Innovation : la contradiction au cœur du programme d’Emmanuel Macron

Emmanuel Macron semble mettre au cœur de son programme politique l’innovation et l’autonomie individuelle. Toutefois, une lecture plus attentive montre que celles-ci seront fortement limitées par la présence d’un Etat toujours considéré comme central.

Par Philbert Carbon.
Un article de l’Iref-Europe

Emmanuel Macron entend être un président qui préside, et surtout pas, affirme-t-il dans son programme, qui intervient « sur tout et partout ».

Au contraire, il veillera « à ce que l’énergie citoyenne, l’expérimentation, l’innovation, les initiatives émanant du terrain participent à la modernisation de notre pays ». Sauf que concrètement, les mesures que le candidat Macron souhaite mettre en œuvre ne sont pas dans cet esprit. C’est là que le bât blesse. Prenons quelques exemples.

Une intention qui était déjà clairement exprimée dans son livre Révolution. Il y écrit qu’il faut faire confiance au peuple qui « recèle des trésors d’énergie insoupçonnée », qu’il faut « permettre à la société de prendre des initiatives, d’expérimenter, de trouver des solutions appropriées ».

Et cela ne se peut si l’État se pose « en tuteur d’un corps social jugé, de manière arbitraire, faible et incapable par lui-même de réaliser le bien », en réglementant, interdisant, contrôlant et sanctionnant.

Sur le papier, Macron veut plus d’autonomie

Bref, « sans attendre, il faut donc donner à tous, au plus grand nombre, le pouvoir de faire et de réussir. D’être responsable. De s’engager ».

Emmanuel Macron veut bâtir une République contractuelle qui fasse « confiance aux territoires, à la société et aux acteurs pour se transformer ». Ainsi, « ceux qui sont chargés d’agir » auront plus d’autonomie. C’est presque séduisant.

Sauf que concrètement, les mesures que le candidat Macron souhaite mettre en œuvre ne sont pas dans cet esprit. Prenons quelques exemples.

En matière d’immobilier, Emmanuel Macron veut accélérer et multiplier la construction de logements. Il écrit dans son ouvrage que « nous avons soutenu les aides au logement, sans nous préoccuper suffisamment de construire ».

L’État social à la manœuvre

C’est pourquoi il préconise que, dans les zones tendues que sont les grandes agglomérations, l’État mette en œuvre « des procédures d’exception afin de libérer le foncier, accélérer les procédures et permettre rapidement de construire, chaque année, les dizaines de milliers de logements supplémentaires nécessaires ». Il promet également la construction de 80 000 logements pour les jeunes.

Comment cela se fera-t-il ? Grâce à des investisseurs privés ? Probablement pas, car Emmanuel Macron ne veut plus de fiscalité qui récompense « la rente et l’investissement immobilier ».

Ainsi l’actuel impôt de solidarité sur la fortune (ISF) sera-t-il transformé en un impôt sur la rente immobilière. De quoi décourager les investisseurs immobiliers. C’est donc à la sphère publique qu’il reviendra de construire tous ces logements.

Autonomie des établissements

Dans l’éducation, « il est urgent de comprendre, nous explique Emmanuel Macron, que l’uniformité n’est pas un facteur d’égalité ». Par conséquent, la priorité doit être donnée à l’autonomie des établissements, de l’école à l’université.

Une autonomie toutefois relative car, s’il est élu, le candidat Macron a prévu d’interdire « l’usage des téléphones portables dans l’enceinte des écoles et des collèges » ; d’ouvrir « les bibliothèques en soirée et le week-end » ; de ne pas étendre « l’interdiction du voile à l’université » ; de proposer « un accompagnement après la classe » à tous les élèves ; etc.

Bref, on se demande en quoi consisteront en pratique l’autonomie et l’initiative des chefs d’établissements et des équipes pédagogiques.

Des élus plus responsables

Les élus locaux auront « plus de responsabilités », déclare le candidat. Pour autant, il ne s’agit pas de lâcher trop la bride. Ainsi, c’est le futur Président de la République, s’il s’appelle Macron, qui créera « un accélérateur d’associations ».

Il s’agira d’une nouvelle structure « chargée de déployer sur l’ensemble du territoire et en moins de 5 ans les associations les plus utiles à notre société ». Un sujet vraiment trop important pour être laissé à l’appréciation des conseils municipaux, départementaux ou régionaux.

C’est la même chose en ce qui concerne la consultation directe des « citoyens sur l’utilisation de l’argent public » communal. C’est du Palais de l’Élysée que viendra l’impulsion pour le déploiement de « budgets participatifs ». C’est sans doute ce qu’Emmanuel Macron entend par « décentraliser, déconcentrer ».

Du côté de l’Allemagne

Mais la volonté de se mêler de toute chose ne s’arrête pas aux frontières de la France. Elle franchit allègrement le Rhin pour enjoindre les Allemands à « procéder chez eux à une vraie relance budgétaire ».

Pour quelqu’un qui ne veut pas intervenir « sur tout et partout », qui affirme qu’on ne peut plus tout « régenter depuis Paris », que l’État ne peut plus « relever par décision unilatérale les défis du siècle », c’est réussi !

Au demeurant, les quelques mesures significatives et concrètes que promeut le programme Macron sont de nouveaux gages de socialisme désuet, que ce soit :
• le maintien des 35 heures
• la fusion de l’URSSAF et du RSI quand il faudrait donner aux indépendants la liberté de s’assurer auprès de la compagnie ou mutuelle de leur choix
• la prise en charge de l’assurance chômage par l’État qui déresponsabilisera un peu plus les salariés, et sera compensée par une augmentation de CSG pesant sur diverses catégories de manière inégale (retraités, fonctionnaires…)
• le chômage pour les indépendants et le chômage pour congé sabbatique
• la volonté de créer une assurance retraite uniforme et générale, toujours uniquement par répartition, plutôt que de laisser chacun choisir de cotiser et le cas échéant souscrire à des régimes par capitalisation
• l’exonération de taxe d’habitation de 80% des foyers (pourquoi pas 81 ou 100%) qui introduit de la progressivité là où il n’y en avait pas encore et plus d’arbitraire, à un coût de plus de 10 Md€
• et bien d’autres mesures qui ne sont pas financées et contribueront à une hausse de la fiscalité dans la continuité du mandat socialiste qui s’achève et dont M. Macron a été un artisan important.

Révolution… au sens astronomique

Emmanuel Macron nous promet la « Révolution ». Au sens premier – en astronomie –, celle-ci est un mouvement en courbe fermée dont le point de retour coïncide avec le point de départ. En fait, le statu quo ante. Comme aujourd’hui donc, avec Emmanuel Macron, l’État sera partout.

En fait, rien de vraiment étonnant. Les grandes phrases sur l’autonomie, l’initiative, la responsabilité de la société sont des propos électoraux. Le fond de sa pensée, le leader d’En Marche ! l’a dévoilé dans Révolution : « L’État a évidemment toujours vocation à jouer un rôle central. Ce rôle devra même être renforcé car dans de nombreux domaines, il faut plus d’État ».

Sur le web