Emmanuel Macron à Lyon : toujours flou

Emmanuel Macron - Crédit Photo : OECD Development Center via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0

Ce week-end à Lyon, Emmanuel Macron nous promet un État non pas modeste, mais « stratège ». Il peut ainsi nous coûter cher et nous contraindre. Un discours qui ne peut que décevoir les libéraux.

Par Michel Faure.

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OECD Development Centre-Emmanuel Macron(CC BY-NC-ND 2.0)

Le strip-tease, un art vivant ancien et démodé, avait pour double caractéristique de promettre au spectateur une issue agréable et de mettre un certain temps à tenir ce délicieux final d’une vérité toute nue. Cette métaphore me vint à l’esprit en suivant le discours d’Emmanuel Macron à Lyon, ce samedi 4 février, sur le vaste écran de télévision de l’arrière salle d’un café de l’avenue de la Grande Armée avec les joyeux drilles de la section Paris 16 En Marche ! (Disent-ils « section » ? Peut-être pas. Cellule non plus, sans doute. Il me faudrait demander à la gentille « référente territoriale » du quartier comment ils nomment leurs groupes de militants.)

Tel le spectateur mentionné plus haut, je fus séduit. Et à la fin, contrairement à lui, plutôt déçu.

La France en marche, une belle promesse

La promesse de Macron d’une France remise en marche me plaît infiniment. Elle fut déclinée ce samedi en une lente trilogie articulée autour de la devise républicaine, Liberté, Égalité, Fraternité. Un beau discours dénonçant « les passions tristes » des populistes pessimistes, et « la lèpre démocratique de la défiance » que provoquent l’indignité et la malhonnêteté de certains politiques.

Macron a cité le poète René Char et son « amour farouche » des siens, et le Prince de Ligne, aussi, en évoquant l’Europe, qui avait demandé à sa femme, au retour d’une campagne militaire, si elle lui était restée fidèle, et celle-ci répondit : « souvent ». Tout comme les milliers de spectateurs du meeting de Lyon, la vingtaine de militants du 16e éclatèrent de rire. Et c’est vrai, nous devrions nous aussi être fidèles à l’Europe, aussi souvent qu’il est possible.

Belles promesses mais toujours du flou

Mais malgré le talent oratoire de Macron, ses déclarations d’intentions tout à fait honorables, malgré les promesses nombreuses d’une France en sûreté, laïque et innovante, créatrice, malgré l’annonce bienvenue d’un combat pour l’égalité « qui n’est pas l’égalitarisme », d’une fraternité qui s’exprime par l’écologie, l’Europe et un mode de développement économique durable, l’éloge de « la bienveillance comme hygiène démocratique », malgré tout, donc, au final, j’attendais « la vérité toute nue », c’est-à-dire un programme et des chiffres. Rien de tout cela n’est apparu.

Au fond, cette question de programme chiffré qui, elle aussi, est promise pour bientôt avec l’aide de l’économiste Jean Pisani-Ferry, n’a sans doute plus beaucoup d’importance. Emmanuel Macron — c’est très nouveau — n’est plus en concurrence avec François Fillon, mais avec Marine Le Pen. Et ça change tout.

Emmanuel Macron désormais face à Marine Pen

Face à un François Fillon conquérant comme il le fut au lendemain de sa victoire aux primaires de la droite, victoire emportée par l’annonce d’un programme économique radical et thatchérien, il était inconcevable que Macron puisse continuer à nous laisser dans le brouillard concernant le coût de ses promesses. Désormais, il peut s’offrir le luxe de rester flou et les derniers fillonistes, s’il en reste encore, se diviseront entre les réacs, qui voteront Le Pen, et les libéraux, qui voteront Macron, lequel sera probablement présent au second tour (même s’il ne faut jurer de rien en politique).

Et tant pis si Macron, à mon sens, n’est pas aussi libéral qu’on l’imagine. Comme le remarquait un article très pertinent de l’Iref, publié par Contrepoints en janvier dernier, les belles promesses « libérales » de Macron sont encadrées par un État qui — fut-il stratège — reste omniprésent.

La vérité est que Macron est un progressiste, un modernisateur, et probablement aussi un social-démocrate visionnaire décidé à rendre compatible le rôle d’un État plus agile avec l’exercice des libertés. Je doute qu’il y parvienne car la liberté est entière ou n’est pas, et seul un État très modeste peut non seulement préserver celle-ci, mais la défendre.

La promesse d’un État stratège, donc omniprésent

L’État que nous promet Macron n’est pas modeste, mais « stratège ». Il peut ainsi nous coûter cher et nous contraindre. Je reste donc réservé à l’égard de Macron. Mais pas désespéré, tout de même.

La France qu’il nous propose est plus prometteuse, ouverte, intelligente et optimiste que celle de Marine Le Pen. La démocratie libérale, l’économie de marché et l’espace européen, seront défendus avec Macron, face aux menaces des populistes de l’Union, des « décrets-tweets » de Trump et des menaces de Poutine. Les libéraux survivront dans la France de Macron. Dans celle de Le Pen, rien n’est moins sûr.