Après les « affaires » Fillon : le libéralisme première victime

Les multiples mises en cause du clan Fillon ont fait une victime collatérale, le libéralisme, qui a largement été confondu avec ses prises de position.

Par Matthieu Mistret.

By: European People’s PartyCC BY 2.0

Il est difficile d’y voir clair dans les affaires qui entourent François Fillon, candidat de la droite et du centre aux élections présidentielles de 2017. Contrepoints soulignait récemment que la pratique qui consiste à employer des membres de sa famille en tant qu’assistant parlementaire était relativement courante et légale, tant que l’emploi, bien sûr, n’est pas fictif. Néanmoins, malgré le peu de recul dont on dispose sur les faits et leur véracité de même que sur la conduite du candidat, on peut déjà constater que le libéralisme est au fond la première victime de cette tempête.

La légalité ne fait pas tout

François Fillon a été qualifié de libéral par les médias. Dans la communauté libérale, le programme du candidat, s’il présente certaines avancées intéressantes, fait largement débat. Il n’en reste pas moins que le message qui est asséné aux Français à longueur de journée est celui de l’existence en France d’un candidat libéral et conservateur, comparable à Margaret Thatcher.

Que les accusations qui pèsent sur François Fillon concernant l’affaire Pénélope et les affaires connexes soient justifiées ou non, la légalité ne fait pas tout. Si la confiance du parlementaire envers les membres de sa famille est évidemment optimale dans sa position, comment les Français peuvent-ils croire qu’il n’existait pas, en France, d’assistants plus compétents que Pénélope Fillon ?

Le poujadisme n’est pas la solution

Tous pourris ? Si l’on s’en tient à la loi, on doit trouver un certain nombre d’entorses dans la classe politique. Sur un plan moral, il est malheureusement probable que la situation soit très mauvaise. On ne peut que se réjouir qu’un candidat soit épinglé par des médias qui font un vrai travail d’investigation sur des pratiques douteuses. Les dépenses publiques et le niveau d’imposition sont trop élevés pour que les Français soient privés de cette vérité. Tant-pis si les médias sont partiaux et si l’on tombe dans l’excès : le personnel politique doit être exemplaire. Il doit savoir à quoi s’attendre.

Ceci étant dit, il est largement préférable pour la profession de journaliste et surtout pour les Français que l’on se livre équitablement aux mêmes exercices d’investigation pour l’ensemble des candidats, voire pour l’ensemble de la classe politique. Dans cette affaire, l’impression qui domine est que ce n’est pas le cas.

Les médias ne veulent pas verser dans le poujadisme, par peur de la montée d’un Front National qu’ils exècrent. Dans le même temps, ils ne sont probablement pas très favorables au programme bien peu étatique de François Fillon. Une certaine focalisation sur les affaires concernant le candidat de la droite et du centre est un bon moyen de concilier ces deux tendances.

La solution est libérale

Le libéralisme classique laisse une place réduite à l’État. Dans cette espace contraint, l’absence de contrôle rapproché sur l’utilisation des ressources fournies par les contribuables et le privilège accordé à des proches pour des raisons assez peu tangibles, comme la confiance, n’ont aucune place. Le libéralisme classique est attaché à la liberté d’expression. Comment peut-on y prétendre quand la plupart des ressources de beaucoup de médias sont étatiques ? Le doute subsiste. Le libéralisme classique est favorable à la limitation du périmètre de l’État et à la limitation des pouvoirs politiques individuels.

C’est pourtant le libéralisme classique – qu’était censé représenter François Fillon dans cette campagne – qui souffre. On sait qu’on ne peut pas faire confiance aux parlementaires pour rendre les institutions suffisamment transparentes. Ce n’est pas dans leur intérêt. On sait aussi que la seule solution passera par le libéralisme, sous-représenté dans le paysage politique français.

Les citoyens n’ont plus qu’à trouver un autre moyen de faire entendre leur voix, en espérant qu’à terme, cela ne passe ni par les partis populistes qui sont fondamentalement néfastes, ni par la violence qui découle trop souvent de l’exaspération du peuple.