M. Macron, la lèpre en démocratie, c’est un État à 57% !

Emmanuel Macron by Ecole polytechnique(CC BY-SA 2.0)

La vraie lèpre démocratique évoquée par le candidat Macron, c’est l’intrusion de l’Etat et des dépenses publiques dans toutes les sphères de la vie humaine jusqu’à l’étouffer.

Par Nathalie MP.

M. Macron, la lèpre en démocratie, c'est un État à 57% !
Emmanuel Macron by Ecole polytechnique(CC BY-SA 2.0)

Pour Emmanuel Macron, en meeting à Lyon samedi 4 février dernier, l’affaire des emplois présumés fictifs de Mme Fillon est un symptôme de cette « lèpre démocratique » qui s’installe et contre laquelle il entend agir de toutes ses forces de preux chevalier blanc (et bien nourri par les frais de bouche de son ancien ministère) pour « restaurer la dignité de la vie publique ».

L’expression comme la thèse ne sont guère originales. L’idée consiste à dire que notre République a tous les atouts pour être irréprochable, que sa structure puissamment étatique n’est pas intrinsèquement mauvaise, mais que de temps en temps une brebis lépreuse parvient à s’y faufiler et à en profiter. Éliminons les quelques indésirables qui ternissent notre image de grande démocratie développée en imposant de nouvelles règles de transparence, moralisation etc., et tout redeviendra idyllique à l’ombre de notre État vigilant.

J’avais moi-même employé le mot « lèpre » à propos de l’affaire Fillon. Mais contrairement à Emmanuel Macron, qui semble digérer un peu vite ses propres petites gourmandises politiques, je liais ce mot non pas à des comportements négligents ponctuels mais au fait que la puissance de l’État et les deniers publics afférents se répandent comme une lèpre dans tous les recoins de la société, entraînant automatiquement, rapidement et partout, des effets délétères qui s’appellent corruption et incompétence, ainsi qu’une adaptation des individus en général au bon vouloir de l’État. C’est ce point que j’aimerais développer ici.

Des dépenses publiques incontrôlées

Par État à 57%, je veux dire que les dépenses publiques engagées par l’État français via ses trois composantes État central, collectivités territoriales et administrations de sécurité sociale atteignent aujourd’hui 57% du PIB (2015). Il y a largement de quoi se poser des questions sur ce chiffre, car il est en augmentation constante depuis le début du XXème siècle et il fait de la France une sorte de bête curieuse parmi ses pairs.

Si l’on excepte les pics liés aux circonstances militaires spécifiques des deux guerres mondiales, les dépenses publiques rapportées au PIB sont passées de 13% en 1914 à 35% en 1960 et 57% aujourd’hui. Depuis 40 ans, cette croissance s’explique par l’augmentation du nombre de fonctionnaires et surtout par l’explosion des dépenses sociales. La France a ainsi l’honneur douteux d’avoir trouvé un critère lui permettant d’occuper le second rang après la Finlande dans l’Union européenne et, plus largement, parmi les pays de l’OCDE.

La comparaison avec l’Allemagne (44% en 2015) et le Royaume-Uni (43%) n’est guère flatteuse, mais on trouve toujours des personnes bien intentionnées pour vous expliquer que cette comparaison ne vaut pas. Par exemple, j’ai lu dans L’Obs que les moindres dépenses de l’Allemagne venaient de ce qu’elle payait moins de prestations sociales, notamment pour le chômage. Sans doute, et pour cause : le taux de chômage allemand est moitié moindre que le nôtre !

Autre différence soulignée par le journaliste de L’Obs, la France a des dépenses d’éducation beaucoup plus élevées que l’Allemagne, et il faudrait s’en réjouir ! Quand on examine ensuite les classements internationaux qui donnent régulièrement une idée de la décomposition de notre Éducation nationale, on aimerait vivement avoir moins de dépenses pour davantage de résultats que davantage de dépenses pour moins de résultats.

En réalité, en déversant partout ses budgets faramineux, en assurant à ses 5,5 millions de fonctionnaires et à ses 600 000 élus un train de vie non soumis aux lois du marché, en distribuant moult subventions, aides aux entreprises et aides sociales selon des critères qui sont immanquablement marqués par un « volontarisme » politique voire électoral, en jouant à l’État stratège chez Areva, chez EDF, à la SNCF, avec les beaux résultats qu’on sait, en accordant sa protection à certaines professions via des réglementations qui détruisent l’esprit de concurrence – en faisant tout cela par centaines de millions d’euros avec les sommes anonymes de l’argent des autres, l’État ne peut qu’encourager les petites fraudes au quotidien, la dépendance des individus récipiendaires et la gabegie qui découlent logiquement des mauvaises décisions prises par des personnes qui ne mettent jamais leur patrimoine en risque.

Fillon ou les indélicatesses des élus

L’affaire Fillon est représentative des indélicatesses des élus. On a bien compris qu’elle est loin de représenter un cas exceptionnel et unique. Les élus ont l’art de se bien traiter et n’aiment guère qu’on vienne farfouiller dans leurs pratiques obscures. Jusqu’au jour où, pour une raison ou pour une autre, souvent une raison assez triviale de croche-pied politicien, ils se font gauler.

Dans ce type d’abus, on pourrait aussi citer le voyage de Manuel Valls à Berlin « avec les moyens de l’État » pour assister avec ses deux enfants à un match de foot entre le Barça, dont il est un fervent supporter, et la Juventus de Turin (juin 2015), laborieusement justifié ensuite par une réunion avec Michel Platini à propos de l’Euro 2016. Et pour faire bonne mesure, n’oublions pas le cas hallucinant du coiffeur de M. Hollande. Doté d’un contrat frôlant les 10 000 euros bruts par mois, il était censé se rendre disponible 24 h sur 24 pour recoiffer à tout moment les trois cheveux du Président. On se croirait à Versailles au temps du Roi-Soleil.

Si ces affaires prennent des proportions colossales et suscitent une colère populaire élevée lorsqu’elles arrivent sur la place publique, elles représentent cependant assez peu de choses par rapport au dirigisme que l’État imprime partout avec ses 57%. La dépendance induite par les subventions à la presse ou par des aides sociales distribuées toujours plus massivement sur la base de choix politiques à la limite du clientélisme est connue. Mais le secteur privé, abandonnant toute analyse de marché, est lui-même fortement touché par cette emprise.

Par exemple, les fonds de « private equity », c’est-à-dire des fonds d’investissement qui lèvent des financements privés et les investissent dans des secteurs à haut potentiel de développement, adorent investir dans les professions et les secteurs réglementés, protégés ou massivement subventionnés par l’État tels que les Ehpad, les éoliennes, le secteur pharmaceutique etc.

Plus modestement, les dirigeants de PME se plaignent assez régulièrement de la paperasse que l’État leur impose, mais ils ne sont pas les derniers à courir les guichets des diverses administrations publiques pour bénéficier des multiples aides mises à leur disposition s’ils entrent dans les clous des critères demandés. Soyons tranquilles, ils feront tout pour s’y adapter, au mépris de la réalité économique. Ils ne sont pas les derniers non plus à rechercher la clientèle de l’État pour devenir les fournisseurs attitrés des chaussettes des soldats ou des balançoires des jardins publics des municipalités.

Capitalisme de connivence et libéralisme

Le cas d’Autolib à Paris est un excellent exemple de cette collusion perpétuellement recherchée entre le secteur privé et l’État. Formule de mobilité douce et propre proposée à des tarifs absurdement bas défiant toute concurrence, c’est bien le cas de le dire, dans une ville où les déplacements en voitures subissent tous les empêchements possibles, la petite voiture électrique de Bolloré s’avère maintenant moins écologique et nettement moins rentable qu’on ne le pensait au départ. On parle d’un déficit potentiel de 179 millions d’euros. De l’aveu même de Vincent Bolloré, le système est « ruineux ». Mais cela ne l’a pas empêché de le vendre un peu partout dans le monde en utilisant la réussite parisienne tant vantée mensongèrement par Anne Hidalgo. Voilà typiquement ce qu’on appelle du capitalisme de connivence avec l’État. Rien à voir avec le libéralisme.

Enfin, j’aimerais citer le rôle particulièrement normatif de Bpifrance (Banque publique d’investissement). Ses missions consistent à accompagner directement les petites et moyennes entreprises, à investir dans des secteurs stratégiques d’avenir (écologie, biotechnologies, transition énergétique, économie sociale et solidaire – of course), et à agir en partenariat avec les régions.

Des observateurs attentifs s’inquiètent néanmoins de l’emprise de la banque sur le marché du financement des entreprises, allant jusqu’à penser que loin de compléter le travail des banques, elle est en train de s’y substituer, avec pour effet pervers de déformer complètement ce marché tant c’est la course à l’augmentation des encours de prêts. Les banques finissent par n’intervenir que lorsque Bpifrance est présente, ce qui constitue de facto le début d’une nationalisation rampante du crédit, avec tout ce que cela comporte de décisions davantage politiques qu’économiques.

Les faux bienfaiteurs de l’Humanité

Oublions les faux bienfaiteurs de l’humanité, comme notre journaliste de L’Obs, pour lesquels ce niveau exceptionnel de dépenses publiques à 57% est normal, citoyen, généreux, social et solidaire, et pour lesquels il témoigne incontestablement d’une morale politique supérieure qui viserait toujours à faire passer « l’humain d’abord » – avec l’aide de quelques petits impôts et un peu de dette quand même pour financer tout ce déchaînement de bon cœur.

Et effrayons-nous de réaliser que lorsqu’un État en arrive à dépenser pour une valeur qui dépasse largement la moitié de la production annuelle de richesse réalisée dans le pays, il n’est plus seulement l’entité qui assure la liberté et la sécurité des citoyens, mais un acteur incontournable et surpuissant de la vie culturelle, sociale et économique du pays. Qu’on le veuille ou non, il imprime sa marque, oriente les décisions selon ses propres critères de ce qui est bien et ce qui est mal et finit par étouffer toute velléité d’autonomie. L’ensemble de la société dépend de lui et se positionne par rapport à lui. Peu à peu, tous les contre-pouvoirs possibles, y compris une presse indépendante et la société civile, sont affaiblis.

Dans ces conditions, comment imaginer que le débat public sur nos grandes orientations économiques, sociales et culturelles puisse se dérouler en toute liberté ?

Effrayons-nous aussi de constater que l’utilisation qu’il fait des deniers publics se solde assez inéluctablement par des résultats calamiteux (chômage, éducation etc.) ou des catastrophes financières qui se chiffrent en milliards d’euros (déficit des comptes sociaux, échecs de l’État stratège) et qui appellent ensuite toujours plus d’impôt et de dette pour réparer les dégâts causés initialement.

Dans ces conditions, comment imaginer que tout soit fait dans le but de favoriser la prospérité de tous ?

On pourra toujours évincer du système quelques élus véreux, histoire de montrer que l’État a à cœur de moraliser la vie publique – et bien sûr il faut le faire – c’est l’État lui-même, infiltré partout dans des proportions inusitées, qui pèse sur la vie démocratique en verrouillant l’autonomie individuelle et en écartant les possibilités d’une véritable prospérité par son poids, sa négligence et son incompétence cent fois documentée et démontrée. Seul un recul drastique de l’État permettrait de débarrasser notre démocratie de sa lèpre envahissante et mortifère.

Et maintenant, supposons que le revenu universel soit institué et imaginons ce que la liberté et la prospérité pourraient devenir…

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