Emmanuel Macron à Lyon : toujours flou

Ce week-end à Lyon, Emmanuel Macron nous promet un État non pas modeste, mais « stratège ». Il peut ainsi nous coûter cher et nous contraindre. Un discours qui ne peut que décevoir les libéraux.

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Emmanuel Macron - Crédit Photo : OECD Development Center via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0

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Emmanuel Macron à Lyon : toujours flou

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 6 février 2017
- A +

Par Michel Faure.

promesse
OECD Development Centre-Emmanuel Macron(CC BY-NC-ND 2.0)

Le strip-tease, un art vivant ancien et démodé, avait pour double caractéristique de promettre au spectateur une issue agréable et de mettre un certain temps à tenir ce délicieux final d’une vérité toute nue. Cette métaphore me vint à l’esprit en suivant le discours d’Emmanuel Macron à Lyon, ce samedi 4 février, sur le vaste écran de télévision de l’arrière salle d’un café de l’avenue de la Grande Armée avec les joyeux drilles de la section Paris 16 En Marche ! (Disent-ils « section » ? Peut-être pas. Cellule non plus, sans doute. Il me faudrait demander à la gentille « référente territoriale » du quartier comment ils nomment leurs groupes de militants.)

Tel le spectateur mentionné plus haut, je fus séduit. Et à la fin, contrairement à lui, plutôt déçu.

La France en marche, une belle promesse

La promesse de Macron d’une France remise en marche me plaît infiniment. Elle fut déclinée ce samedi en une lente trilogie articulée autour de la devise républicaine, Liberté, Égalité, Fraternité. Un beau discours dénonçant « les passions tristes » des populistes pessimistes, et « la lèpre démocratique de la défiance » que provoquent l’indignité et la malhonnêteté de certains politiques.

Macron a cité le poète René Char et son « amour farouche » des siens, et le Prince de Ligne, aussi, en évoquant l’Europe, qui avait demandé à sa femme, au retour d’une campagne militaire, si elle lui était restée fidèle, et celle-ci répondit : « souvent ». Tout comme les milliers de spectateurs du meeting de Lyon, la vingtaine de militants du 16e éclatèrent de rire. Et c’est vrai, nous devrions nous aussi être fidèles à l’Europe, aussi souvent qu’il est possible.

Belles promesses mais toujours du flou

Mais malgré le talent oratoire de Macron, ses déclarations d’intentions tout à fait honorables, malgré les promesses nombreuses d’une France en sûreté, laïque et innovante, créatrice, malgré l’annonce bienvenue d’un combat pour l’égalité « qui n’est pas l’égalitarisme », d’une fraternité qui s’exprime par l’écologie, l’Europe et un mode de développement économique durable, l’éloge de « la bienveillance comme hygiène démocratique », malgré tout, donc, au final, j’attendais « la vérité toute nue », c’est-à-dire un programme et des chiffres. Rien de tout cela n’est apparu.

Au fond, cette question de programme chiffré qui, elle aussi, est promise pour bientôt avec l’aide de l’économiste Jean Pisani-Ferry, n’a sans doute plus beaucoup d’importance. Emmanuel Macron — c’est très nouveau — n’est plus en concurrence avec François Fillon, mais avec Marine Le Pen. Et ça change tout.

Emmanuel Macron désormais face à Marine Pen

Face à un François Fillon conquérant comme il le fut au lendemain de sa victoire aux primaires de la droite, victoire emportée par l’annonce d’un programme économique radical et thatchérien, il était inconcevable que Macron puisse continuer à nous laisser dans le brouillard concernant le coût de ses promesses. Désormais, il peut s’offrir le luxe de rester flou et les derniers fillonistes, s’il en reste encore, se diviseront entre les réacs, qui voteront Le Pen, et les libéraux, qui voteront Macron, lequel sera probablement présent au second tour (même s’il ne faut jurer de rien en politique).

Et tant pis si Macron, à mon sens, n’est pas aussi libéral qu’on l’imagine. Comme le remarquait un article très pertinent de l’Iref, publié par Contrepoints en janvier dernier, les belles promesses « libérales » de Macron sont encadrées par un État qui — fut-il stratège — reste omniprésent.

La vérité est que Macron est un progressiste, un modernisateur, et probablement aussi un social-démocrate visionnaire décidé à rendre compatible le rôle d’un État plus agile avec l’exercice des libertés. Je doute qu’il y parvienne car la liberté est entière ou n’est pas, et seul un État très modeste peut non seulement préserver celle-ci, mais la défendre.

La promesse d’un État stratège, donc omniprésent

L’État que nous promet Macron n’est pas modeste, mais « stratège ». Il peut ainsi nous coûter cher et nous contraindre. Je reste donc réservé à l’égard de Macron. Mais pas désespéré, tout de même.

La France qu’il nous propose est plus prometteuse, ouverte, intelligente et optimiste que celle de Marine Le Pen. La démocratie libérale, l’économie de marché et l’espace européen, seront défendus avec Macron, face aux menaces des populistes de l’Union, des « décrets-tweets » de Trump et des menaces de Poutine. Les libéraux survivront dans la France de Macron. Dans celle de Le Pen, rien n’est moins sûr.

Voir les commentaires (7)

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  • Reason n’est pas encore réveillé manifestement. Moi je pars au boulot…

  • Article aussi flou que le programme de Macron…

  • Bon, au moins, on voit ce que c’est que la propagande des transfuges du PS, et jusque dans les colonnes de Contrepoints (ce qui prouve son indépendance).
    Et, comme le cache bien l’auteur: « les belles promesses « libérales » de Macron sont encadrées »… par les dissidents du PS qui veulent continuer à bien profiter du capitalisme de connivence.
    Faut-il rappeler que Macron et sa « marche » sont financés principalement par Patrick Drahi, le milliardaire endetté propriétaire de SFR, de BFMTV, de… Libération? Et que le but de la manœuvre est de s’assurer un monopole des médias pour mieux éponger encore la société française.

  • Tout flatteur vit au dépend de celui qui l’écoute …

  • J’y étais !!!! Sympathique show qui m’a fait passer une bonne journée. Pour le fond, on repassera. Il présentera sans doute son programme une fois qu’il sera élu.

  • Je résume le meeting :
    – Les hommes devront serrer les mains des femmes ou sinon direction prison (c’est a cela qu’on reconnaît les praticiens de l’égalitarisme, que lui-meme dénonce, oui il doit y avoir égalité, mais pas égalitarisme) si j’ai pas envie de serrer la main a une femme, que ca soit car je l’aime pas ou bien par foi religieuse, c’est ma liberté bordel.
    – Le FN il est méchant
    – Les bibliothèques seront ouvertes le soir et le weekend youhou et hop distribution « gratuite » de 500 euros (alors c’est pas le « gratuit » de Francois, mais pas loin on va taxer Google, ba oui il a plein d’argents donc dépouillons le, pour aider la petite Juliette a se payer 100€ sa place de concert pour voir les mozart millionaires des temps modernes Amir, matt pokora, Tal,… pas du tout des produits marketings sans talents sur-subventionnés NOOOOOON )

    —-

    Bon et le seul autre point qui a été dit et qui est très important, et qui me ferait voter pour lui (et a voir ma charge précédente, on va dire que ca a interet a etre serieux et éclairci), quand il aura bien éclairci ce point et si j’ai bien compris.
    Il veut baisser de 10% a 20% les charges patronales et rendre aux salariés le paiement des charges sociales (et j’ose espérer la retraite qui va avec). Si il fait cela, cela sous-entendrait qu’un chef d’entreprise, en fin de mois, quand il fait sa feuille de paie, il fait :
    – 1000€ de salaire a versé au salarié coute, tout compris, à l’entreprise 1200 ou 1300€
    – 2000€ couterait donc 2400 ou 2600€ a l’entreprise.

    Le système actuel est qu’un chef d’entreprise qui verse :
    – 1000€ de salaire net, doit verser pratiquement autant a l’Etat (charges patro, soc, retraite) donc 1800€
    – 2000€ de salaire net, doit verser 4100€.
    Donc ca remotivera les chefs d’entreprise, et ca les repoussera a embaucher… c’est une certitude.
    Et cela est parfait si on veut un jour faire basculer la santé sur le privé, puisque ce sera l’individu qui paiera ces charges… ca serait le meilleur moyen, et meme le seul, pour qu’un jour cela arrive. Contrairement a aujourd’hui ou la bascule est pratiquement impossible, vu que c’est l’entreprise qui paye. Donc cela a un double interet.

    Maintenant ai-je bien tout compris, car comme le dit l’article… cela reste bien flou…

  • Je lis souvent Contrepoints et je précise que je vais très certainement voter Macron, comme ça tout le monde sait à quoi s’en tenir.
    J’ai l’impression que beaucoup de monde raisonne ici en absolu, sur ce qu’est ou devrait être en théorie le libéralisme. Ce qui conduit à démontrer supposément pourquoi Macron ne rentrerait pas dans un corpus théorique, qui se trouve réduit à mon sens à sa plus simple expression. C’est oublier selon moi ce qu’est la France, dont la révolution s’est certes menée sur des idées libérales, mais qui a construit historiquement son unité et sa réussite sur une conception d’un Etat fort. La tradition politique fait qu’encore aujourd’hui l’écrasante majorité du personnel politique est d’inspiration colbertiste. Ma position est qu’on ne renie pas deux siècles et demi d’histoire politique en cinq ans.

    Dans ce contexte, je trouve qu’on devrait plutôt se réjouir qu’une personnalité dont on ne peut pas nier les inspirations libérales soit en position de remporter l’élection présidentielle. Je me questionne certes sur les soutiens PS qui le rejoignent, et qui le font surtout pour tenter de sauver ce qui peut l’être les regardant, mais je ne pense pas que ça change sa vision ou son projet.
    Je vois en Macron un libéral en ce qu’il est animé par la volonté de recréer de la mobilité sociale et une égalité d’opportunités, et ce faisant de sortir des logiques d’égalitarisme qui ont prévalu ces dernières décennies à droite comme à gauche, notamment en ce qui concerne l’éducation, au service d’une liberté d’entreprendre érigée en idéal.
    Il y a ensuite des compromis qu’il essaie de trouver et qui me semblent nécessaire pour faire accepter ce socle idéologique, ce qui ne va pas de soi compte de tenu de la réalité de la société française telle qu’elle s’est construite au fil des siècles.

    Je ne suis pas d’accord avec l’auteur sur la supposée vision d’un Etat stratège qu’aurait Macron : je pense que la vision qu’a Macron de l’Etat est plutôt bien résumée par les privatisations des sociétés de gestion d’aéroports qu’il a menées en tant que ministre de l’Economie. Un Etat qui se désengage des questions économiques, mais qui reste présent dans les domaines liés à la sécurité (aérienne en l’occurrence) et à l’urbanisme (emprise foncière, notamment). Je ne vois pas en quoi cette vision est contraire avec une définition d’un libéralisme.

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