Fillon : l’incontournable nouvelle donne à droite

François Fillon By: European People's Party - CC BY 2.0

L’angoisse qui tient la droite aujourd’hui porte sur les activités de François Fillon pendant le quinquennat de Hollande.

Par Éric Verhaeghe.

Fillon : l’incontournable nouvelle donne à droite
François Fillon By: European People’s PartyCC BY 2.0

Ouf, doit-on se dire dans le camp Fillon, les révélations du Canard Enchaîné ne le sont qu’à moitié. On apprend que Pénélope aurait gagné un peu plus qu’on ne l’a dit, et que son mari ne l’a reconnu, que ses fils auraient un peu plus truandé que prévu… mais rien de bien méchant, au fond. Le plus gros est-il passé ? Pas vraiment, probablement.

La droite craint des révélations sur la société de conseil de Fillon

L’angoisse qui tient la droite aujourd’hui porte sur les activités de François Fillon pendant le quinquennat de Hollande. Parlementaire et président d’une société de conseil, Fillon aurait perçu environ 600.000€ entre 2012 et 2015 grâce à ce petit à côté. Qui sont ses clients ? Mystère, mais on relèvera cette dépêche Reuters qui résume bien le sujet :

« J’ai questionné (François Fillon-NDLR) parce qu’il y a 15 jours le bruit courait que c’était même l’État russe, il m’a dit ‘Écoute il n’y a pas une société russe, il n’y a pas un groupe russe, il n’y a pas l’État russe’ les choses sont claires », a dit Bruno Retailleau sur BFM TV RMC. « Rien avec la Russie ».

« Les choses ont été parfaitement transparentes, déclarées au fisc, à la Haute autorité (pour la transparence de la vie publique-NDLR), chacun peut s’en rendre compte », a-t-il ajouté.

Quand, dans votre propre camp, votre directeur de campagne commence à poser ce genre de questions et présente les réponses de cette façon à la presse, on sait que l’angoisse est montée de quelques crans dans les troupes et que personne n’est vraiment convaincu par vos explications.

Vers une candidature Bayrou ?

Il y a quelques semaines encore, François Bayrou ne se voyait pas d’espace politique à droite, entre Macron et Fillon. Certains doivent même se souvenir l’avoir entendu monter des calculs compliqués pour une alliance avec son « ami personnel » Fillon, destinée à marginaliser l’imposteur Macron. Le Béarnais adorait alors répéter son estime personnelle pour le candidat républicain.

Maintenant qu’il pleut des obus sur sa campagne, il a tout de même un peu changé de ton.

Invité de TF1, le président du Modem a dressé un réquisitoire contre le député Les Républicains, pris dans un scandale sur les emplois potentiellement fictifs de son épouse à l’origine de ce qu’il a présenté comme un « trouble énorme parmi les Français ».

« Je n’ai pas accepté d’accord avec lui en raison de son projet, qui est un projet que je considérais comme injuste en demandant beaucoup à ceux qui ont peu et en créant des avantages (…) à ceux qui ont beaucoup », a expliqué le maire de Pau.

Prié de dire s’il voterait pour François Fillon à la présidentielle d’avril-mai, François Bayrou a répondu « non ». (…)

« Il y a un trouble énorme parmi les Français », a estimé François Bayrou, qui a également parlé d’un « chaos sans précédent » soulevant plusieurs questions.

« Est-ce que la loi est la même pour tous ? » et « quand on demande des sacrifices aux gens, est-ce que les sacrifices sont équitablement répartis ? », s’est interrogé le centriste.

Quand Bayrou est votre ami, vous n’avez plus besoin d’ennemi.

Marine Le Pen tire ses marrons du feu

Alors que la panique gagne les rangs de la droite, Marine Le Pen fait face en ordre cohérent à la demande de remboursement par le Parlement Européen des salaires versés à ses « emplois fictifs ». Astucieusement, elle oblige ledit Parlement à exercer des prélèvements directs sur sa rémunération. Et voilà comment on transforme une boule puante en point de force.

D’un seul coup, Marine Le Pen démontre qu’elle n’est pas intéressée par l’argent, qu’elle méprise Bruxelles, que Bruxelles la méprise, qu’elle a sa conscience pour elle, et qu’elle ne cède pas aux pressions. Très belle opération !

Il est très vraisemblable que la séquence qui passe, outre qu’elle « recentre » la droite, ouvre un boulevard très large à Marine Le Pen, de façon assez inattendue d’ailleurs. C’est aujourd’hui la grande force du Front National : ce sont ses adversaires qui font campagne pour lui.

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