Hamon, malthusianisme et robots taxés

Hommes robots

Les robots sont partout. Depuis votre cuisine où ils mixent vos légumes jusque dans votre poche où ils relèvent et classent vos e-mails, depuis la chaîne de construction automobile jusqu’à l’algorithme de trading boursier, depuis la science-fiction, en livre, en film ou en séries télévisées jusque dans les discours politiques, ils sont partout. À ce titre, ce serait vraiment dommage de ne pas les taxer, ne trouvez-vous pas ?

Et l’idée n’est pas neuve. Régulièrement remise au goût du jour par l’un ou l’autre de ces articles gravement atteint de journalimse baveux, cette idée fleure bon ce petit parfum de malthusianisme qui combine à la fois l’efficacité de la simplicité théorique avec la popularité des concepts collectivistes et le foirage lamentable des raisonnements gravement bancals.

On la retrouve, sous une forme un peu simplifiée, avec l’apparition du Luddisme en Angleterre au début du 19ème siècle. C’est la même, un peu plus tard, lors de la révolte des Canuts à Lyon en France. Depuis, elle a pris, régulièrement, des formes plus ou moins violentes, mais avec toujours une même base : l’arrivée d’une mécanisation ou d’un automatisme provoque la disparition d’un travail auparavant fait par des hommes.

Peu importe que la tâche ainsi mécanisée fut pénible ou répétitive : elle met un homme au chômage, et c’est forcément abominable. Au passage, on admirera la position malaisée des collectivistes qui, d’un côté, fustigent l’avilissement de l’homme dans ces tâches, certes rémunérées, mais abrutissantes, et qui, d’un autre, ne se réjouissent pas plus lorsqu’enfin, l’homme peut s’en affranchir, leur but étant, évidemment, le salaire sans la tâche.

Et c’est donc ce qu’ils réclament, de façon plus ou moins camouflée, au fil des ans et des progrès techniques et technologiques.

Actuellement, cela prend la forme d’une proposition de taxation des robots, histoire de leur faire payer les cotisations sociales. Ainsi, en Espagne, on trouve un grand syndicat qui avance l’idée que les entreprises devraient cotiser pour les robots qui prennent la place des ouvriers sur les chaînes de production.

Et quand bien même l’hypothèse « à force de tout automatiser, on va manquer de travail » n’est étayée par aucune théorie ni aucun fait tangible (si l’emploi, saboté par des politiques idiotes, ne suit pas, le travail, lui, ne manque toujours pas), l’inévitable politicaillerie s’est emparée du sujet : ce mois de décembre, le Parlement européen sera saisi de la délicate question de savoir s’il faut faire payer des cotisations aux robots (réponse : oui, bien sûr) et surtout, comment procéder, avec une proposition de création d’une agence européenne de la robotique et de l’intelligence artificielle, qui devrait être responsable, entre autres, du développement d’un cadre éthique et technique autour de l’automatisation sur le lieu de travail.

Ben voyons.

Comme d’habitude, ce sont les vieilles idées, à la fois simples et fausses, qui ont la peau la plus dure et qui reviennent régulièrement sur le devant de la scène, poussées par le populisme et la facilité de politiciens. Et pour touiller ces vieilles idées, quoi de mieux qu’un vieux politicien tout ridé de l’intérieur, de préférence paléo-socialiste, dont les seuls faits d’armes n’ont jamais été qu’une lutte acharnée contre toute forme de travail ?

Qui mieux que Benoît Hamon, l’inénarrable ministre de l’Éducation Nationale pendant les mois de grandes vacances 2014, celui qui pensait sincèrement que si les entreprises faisaient trop peu de marge c’est parce qu’elles distribuaient trop de dividendes, qui mieux que lui pour porter ce message grotesque ?

Pour notre homme, et afin de lutter contre la misère, la peste, le choléra, la veuve et l’orphelin, il faut mettre en place cette fumisterie de revenu universel dont le financement sera notamment possible en prélevant des « cotisations sociales sur le travail des robots » lorsqu’ils remplacent celui d’un être humain.

« Si les machines remplacent le travail des hommes, elles aussi doivent être taxées pour financer notre protection sociale. »

Voilà une déclaration à la mesure de notre Benoît national, c’est-à-dire étroitement vissée sur le passé et l’inculture économique crasse.

D’une part, taxer les machines, c’est taper sur la mauvaise cible.

Quand on taxe les vaches sur leur lait, ce ne sont pas les vaches qui paient, mais le consommateur. De même, taxer les robots comme le propose Hamon, c’est d’abord taxer l’entrepreneur qui reportera sur son prix de vente et donc, au final, taxer le consommateur. Dans un monde où, justement, la mécanisation permet de facilement faire produire ailleurs (un robot qui fonctionne en France fonctionne aussi bien en Chine, monsieur Hamon), taxer en France, c’est nous mettre un boulet dans la course avec le reste du monde. Malin, non ? On dirait du socialisme.

D’autre part, les robots créent aussi de l’emploi, directement et indirectement.

Non seulement, il faut les construire, les installer, les maintenir, les remplacer et les faire évoluer, mais d’autre part, chaque robot supplémentaire diminue la quantité de travail fastidieux dévolue aux humains qui peuvent alors se consacrer à des tâches plus rémunératrices, ou simplement plus agréables. L’explosion du temps libre dans nos sociétés, le bien-être dont jouit d’ailleurs Hamon lorsqu’il utilise son smartphone et sa voiture ne sont dus qu’à cette robotisation.

Et cette automatisation galopante de la société n’entraînera de chômage massif que si on empêche la société d’évoluer, par la contrainte, les taxes, les régulations et les « protections » illusoires (ce que semble absolument vouloir faire Hamon et sa clique).

En réalité, les besoins et les désirs de l’Homme sont immensément vastes, et varient d’autant plus que les technologies et les progrès lui permettent de vivre mieux, plus longtemps, d’aller plus loin et d’essayer plus d’expériences. D’ailleurs, on ne sait pas de quoi l’avenir sera fait et certainement pas quelle seront les professions de demain : il y a 30 ans, personne n’aurait pu imaginer qu’on gagnerait un salaire en faisant des sites sur internet ; il y a 20 ans, personne n’aurait pu imaginer qu’on pourrait se rémunérer, parfois grassement, en vendant des jeux vidéos ou des sonneries sur des téléphones ; il y a 10 ans, personne n’aurait pu imaginer qu’on pourrait gagner sa vie en animant des communautés virtuelles et des réseaux sociaux. Tous ces emplois sont directement issus des gains de productivité rendus possibles par des mécanisations, des robotisations, des automatisations.

Très concrètement surtout, le manque d’imagination de certains ne doit jamais servir de prétexte pour imposer à tous des restrictions, des taxes, des impôts ou des vexations de tous ordres. Et heureusement, tout porte à croire au vu du joyeux bordel dans lequel s’ébroue la primaire socialiste que le manque d’imagination de Benoît Hamon, symptomatique d’un archéo-socialisme rigologène, ne pourra pas servir de base de réflexion pour la société de demain.


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