bloquante, en considérant que « prérequis = sélection » et est donc haïssable par nature.
  • Au Snesup-FSU, on voudrait que ces prérequis soient une « orientation ».
  • Le SGEN-CFDT met en garde contre « une sélection dissimulée » qui serait « inacceptable » et préfère également « l’orientation ». 

Remarquons qu’améliorer l’orientation serait une excellente chose, mais ne résout pas les problèmes du « tous en fac » qui tue l’institution… sauf à appeler « université » des institutions très différentes et qui restent à créer.

Ce qui marche : les filières sélectives

Il reste néanmoins des filières d’excellences, largement appréciées à l’étranger. Mais elles sont sélectives : notre niveau culturel est sauvé par les classes préparatoires, peut-être davantage que par les grandes écoles.

Dans ces dernières, en effet, est-ce la qualité de l’enseignement ou celle des élèves qui est déterminante ? Sur le plan de l’utilité professionnelle immédiate, très appréciée, les IUT et les écoles « post bac » font également bonne figure.

En université, certaines licences et surtout certains masters ont excellente réputation, mais également après une sélection affichée ou discrète. C’était le cas de l’université Dauphine. Mais après plusieurs rappels à l’ordre, elle a préféré sauvegarder sa réputation, donc garder la sélection à l’entrée et renoncer à son statut d’université.

Remarquons que les meilleures universités mondiales sont autonomes, coûteuses et très sélectives, ladite sélection commençant parfois très en amont dans le secondaire. Les étudiants admis bénéficient souvent de bourses ou de prêts, tant publics que privés.

Le système universitaire n’est pas la seule solution

Ce système à la fois public, donc bureaucratique, et où chaque enseignant est intouchable au nom de la liberté intellectuelle était conçu pour un petit nombre. L’enseignant formant et désignant souvent de fait son successeur, des modes intellectuelles, le marxisme par exemple, pouvaient perdurer indépendamment de l’évolution générale.

La massification en a désorganisé l’organisation matérielle ainsi que les objectifs attendus par ses usagers qui ne cherchent pas seulement à se cultiver et à aiguiser leur esprit, mais à acquérir des compétences professionnelles. Pourquoi chercher à utiliser pour tout le monde un outil qui n’est pas conçu pour cela ?

De plus l’université pour tous nécessite beaucoup d’argent, de l’État ou des étudiants. Cela d’autant plus que l’enseignement secondaire ne fournit plus l’apprentissage scientifique et culturel qu’il assurait encore il y a quelques décennies. Ces moyens, forcément pris ailleurs par les impôts ou la renonciation à d’autres projets, sont-ils justifiés ? À l’évidence, pas tous.

Mais, disent les égalitaristes, « que ferez-vous des autres, ceux qui ne seront pas sélectionnés pour l’université ? » C’est l’argument qui l’emporte actuellement. Mais il faut se souvenir qu’ouvrir « aux autres » mène en pratique à baisser le niveau, peut casser l’outil et donc nuire à la majorité des étudiants, voire au pays dans son ensemble. Et il cache une déviation intellectuelle : on pense « égalité », et on applique « uniformité ».

Il faut sortir du « la même chose pour tout le monde », alors que l’histoire et la géographie mondiales nous rappellent que de multiples institutions non universitaires, en général spontanées, jouent ou ont joué un grand rôle dans le développement économique et humain.

Les Français pensent aux grandes écoles, mais les organisations religieuses et bien d’autres de la société civile ont joué et jouent toujours un rôle important dans de nombreux pays.

Pour viser au-delà de l’université, citons les écoles de cuisine, qui n’oublient pas la formation générale, proclament aller au MBA compris et permettent des carrières très rémunératrices.

Multiplier l’offre de formation supérieure par l’autonomie et la liberté de création

Il y a deux façons complémentaires d’offrir un enseignement supérieur adapté à tous. La première est une véritable autonomie des universités, qui diversifiera l’offre.

Elle passe par la liberté des conditions d’admission, y compris financières, et une autorité accrue des présidents, jugés bien sûr sur leurs résultats. Ils pourront ainsi récupérer les moyens gaspillés dans les sections à entrée « non motivée » menant à la masse des abandons.

La deuxième façon de créer des offres adaptées à tous est d’encourager les expériences privées, commerciales ou bénévoles, qui accélèrent enfin en France. Cela moyennant une vérification de la réalisation de leur objet, comme pour « l’école à la maison ».

Comme l’évolution bureaucratique et corporatiste ne touche pas que la France, l’étranger a réagi et nous pouvons prendre le meilleur de nombreuses expériences : financement d’écoles libres par coupons (dont le montant est en principe égal aux impôts payés par le citoyen moyen pour l’enseignement public), écoles « à chartes », écoles d’entreprises ou de chambres de commerce…

Il y aura bien sûr une formidable opposition à ces deux idées, autonomie et expériences privées, les « réactionnaires » n’étant pas toujours là où on les dénonce. Notre gouvernement, certes dirigiste, mais nettement plus pragmatique et plus lettré que les précédents, devrait rapidement s’en rendre compte !

Qu’il profite du mouvement actuel pour faire sauter les blocages et faire fleurir les initiatives. Notre ministre de l’éducation, Jean-Michel Blanquer, a montré qu’il ne craignait pas l’innovation et l’expérimentation !

Qu’il aille donc très loin en s’inspirant de la formule martelée par la nouvelle équipe : une liberté plus grande peut permettre de s’organiser autrement, et de s’affranchir d’une sorte d’uniformité qui n’est plus efficace.

Yves Montenay, ancien chef d’entreprise, est diplômé de deux universités, de deux grandes écoles et a enseigné dans trois d’entre elles, ainsi que dans des écoles « post-bac ».

Sur le web

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  • Le principe du monde moderne est: non-discrimination.
    Daltonisme de la pensée (depuis Descartes).

  • Un article plein de raison, mais la raison a été jetée à la poubelle par les syndicalistes étudiants, qui montrent d’ailleurs l’exemple en ne travaillant pas, en ne se présentant pas à leurs examens de fin d’année. Une vraie autonomie des Universités serait (pour elles)une solution, mais ne résoudrait pas la situation. Les syndicats étudiants organiseraient leur siège!

  • Tout le monde à l’université est une sottise monumentale…D »autant que certaines formations sont de véritables ticket d’entrée à Pole Emploi…Qui ne leur trouvera pas de travail…

  • La première question à laquelle un état censé (donc pas le nôtre) doit répondre serait: quel pourcentage d’une classe d’âge est capable de bénéficier d’un enseignement supérieur?
    Quel pourcentage d’un enseignement technique et quel pourcentage serait mieux employé en apprentissage suivi de métiers où la demande est forte (et le chômage quasi nul).
    Répondre 80-90% à la première question, c’est faire preuve d’une stupidité totale. La juste réponse est sans doute 50% environ, les deux autres se partageant les autres 50%.

  • « notre niveau culturel est sauvé par les classes préparatoires, peut-être davantage que par les grandes écoles »

    Pour être moi-même dans une Grande Ecole, je trouve cette remarque assez fausse. L’école en question est aussi bien ouverte aux élèves sortant de classes préparatoires(ECS et ECE) qu’aux titulaires d’un BAC+2 (L2 ou équivalent), et les plus cultivés ne sont pas ceux que l’on croit. La prépa inculque une certaine discipline dans le travail, mais, de part sa spécialisation et son orientation « concours », ne favorise pas la culture générale des élèves.

    • La culture générale c’est une affaire personnelle, vous confondez culture et savoir professionnel : un plombier n’a pas besoin de savoir où est le Kazakhstan.

      Pour faire des concours de culture générale, préparez Sciences Po.

      • Dans ce cas, quel est le sens de la phrase « notre niveau culturel est sauvé par les classes préparatoires, peut-être davantage que par les grandes écoles »? La prépa n’apporte aucune valeur ajoutée par rapport aux autres formations permettant d’accéder aux grandes écoles à Bac+2, et certainement pas une culture professionnelle. J’étais nettement moins efficace cette année en stage que ne l’étaient mes collègues étudiants sortant de fac ou d’ailleurs et ayant déjà eu des expériences en entreprise. Le seul avantage que je reconnais à la prépa, c’est d’inculquer une discipline et un culte de la performance qui n’existe pas ailleurs. Mais ce ne sont là qu’une partie des éléments qui font de quelqu’un un travailleur efficace. Les prépas sont conçues pour former à des concours, peu leur importe ce qui se passe après lesdits concours, notamment dans le monde pro.

  • Depuis Mai 68, l’égalitarisme a prédominé dans les enseignements primaire et secondaire. A vouloir donner le bac à tout le monde, on a forcement diminué son niveau de connaissances et les différents gouvernements successifs, tous socialisants, ont oublié de penser aux conséquences d’une telle politique, en particulier quoi faire de tous ces bacheliers. Cette politique a trois effets pernicieux: la dévalorisation des métiers manuels, le découragement de l’initiative personnelle et la baisse du niveau global des jeunes. Un pays ne peut pas réussir s’il n’encourage pas le potentiel individuel.

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